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Le blog d'Alain Boublil

 

L'économie d'après

Rien, entend-on souvent, ne sera plus comment avant. La deuxième vague de l’épidémie du covid-19 est là. La reprise économique qui s’était manifestée au troisième trimestre venant après la chute brutale de la croissance intervenue le trimestre précédent est menacée partout, sauf en Chine. La situation est donc préoccupante malgré la mise en place de politiques économiques destinées à protéger les entreprises contre les effets de la récession dans chaque pays. Le comportement des ménages qui ont accumulé sur leurs comptes en banque et dans leurs livrets une épargne financière considérable a surpris et leur réticence à consommer a aggravé la récession. Les Etats ont accru leur endettement de façon spectaculaire sans que cela se traduise, bien au contraire, par une hausse des taux d’intérêt mais leurs dépenses ou la réduction de leurs prélèvements n’ont pas permis comme par le passé d’empêcher la montée du chômage. Tout se passe donc comme si les fondements de l’analyse économique et les remèdes traditionnels qui en découlaient étaient devenus obsolètes. La crise économique qui résulte de la crise sanitaire sanitaire que le monde traverse doit donc faire prendre conscience qu’il y aura aussi dans ce domaine, un monde d’après.

L’ampleur de la crise est aujourd’hui mesurée par la chute de la croissance. Le concept même de crise s’applique presque uniquement à l’évolution de la production et des échanges de biens et de services. Et on confond souvent cette production, qui est un flux avec les biens accumulés, matériels ou non, qui sont, eux, la richesse d’un pays ou d’un agent économique. C’est toute la différence entre le revenu et le capital d’un ménage ou entre le compte d’exploitation et le bilan d’une entreprise. Une personne n’est pas riche parce qu’elle gagne beaucoup d’argent mais parce qu’elle a accumulé beaucoup d’argent. De la même façon, le PIB, quand il augmente ne traduit pas un accroissement de la richesse du pays concerné, mais simplement de sa production. C’est pour avoir méconnu ce concept que personne n’avait vu venir en 2007 la crise de sub-primes aux Etats-Unis, alors que le pays connaissait une croissance élevée et le plein emploi. La croissance était là mais les dépenses n’étaient pas payées par les ménages puisqu’elles s’accompagnaient d’un accroissement de leur endettement.

Les indicateurs économiques doivent être désormais adaptés. Rapporter l’endettement public d’un pays à son PIB n’a plus de sens. Mieux vaudrait le comparer à la valeur des actifs des ménages, déduction faite de leurs dettes puisque ce sont eux qui sont les garants de son  remboursement. Un tel calcul révèlerait bien des surprises mais il sera  nécessaire dans les années à venir puisque la hausse des dettes publiques sera l’une des principales conséquences de la crise sanitaire.

La seconde mutation concerne l’inflation. Elle a disparu. Ce n’est évidemment pas une conséquence de la crise sanitaire. En réalité, ce qui a disparu, c’est la hausse des prix des biens et des services, ceux qui sont offerts aux consommateurs. Mais le concept doit être révisé car il doit désormais intégrer l’évolution des prix des actifs immobiliers et financiers. Cela a des conséquences majeures sur l’action publique. Jusqu’à présent la politique économique avait pour mission de veiller à la stabilité des prix. La politique budgétaire ne devait pas être trop expansionniste afin d’éviter tout dérapage résultant d'une demande excessive  et la politique monétaire avait pour mandat, et cela figure dans celui de la Banque Centrale Européenne, d’ajuster l’offre de monnaie pour ne pas compromettre la stabilité des prix. Or l’inflation n’est plus d’actualité. Le progrès technologique a engendré des gains de productivité qui se sont traduits par des baisses de coûts spectaculaires qui ont été répercutés et ont bénéficiés aux consommateurs. Il a aussi, comme dans le cas du gaz et du pétrole, permis un accroissement des réserves naturelles grâce à de nouvelles techniques d’extraction qui ont favorisé la stabilisation et parfois même la baisse des cours. Enfin la mondialisation à travers l’ouverture des frontières a permis une intensification de la concurrence entre les différents producteurs qui s’est là aussi transmise aux consommateurs à travers une baisse des prix.

On est ainsi arrivé au paradoxe suivant lequel la politique monétaire a désormais pour objectif de relever le taux d’inflation du pays ou de la région concernée, comme dans la zone euro où la BCE mène une politique de grande ampleur d’achat de dettes souveraines sans  parvenir à ce que l’inflation approche l’objectif de 2% qui figure dans son mandat. Mais cette politique  contribue à l’augmentation des prix des actifs financiers et immobiliers. Il est surprenant, dans le contexte actuel de crise, que le Nasdaq batte des records, que les bourses européennes ne connaissent qu’une baisse limitée et que les prix de l’immobilier continuent de progresser. Les politiques suivies n’ont pu empêcher la déflation dans plusieurs activités mais elles ont contribué à la hausse du prix des actifs.

Ce nouvel environnement explique la persistance de taux d’intérêt aussi faibles et même négatifs pour de nombreux pays alors même que les besoins de financement des Etats ont fortement progressé et que leur niveau d’endettement atteignait des records. Là aussi les raisonnements économiques traditionnels ont été mis en défaut. Le risque de remontée des taux était mis en avant pour alerter contre les déficits publics excessifs. En France, les lois de programmation des finances publiques approuvées par le Parlement, faisaient état de hausses de la charge de la dette. On a enregistré au contraire une importante diminution. La tendance va même s’accentuer en 2020 et 2021, malgré la très forte augmentation des déficits publics. Le taux d’intérêt sur toutes les échéances jusqu’à 10 ans est négatif en France depuis le début de l’épidémie. Or les émissions de dettes servent pour partie à rembourser des emprunts qui coûtent parfois jusqu’à 5% d’intérêt. Le fait de les remplacer par des emprunts à des taux aussi faibles génère des économies sur la charge de la dette et ces économies sont durables puisque les taux sont fixes pendant toute la durée de vie des emprunts.

La politique économique va donc devoir rompre avec ses schémas traditionnels et s’affranchir  des raisonnements passés sur la croissance, l’inflation et les déficits. Ce ne seront plus les montants des sommes injectées dans l’économie pour atteindre les objectifs fixés en matière d’emploi ou d’investissement mais leur canal de transmission et leur affectation qui seront déterminants. Le débat entre politique de l’offre et politique de la demande est devenu sans objet. Les deux types d’action sont justifiés à condition que les ressources distribuées ou les charges diminuées correspondent aux objectifs fixés.  Augmenter les ressources des ménages pour qu’ils les déposent sur leur compte en banque ou les transferts  en faveur des entreprises pour qu’ils se désendettent ou rachètent leurs propres actions n’aura plus de sens.

Les effets d’annonce devront enfin être abandonnés car les chiffres mis en avant pour sortir de la crise comptent bien moins que la pertinence des choix en faveur de ceux qui en bénéficieront. Les interventions quelque soit leur nature devront être ciblées de façon précise pour être efficaces. L’Etat aura alors l’obligation de devenir un véritable Etat-stratège, n’en déplaise à ceux qui prônent son retrait. Il devra s’abstenir de poursuivre plusieurs objectifs en même temps, parfois contradictoires, pour essayer de plaire à tout le monde tout en réduisant subrepticement l’accès aux ressources promises, afin d’en diminuer le coût réel. Dans l’action économique comme pour le reste de l’activité humaine, demain devra donc être différent.

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