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Le blog d'Alain Boublil

 

Le plan Castex

Le Premier ministre vient de donner les détails du plan de relance de l’économie française pour faire face à la profonde récession causée par l’épidémie du coronavirus. Il avait retardé cette présentation d’une semaine pour que celle-ci n’interfère pas avec l’annonce des nouvelles mesures sanitaires décidées en raison de la reprise du nombre de personnes atteintes par le virus pendant l’été. Cette présentation fait également suite à la publication des chiffres détaillés du PIB au 2ème semestre  de l’économie française, intervenue le 28 août. Le plan de relance s’est focalisé sur son montant, 100 milliards d’euros, et sur des actions précises. Mais il reste flou sur le calendrier de sa mise en œuvre. Des prévisions sur l’emploi, avec 170 000 créations, sont annoncées, mais elles paraissent bien faibles au regard de l’augmentation, proche d’un million, du nombre de chômeurs, situation qui sera précisée d’ici peu avec la publication des statistiques de l’emploi par l’INSEE au deuxième trimestre.

L’économie française, avec une chute du PIB de 13,8% au 2ème  trimestre après une baisse de 5,9% au 1er trimestre, connait une récession deux fois plus profonde que l’Allemagne qui s’attend à une baisse de son PIB de 5,8% en 2020. La comparaison est aussi défavorable avec la moyenne des pays de l’Union Européenne ou celle des membres de l’OCDE. Parmi les principales économies mondiales, seul le Royaume-Uni fait moins bien, mais celui-ci est en outre confronté à la perspective du Brexit. En France, au 2ème trimestre, la consommation a chuté de 16%, l’investissement de 22% et les exportations de 25%. La situation a été encore aggravée par la contribution négative du commerce extérieur au PIB (-2,8%) malgré la chute du prix du pétrole, phénomène rarement mentionné mais qui témoigne, si besoin était, de l’échec des politiques visant à améliorer la compétitivité de nos entreprises.

Le comportement des ménages a été très révélateur des conséquences économiques de l’épidémie et des mesures sanitaires prises pour y remédier. Rapporté au revenu disponible brut, leur taux d’épargne financière est passé de 4,5%, chiffre observé en moyenne ces dernières années, à 10,5% au 1er trimestre et à 19,5% au 2ème trimestre. Ce sont presque 100 milliards d’euros qui n’ont pas été dépensés, ce qui a évidemment pesé lourdement sur de très nombreux secteurs de l’économie. On aurait pu penser que la levée du confinement au milieu du mois de mai allait provoquer, sinon un retour à la normale, du moins un infléchissement des comportements. Il n’en a rien été, bien au contraire. Cet aspect psychologique de la crise devrait être pris en compte si l’on veut obtenir une reprise de l’économie. Il est pourtant absent des annonces du gouvernement qui mettent plus souvent l’accent sur les risques d’une « deuxième vague » que sur les progrès indiscutables, il suffit d’observer l’évolution de la mortalité, obtenus pour lutter contre l’épidémie.

L‘accumulation des liquidités des ménages et la faible diminution de leur revenu disponible (-3%) face à la dégradation brutale de la situation des entreprises, qui a nécessité la mise en place d’un très important volume de prêts garantis par l’Etat, a incité le gouvernement à choisir, comme instrument de relance, une politique de l’offre, basée sur des réductions d’impôts ou des aides directes en faveur des entreprises, et non une politique de soutien de la demande en faveur des investissements publics ou des ménages. Ceux-ci disposent des ressources pour consommer mais on leur fait le procès que ces dépenses pourraient davantage profiter aux importations qu’à la production nationale et à l’emploi. On cite souvent le cas du plan de relance de 1981 pour justifier ce choix fait en faveur des politiques de l’offre.

Le moment est pourtant venu de mettre un terme définitif à cette légende. La hausse du déficit extérieur observée en 1981 et 1982 a été uniquement due à l’augmentation de la facture pétrolière, elle-même résultant de la hausse massive du dollar, devise dans laquelle étaient libellées nos importations. La hausse des taux d’intérêt décidée à la fin de l’année 1979 par Paul Volcker pour lutter contre l’inflation, qui atteignirent 20% en 1981, fit passer le dollar en quelques années de 6 à 10 francs. Nos exportations n’ont pas été affectées  puisque la croissance de celles-ci est restée bien supérieure à celle de la consommation des ménages pourtant stimulée par le plan de relance. Il est facile de vérifier ces faits indiscutables en consultant les séries de l’INSEE et la base de données Pégase sur l’énergie.

Le plan Castex de 100 milliards privilégiant les entreprises n’en reste pas moins flou sur le calendrier de sa mise en œuvre. Un tiers de ce plan est consacré à la compétitivité des entreprises mais le poste principal, les baisses d’impôts pour 20 milliards, est étalé sur deux ans. Le reste concerne des projets ciblés dont certains, comme ce qui est consacré à la culture, vise uniquement via des subventions, à éviter la disparition des établissements et non à accroître leur activité. Les actions de soutien aux secteurs jugés stratégiques pour restaurer la souveraineté industrielle et technologique, au demeurant très justifiées, mettront elles beaucoup de temps à se mettre en place Elles seront positives à long terme mais elles auront peu d’incidence sur la conjoncture en 2021, d’autant qu’il faudra attendre l’adoption de la loi de finances pour commencer à les mettre en place.

Le second volet du plan concerne la « cohésion sociale et territoriale ». Le poste principal porte sur la reconduction de transferts sociaux et la prise en charge par l’Etat de dépenses assumées par les différents systèmes de Sécurité Sociale ou d’indemnisation du chômage partiel. Il s’agit donc de transferts financiers entre organismes publics et non de dépenses nouvelles. Le second poste concerne la compensation aux collectivités locales des baisses d’impôts de production. Mais celles-ci ont déjà été comptées dans le volet « entreprises » du Plan. Seules les mesures en faveur de la recherche et de la formation des jeunes correspondent bien à des dépenses nouvelles, susceptibles d’être mises en place dès 2021 mais elles ne pèsent que pour un tiers de cette partie du plan.

Le troisième volet concerne la transition écologique. Il s’agit plus d’un programme que d’un plan de dépenses à effet à court terme. Les aides à la SNCF pour moderniser son réseau se répartiront sur plusieurs années et jusqu’à présent l’inadaptation du système d’incitation à l’isolation des logements lui a fait perdre l’essentiel de son efficacité. La suppression prévue dans le plan des conditions de ressources pour bénéficier de ces aides va dans la bonne direction et pourrait effectivement déboucher rapidement sur une hausse de l’activité du secteur du bâtiment qui va être confronté à la baisse de la construction de logements en 2021 résultant de la chute des autorisations de permis de construire cette année (-10% au 1re semestre). En revanche, l’impact des annonces concernant l’hydrogène, qui ne devraient pas déplaire à Nicolas Hulot, ou les véhicules électriques, du fait des incertitudes technologiques et des réticences des consommateurs sera, dans l’immédiat, beaucoup plus limité que les chiffres annoncés.

Au total, les dépenses nouvelles effectives en 2021 ne devraient pas dépasser le tiers des 100 milliards annoncés, ce qui est cohérent avec le très faible impact escompté sur l’emploi et la prévision de réduction drastique du déficit budgétaire pour l’an prochain (5,5% contre 11,4%  du PIB en 2020). C’est pourquoi le plan du gouvernement s’apparente en réalité bien plus au programme du Président de la République pour la prochaine élection présidentielle, qu’à une action vigoureuse de relance économique.   

              

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