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Le blog d'Alain Boublil

 

L'économie chinoise est repartie de l'avant

Les multiples tensions internationales qui opposent la Chine aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou à certains de ses voisins en Asie ne doivent pas occulter une réalité économique majeure : l’économie chinoise est repartie de l’avant. Au deuxième trimestre le PIB s’est situé à un niveau de 3,2% supérieur au trimestre correspondant de l’année passée. Durant le premier trimestre, il avait reculé de 6,8%, toujours par rapport à la même période de l’année passée. Au total, le PIB du 1er semestre est en recul de 1,6%, ce qui permet de supposer, si la tendance se poursuit, une croissance positive sur l’ensemble de l’année. La banque suisse UBS a ainsi relevé sa prévision pour 2020, avec une croissance de 2,5% contre 1,5% prévue initialement. La Chine serait donc la seule, parmi les principales économies de la planète, à avoir échappé à la récession cette année.

Les investisseurs ne s’y sont pas trompés. Les marchés financiers chinois connaissent depuis deux mois une véritable envolée. L’indice de la bourse de Shanghai a progressé de 10% depuis le début de l’année et celui de Shenzhen, où sont cotées les entreprises à dominante technologique, de plus de 20%, faisant mieux que le Nasdaq (+15%). Par comparaison les bourses de Paris et de Francfort sont en recul de 15 et de 10%, si pour la bourse allemande on soustrait les dividendes, comme le Dow Jones. Les bourses chinoises ne sont pas à l’abri de corrections sévères, comme cela s’est produit en 2015 et lors de plusieurs séances ces derniers jours. Mais la tendance est indiscutable et traduit bien l’appréciation positive portée sur la capacité du pays à sortir de la crise avant les autres.

Les tensions internationales ne semblent pas de nature à inverser cette tendance et à compromettre la reprise en cours. La « nouvelle guerre froide » avec les Etats-Unis n’a pas eu jusqu’à présent de réelles conséquences. Le Président américain semble avoir changé de stratégie. Jusqu’à présent, pour être réélu, il avait privilégié Wall Street. La bonne tenue de la bourse américaine constituait, selon lui, la preuve de la réussite de sa politique économique. Mais pour cela, il fallait trouver un accord commercial avec Pékin qui permettrait aux entreprises américaines de se fournir, dans de bonnes conditions dans leurs usines chinoises. Un armistice fut donc signé au début de l’année avec l’apparition du concept de phase 1 pour les négociations en cours et la signature d’un accord d’une portée limitée. En annonçant qu’il n’y aurait pas de phase 2, Donald Trump fait désormais de la stigmatisation de la Chine l’un des arguments principaux de sa campagne électorale, même si cela doit peser sur Wall Street.

Cette stratégie, qui s’appuie sur la crise politique qui frappe Hong Kong, lui donne ainsi l’occasion de faire passer au second plan, du moins le croit-il, l’échec de sa politique sanitaire et l’impuissance du pays à enrayer l’épidémie du coronavirus, à la différence de son grand rival chinois et de plusieurs pays européens. Mais les tensions nées dans l’ancienne colonie britannique ne doivent pas servir de prétexte, à Washington comme ailleurs. L’accord de 1997 fut accepté par Londres parce que le pays n’avait pas le choix. Le territoire était composé de la métropole historique, une colonie située au bord de la Rivière des Perles et des Nouveaux Territoires dans l’arrière-pays concédés pour 50 ans par Pékin à la couronne Britannique. Entre-temps, les relations entre la ville et ces territoires s’étaient tellement développées qu’il n’était pas pensable de recréer une frontière. La concession expirait en 1997 et l’accord intervenu cette année-là a permis une transition politique sauvegardant les intérêts économiques de la région.

Hong Kong a alors largement bénéficié de l’essor de l’économie chinoise qui a été encore plus spectaculaire dans le sud du pays, avec l’ascension de la région de Shenzhen et les millions de touristes qui chaque année traversait le Delta pour acheter des produits de luxe. Pékin a même lancé des grands projets d’infrastructures reliant les trois métropoles, Macao, Shenzhen et Hong Kong. Cela n’a pas été suffisant pour empêcher le mécontentement d’une partie de la population. Les tensions se sont aggravées du fait du soutien apporté par les pays occidentaux aux manifestants et de la réaction prévisible de Pékin qui a durci alors sa position. Mais ni cette situation locale, ni les contestations permanentes entre la Chine et les pays riverains de la mer de Chine ne sont de nature à freiner la reprise chinoise, d’autant que la place financière de Hong Kong qui a joué un rôle essentiel dans le financement de l’économie chinoise, n’est plus aujourd’hui aussi indispensable depuis la montée en puissance de la place de Shanghai et l’émergence de Shenzhen pour les entreprises à haute technologie.

Les sanctions contre les entreprises chinoises comme les restrictions faites à leurs acquisitions  hors de leur pays dans des secteurs stratégiques ne sont pas non plus de nature à remettre en cause la sortie de la crise sanitaire qui s’inscrit dans la réorientation voulue par Pékin du modèle économique. Ses partenaires veulent être moins dépendants de l’« usine du monde ». Cela tombe bien car la Chine ne veut plus être seulement l’«usine du monde » et à bâti une programme « made in China 2025 » visant à produire des biens de haute valeur ajoutée et assurer son indépendance technologique. Transformer la volonté légitime de chaque pays de tirer parti des évolutions technologiques en cours, en guerres commerciales voire idéologiques ne fera que des perdants, et en l’espèce, le principal perdant ne sera pas celui qu’on pense.

Il y a quelques jours, les dirigeants français et chinois se sont rencontrés par visioconférence et ont pu constater que de nombreux projets étaient en cours de réalisation. Ainsi un joyau de la technologie française, Dassault Systèmes a annoncé qu’il comptait augmenter ses effectifs à Shanghai pour atteindre 2000 personnes d’ici 5 ans. Des discussions portent aussi sur le nucléaire. EDF et la CGN sont partenaires à Taishan où les EPR fonctionnent normalement depuis plus d’un an et en Angleterre où les deux entreprises en construisent deux autres. La coopération pourrait aussi se développer dans l’aéronautique en raison de la crise violente qui affecte le secteur.

Le redémarrage de l’économie chinoise est une bonne nouvelle, c’est même la seule actuellement sur le plan économique. Mais la production n’a pas encore retrouvé un niveau suffisant car les ménages, comme en France restent réticents à consommer et ce sont surtout les investissements publics et privés qui ont été à l’origine de la reprise. Il en va de même pour les échanges extérieurs dont les volumes, ces trois derniers mois restent encore très inférieurs (-10%) à ce qu’il était il y a un an sous l’effet conjugué de la baisse de la demande des clients dans les pays développés et de l’ajustement qui en résulte sur les chaines d’approvisionnement des grands groupes internationaux. Une nouvelle étape devra  être franchie et la conclusion de partenariats pourra y contribuer bien mieux que la persistance des tensions politiques.    

La Chine a donc pris de l’avance sur les autres économies. Plutôt que de le nier ou, ce qui est pire, de combattre cette situation, il convient d’en prendre acte et de l’intégrer dans toute réflexion stratégique sur le « monde d’après », surtout quand la priorité, à l’automne, sera de sortir de la crise économique majeure à laquelle les économies occidentales et la France en particulier, seront confrontées.            

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