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Le blog d'Alain Boublil

 

La relance, verte ou pas ?

La crise sanitaire a provoqué, durant le deuxième trimestre un arrêt brutal des principales économies dont l’ampleur va apparaître avec la publication imminente des chiffres du PIB sur cette période. Les Etats sont alors intervenus dans l’urgence pour soutenir les entreprises et les salariés confrontés à un choc sans précédent et en limiter les conséquences sur l’emploi. Oubliant le traditionnel discours sur la nécessité d’une gestion équilibrée des finances publiques, des centaines de milliards d’euros ont été engagées sous diverses formes en France comme ailleurs en Europe : prêts garantis par l’Etat offerts aux entreprises pour compenser les pertes de chiffre d’affaires tout en protégeant le système bancaire contre les défauts de paiement, allègements de charges en faveur des entreprises, mise en place d’un système de chômage partiel très généreux permettant de conserver des compétences nécessaires pour le jour où l’activité repartira. Mais ce soutien, par définition temporaire, n’a pas été suffisant pour générer, à lui seul, le redémarrage des économies, notamment en France, comme le montrent les chiffres qui commencent à être connus. Il fallait donc ajouter un plan de relance.         

Le concept n’est pas nouveau. Il fut mis en pratique pour la première fois en 1933 par Roosevelt, sur la base des travaux de l’économiste anglais Keynes, pour sortir le pays de la grande crise de 1929. Keynes avait montré que les lois du marché ne suffisaient pas pour rétablir les équilibres économiques, notamment en matière d’emploi. Le chômage pouvait s’installer de façon durable. C’était alors à l’Etat d’intervenir. Le concept de politique économique était né. Il trouvera souvent son application en France, par exemple avec le plan de relance de Jacques Chirac décidé en 1975, pour faire face au premier choc pétrolier, qui sera suivi du plan de rigueur de Raymond Barre en 1978 pour lutter contre l’inflation persistante. De même en 2009, pour surmonter la crise financière, l’Etat laissa s’accroître le déficit budgétaire en allégeant les charges pesant sur les entreprises. Mais, à la différence de l’Allemagne qui avait privilégié les aides en faveur du chômage partiel, il préféra conserver les avantages en faveur des heures supplémentaires. La France, cette fois, n’a pas commis la même erreur et a même renforcé et prolongé les mesures concernant le chômage partiel.  

Ce soutien n’a pas été suffisant pour déclencher un mouvement de reprise susceptible d’enrayer la forte hausse du chômage prévue à la rentrée. Le gouvernement va donc ajouter à son plan de soutien un plan de relance et a inclus, comme un symbole, le terme dans l’intitulé du ministère des finances. Mais les symboles sont rarement suffisants et c’est le contenu et le calendrier de sa mise en oeuvre qui importent surtout quand les chiffres annoncés, 100 milliards d’euros avec une contribution d’un tiers environ de l’Europe si les Etats-membres se mettent d’accord, comportent beaucoup de flou. Première précision, le plan devra être inclus dans le budget de l’année 2021 et de nombreux éléments ne pourront être utilisés que l’année prochaine. Ensuite, s’agit-il de dépenses nouvelles ou de réductions de recettes pour l’Etat ? Les montants annoncés concernent-ils une année ou bien, ce qui en réduit la portée, seront-ils répartis sur plusieurs exercices budgétaires ? Certaines dépenses comme les allègements de charges ou les baisses d’impôts seront-elles temporaires ou définitives ? Pour porter un jugement sur la portée de ce plan de relance, il conviendra donc d’attendre d’avoir les réponses à ces questions sur le calendrier comme sur le contenu précis des mesures annoncées.

La mesure la plus commentée est la réduction des « impôts de production ». Le choix du terme n’est pas innocent et laisse croire que l’on soutient ainsi l’industrie et que l’on encourage la relocalisation des usines et la réduction de la dépendance du pays à des approvisionnements essentiels venus de l’étranger. Or c’est une illusion. Ces impôts touchent toutes les entreprises et l’industrie n’en bénéficiera que pour la faible part qu’elle représente dans le PIB du pays. Comme pour le fameux CICE, les principaux bénéficiaires en seront la grande distribution, les services financiers et, ce qui est souhaitable, le secteur du tourisme.

L’accent mis sur l’environnement relève lui davantage de la communication que de la réalité. Le choix en faveur de la rénovation thermique des bâtiments est une constante depuis des années. Comment ne pas approuver une politique qui réduit nos importations d’énergies fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre et qui est favorable à l’emploi ? Mais jusqu’à présent les incitations proposées ont été peu utilisées pour deux raisons. Elles comportaient un plafond de revenu. Or la priorité pour un ménage souvent déjà endetté, n’est certainement pas d’investir dans des projets coûteux qui ne comportent qu’une faible rentabilité à long terme. Surtout, les dispositifs n’ont pas été conçus en fonction de la situation juridique de l’occupant. Un propriétaire est peu enclin à faire des travaux d’isolation puisque c’est son locataire qui bénéficiera de la réduction de ses factures d’énergie. Et le locataire n’a aucun intérêt à investir dans un bien qui ne lui appartient pas. Rien dans le plan de relance annoncé ne permet d’être sûr que les systèmes d’incitation vont être revus pour tenir compte de ces réalités. Quant à la rénovation thermique des bâtiments publics, elle dépend des collectivités territoriales qui possèdent l’essentiel du parc immobilier. Jusqu’à présent, elles ont semblé bien peu motivées. Quand on observe ces milliers de mairies, à Paris comme dans toute la France, plus vastes que la Maison Blanche, on se dit que leur consommation d’énergie pourrait certainement être réduite.  

La production d’électricité et le transport routier sont absents de ce plan de relance qui manque ainsi de grands projets emblématiques qui lui auraient donné toute sa crédibilité tout en confortant l’industrie nationale et en créant des emplois. La relance du frêt ferroviaire passe par une innovation majeure qui permettrait son adaptation à l’utilisation désormais systématique des conteneurs pour acheminer les marchandises. Qu’attend la SNCF pour faire des propositions et demander le soutien de l’Etat ? Les investissements nécessaires seront d’autant plus faciles à financer que l’Etat offre son concours et que le niveau des taux d’intérêt à long terme est nul sinon négatif ? Qu’attend aussi le gouvernement pour abroger l’objectif totalement irréalisable de ramener la part de la production nucléaire à 50%, sauf à remettre en activité des centrales à charbon pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables ? Le lancement d’un programme de nouvelles centrales nucléaires permettrait de créer des dizaines de milliers d’emplois qualifiés. Attendre la mise en service de Flamanville n’a aucun sens quand on sait que l’Angleterre a lancé son propre programme de construction d’EPR et qu’elle a demandé à la France d’en être le principal fournisseur et que les deux réacteurs construits en Chine à Taishan fonctionnent normalement depuis plus d’un an.

Pour qu’une politique donne les résultats escomptés, il faut qu’elle évite d’adopter plusieurs objectifs contradictoires. En l’occurrence, la priorité, c’est le retour de la croissance et les créations d’emplois. Le dosage adopté entre mesures en faveur de l’offre et le soutien de la demande avec des transferts sociaux ciblés au profit des jeunes et des professions qui ont joué un rôle essentiels durant la crise peut conduire au redémarrage de l’activité. Il pourrait aussi répondre aux objectifs environnementaux, à condition de faire les bons choix. C’est sur ce dernier point qu’il reste au gouvernement encore beaucoup de travail à accomplir.             

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