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Le blog d'Alain Boublil

 

La récession va s'aggraver

La révision de l’évolution du PIB de la France au premier trimestre 2020 à laquelle vient de procéder l’INSEE ne doit pas induire en erreur. La première estimation faisait état d’une baisse de 5,8%. La nouvelle estimation donne une baisse de 5,3%. L’écart entre les deux publications est bien plus important que ce que l’on observe habituellement, à savoir rarement plus de un ou deux dixièmes. Mais il traduit plus les difficultés à appréhender les données d’un évènement sans précédent que du constat que les conséquences de l’épidémie du corona virus sur l’économie française ont été moins graves. Dans la nouvelle publication, toutes les composantes de la demande intérieure sont légèrement révisées en hausse, la consommation des ménages (-5,6% au lieu de -6,1%) et l’investissement (-10,5% au lieu de -11,8%). La contribution du commerce extérieure est neutre, au lieu de peser à hauteur de 0,2% et l’effet des variations de stocks est, au contraire, révisé à la baisse : 0,6% au lieu de 0,9%.

La récession observée est déjà considérable alors qu’elle n’intègre que deux semaines de confinement et que les comportements n’ont été véritablement affectés qu’à partir du moment où l’épidémie constituait une menace pour la France et que les agents économiques en prenaient conscience, c’est-à-dire, au mois de mars. La chute d’activité en résultant a donc été concentrée sur un tiers du trimestre. Pourtant, la réaction a été brutale : le nombre de demandeurs d’emplois a immédiatement bondi avec 243 000 nouvelles inscriptions à Pôle emploi, chiffre le plus élevé sur un seul mois depuis près de 25 ans et la chute des immatriculations de véhicules a été de 72%. Au total, la consommation des ménages en biens a baissé sur ce mois de 8 milliards d’euros.

Toutes ces tendances se sont amplifiées les deux mois suivants, malgré la levée du confinement au milieu du mois de mai et l’allègement des contraintes relatives au déplacement à la fin de ce mois. Aucun signe de reprise n’a été perceptible et les derniers chiffres publiés sont catastrophiques. Le nombre de demandeurs d’emplois enregistrés fin avril s’est à nouveau accru cette fois de 843 000 personnes. Les immatriculations de véhicules ont poursuivi leur chute : -89% en avril et -50% en mai, alors que les concessions automobiles avaient été ré-ouvertes. L’accumulation des stocks d’invendus dépasse 400 000 unités. Le secteur des services relatifs aux déplacements ou aux soins personnels a été totalement à l’arrêt pendant près de deux mois et le tourisme va le rester jusqu’au mois de juillet. La consommation des ménages demeurera à un niveau très faible et l’emploi poursuivra son aggravation.

La nouvelle estimation du gouvernement pour l’évolution du PIB pour l'ensemble de l'année  fait état d’une diminution de 11%, au lieu des 8% annoncés précédemment. Les transferts publics massifs opérés depuis le mois de mars, en faveur des entreprises avec des prêts garantis par l’Etat ou la prise en charge du chômage partiel n’ont permis jusqu'à présent de soutenir ni l’emploi, ni la consommation des ménages. Ceux-ci ont déposé sur leurs livrets de Caisse d’Epargne ou ont laissé sur leurs comptes en banques les revenus ou les prestations qu’ils ne pouvaient dépenser du fait du confinement. Au 1er trimestre, le taux d’épargne financière des ménages a atteint le niveau sans précédent de 10,4% du revenu disponible. Il avait été en moyenne en 2019 de 4,5%. Cette tendance va se poursuivre au 2ème trimestre et probablement bien au-delà. Aux contraintes physiques qui freinent les dépenses va s’ajouter un fort sentiment de précaution du fait de la montée du chômage.

L’épidémie étant en voie d’être maîtrisée et les contraintes physiques progressivement levées, l’économie va-t-elle rebondir durant les mois à venir ? Rien n’est moins sûr. L’effet de rattrapage sera faible car une large part de la chute d’activité est due aux services qui, par définition, ne sont pas « rattrapables". Au mieux, ces secteurs retrouveront leur niveau d’activité passé mais la perte aura été définitive. Pour les achats de biens, comme l’équipement du foyer ou l’automobile, en théorie, les ménages qui avaient dû reporter leurs achats sont désormais en état de mener à bien leurs projets mais la réalité ou juste la peur du chômage incitera nombre d'entre eux à attendre.

La situation ne sera pas plus favorable du côté des entreprises. Une vague de faillite est inévitable malgré les soutiens publics et celles qui auront réussi à traverser les mois de faible ou même d’absence d’activité chercheront en priorité à reconstituer leur trésorerie et vont différer leurs projets d’investissement. Un rebond avant la fin de l’année est peu vraisemblable et les grandes sociétés cotées feront tout pour montrer le rétablissement de leur situation financière et limiteront strictement leurs dépenses ce qui affectera encore davantage l’emploi et l’investissement.                    

La France présentait, avant l’épidémie deux caractéristiques qui ont accru sa vulnérabilité. Il y a d’abord la part élevée des services. Ce qui n’a pas été consommé est définitivement perdu. En ce qui concerne le tourisme, il est illusoire de penser que la situation se rétablira cet été. Les français qui resteront dans leur pays ne compenseront pas la forte baisse attendue des touristes étrangers. Quant à ceux venant de pays lointains, en Asie ou en Amérique, leur retour avant la fin de l’année est très hypothétique. Le second facteur concerne la situation de l’économie française avant l’épidémie. Le gouvernement peut se vanter d’avoir permis d’atteindre avec 1,5% une croissance en 2019 supérieure à la moyenne de la zone euro mais cela résulte d’un effet arithmétique et la croissance meilleure en début d’année n’avait pas duré. Le PIB au 4ème trimestre 2019 avait même légèrement reculé. La contribution du commerce extérieure à la croissance avait été négative une fois de plus et l’objectif visant depuis des années à rétablir la compétitivité des entreprises n’avait pas été atteint. Il est peu probable qu’il en soit autrement dans les mois à venir, dans le contexte de récession que nos partenaires commerciaux vont devoir affronter.

Le soutien massif apporté par l’Etat, qui va fortement accroître le déficit public et son l’endettement était indispensable. Mais il ne saurait être éternel et il ne sera pas suffisant pour assurer le redémarrage de l’économie française. Pour surmonter cette crise et sortir de la récession, l’Etat doit renoncer aux deux paradigmes qui ont jusqu’à présent guidé son action. Le premier est bien connu. Il s’agissait de privilégier l’offre, sans contreparties et surtout sans que ce soutien soit ciblé. L’Etat doit désormais cibler son action et rediriger les transferts ainsi économisés vers la demande. Le second est plus subtil. Il concerne la confusion constante entre plusieurs objectifs ce qui fait qu’aucun de ceux-ci n’est réellement atteint. La politique économique doit s’abstraire de la politique. Mélanger des actions inspirées par les préoccupations écologiques et l’indispensable relance économique n’aboutit à rien. Concentrer les aides au secteur automobile sur des véhicules électriques dont personne ne veut est un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Limiter les aides à la rénovation énergétique, utiles à tous points de vue sur ceux qui n’ont pas les moyens d’engager les travaux, est voué à l'échec.

La situation de l’économie française est plus grave que ce qui est généralement admis. Les moyens pour y remédier doivent sortir de schémas qui ne donnaient déjà pas beaucoup de résultats quand le monde était en bonne santé.   

 

 

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