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Le blog d'Alain Boublil

 

Le sport national : s'attaquer à tout ce qui marche bien

La fermeture de Fessenheim, les critiques apparues ces dernières années contre le « tout-TGV » et la stigmatisation du transport aérien relèvent d’une caractéristique bien française : dénigrer et s’attaquer à tout ce qui a fait le succès de la France et que le monde entier nous envie. Pour nourrir ces critiques, on a trouvé un nouvel argument, la protection de l’environnement. Le pays offre à ses habitants une électricité la moins chère et n’émettant que peu de gaz à effet de serre. On va donc limiter la contribution de l’énergie nucléaire au mix énergétique dans une loi. Le développement d’un réseau de transport à grande vitesse a permis d’apporter à de nombreuses villes une renaissance économique. On dénonce une politique conduite au détriment des lignes secondaires et on va encourager le développement déstabilisateur et polluant de liaisons par autocars. On se vante d’être la première destination touristique mondiale mais on veut fermer les lignes aériennes intérieures qui offrent des correspondances aux visiteurs venus de partout qui leur permettent de découvrir notre pays. Du même coup, on fragilise, en pleine crise, l’industrie aéronautique en abaissant ses perspectives de croissance alors que c’est l’un des rares secteurs où la France a une position de leader mondial.

La décision de fermer Fessenheim alors que l’Autorité de Sureté Nucléaire l’a jugée apte à fonctionner, est en réalité un symbole. Il faut en finir avec l’un des succès les plus spectaculaires de ces trente dernières années. Elle intervient en pleine crise économique. Des centaines de milliers d’emplois vont être détruits. On en ajoute ainsi quelques milliers. Les arguments sont absurdes. Va-t-on fermer la cathédrale de Reims parce que c’est l’une des plus vieilles de France ? L’expérience montre que plus une centrale nucléaire est ancienne, plus sure elle est car elle a réussi, au fil des décennies à passer tous les contrôles et elle a profité des travaux visant de façon continuelle à améliorer sa sûreté. Le pire, dans cette affaire, c’est que la pression politique est venue d’outre-Rhin car près de la moitié de la production est exportée en Allemagne et cela concurrençait les centrales à charbon.

L’argument suivant lequel on devait réduire le parc nucléaire pour laisser la place aux énergies renouvelables n’a aucun sens. Celles-ci sont intermittentes et on a besoin d’électricité quand elles ne peuvent en produire (l’hiver, la nuit). Pour assurer la sécurité d’approvisionnement, il faudrait donc construire des centrales thermiques, au gaz ou au charbon, au fur et à mesure que l’on réduira la taille du parc nucléaire. En même temps, on semble peu se préoccuper des dommages causés à la faune. Les éoliennes chassent les oiseaux et les panneaux solaires les insectes quand ces équipements portés aux nues par les défenseurs de l’environnement, donc de la biodiversité, ne les tuent pas.

Les critiques formulées contre le développement du réseau TGV ont abouti à un quasi-arrêt des investissements. La construction de la ligne Bordeaux-Bayonne est renvoyée aux calendes grecques et aucune date n’est fixée pour l’achèvement de la ligne Lyon-Turin pourtant indispensable pour réduire la pollution dans la vallée de Chamonix qui a atteint un niveau alarmant. En même temps, et cela figure parmi les décisions les plus marquantes de ces dernières années, une « réforme » en quelque sorte, on a libéralisé le transport par autocar. On substitue un mode de déplacement électrique, le train, par un autre qui utilise des véhicules pour la plupart importés et qui fonctionnent au diesel, émetteurs non seulement de CO2 mais aussi de particules qui nuisent à la santé des populations vivant aux abords des voies de circulation.

Ce faisant, l’Etat a aussi contribué à déstabiliser l’équilibre économique du transport ferroviaire car les nouveaux opérateurs ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que le service public. Ils peuvent choisir les liaisons les plus rentables et concentrer leur offre sur les périodes de l’année où la demande est la plus forte. Ils pèsent en permanence sur les prix et laissent à la SNCF le soin d’opérer sur les liaisons et aux périodes les moins rentables. Cette politique a donc de lourdes conséquences sur l’ensemble du système ferroviaire en même temps que sur l’environnement. Il est surprenant que lors des travaux de la Convention citoyenne sur le climat, cette question n’ait pas attiré l’attention.

Il n’en va pas de même pour le transport aérien. En fixant comme objectif de réduire voire de fermer une grande partie des lignes aériennes intérieures, on s’attaque à ce mode de déplacement en général et on frappe lourdement deux secteurs essentiels de l’économie française pour des avantages, en terme d’émissions de CO2 illusoires. La France émet 1% des émissions mondiales et le transport aérien au sein de ces 1% n’en représente que 2%. On oublie aussi que dans de nombreuses métropoles, se sont développées autour des aéroports des zones d’activités économiques et des habitations qui sont ainsi mieux desservies que par des gares en centre ville. En stigmatisant ce mode de déplacement, on frappe d’abord l’industrie aéronautique qui est l’un des rares domaines où le France compte des leaders mondiaux, comme Airbus et Safran, qui fabrique les moteurs. Et ce n’est évidemment pas en promettant que dans dix ans les flottes seront rendues plus vertes que l’on trouvera le remède à supposer que cela soit possible.

Personne n’est en mesure d’affirmer que l’on sera capable de changer le mode de propulsion des avions. Et à supposer que l’on y arrive, personne n’est en mesure de dire quand et surtout combien de temps il faudra pour que les processus d’homologation arrivent à leur terme et pour que les conditions de sécurité soient garanties. Comme la durée de vie des avions est d’au moins vingt ans, cela repousse d’autant tout impact significatif sur les émissions mais les dommages créés à cette industrie dont nous avons toutes raisons d’être fiers mettront beaucoup de temps à être réparés.

La France se flatte à juste titre d’être en nombre de visiteurs, à défaut de l’être pour les dépenses effectuées, la première destination touristique mondiale. On mesure aujourd’hui les conséquences économiques de la crise sanitaire sur les secteurs du commerce, de l’hébergement et de la restauration. Les freins mis aux déplacements internationaux, qu’il s’agisse des vols directs et des correspondances pour atteindre les centres touristiques auraient de lourdes et durables conséquences sur ces activités qui vont déjà avoir beaucoup de mal à se remettre de l’épreuve actuelle. Dans les villes, sauf à autoriser les cortèges d’autocars quand on a promis de bannir les voitures, les perspectives sont tout aussi inquiétantes.

Pour faire face à l’urgence, le gouvernement à promis de financer Air France et a lancé un plan de soutien aux industries aéronautiques. Les sommes en jeu, plus de sept milliards d’euros, sont importantes. Mais à quoi cela peut-il aboutir si, dans le même temps on dissuade les clients en stigmatisant le transport aérien pour satisfaire à une mode idéologique aussi irresponsable que dépourvue de tout fondement ?

Environnement, que de bêtises a-t-on commis en ton nom ! On se souvient des subventions en faveur du diesel. Une conséquence rarement mentionnée a été la fermeture d’un tiers des raffineries françaises. Les industries nucléaires, ferroviaires et aéronautiques sont des fleurons nationaux. Si l’on poursuit dans les directions actuelles, on a tout lieu d’être inquiet. Au lieu d’une vague verte, il faudrait alors mieux parler d’une marée noire.       

   

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