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Le blog d'Alain Boublil

 

34,5 milliards : Levée record de dette par l'Etat

Depuis le début du mois de mai, l’Etat a placé des emprunts pour un montant record, 35,4 milliards d’euros au travers de deux émissions de Bons du Trésor qui ont rapporté au total 21,6 milliards, portant un taux d’intérêt négatif d’environ -0,50% et 13,8 milliards d’euros d’OAT, montant auquel il convient d’ajouter des primes d’émission à hauteur de 1,4 milliard d’euro,  à l’occasion d’un emprunt à échéance 2060 portant un intérêt de 4%.  Sur la même période et avec le même nombre d’émissions, en 2019, l’Etat avait levé une somme une fois et demi plus faible, soit environ 20 milliards. Les dépenses considérables engendrées par le plan de soutien aux entreprises et aux ménages pour faire face à la crise du corona virus ont accru les besoins en trésorerie de l’Etat et creusé le déficit budgétaire. Les résultats de ces adjudications montrent qu’il ne rencontre pas aujourd’hui de difficultés pour se financer.  

Cette augmentation  n’a pas provoqué  de hausse des taux d’intérêt. Pour les Bons du Trésor, c’était naturel puisque la BCE a maintenu son taux négatif et devrait le faire au moins jusqu’à la fin de l’année. Pour le financement à moyen et long terme, c’est plus révélateur de la perception des marchés financiers sur la situation des finances publiques et de l’endettement de la France. Manifestement, le franchissement de la barre symbolique de 100% pour la dette publique n’a pas eu d’incidence sur l’appétit des investisseurs. Depuis le début du mois, le taux des OAT à 10 ans est resté stable autour de 0%. Le taux moyen pondéré des émissions de dette à moyen et long terme depuis le début de l’année, calculé par l’Agence France Trésor est resté lui aussi très faible : -0,07%. Quant à l’écart avec les taux dont bénéficie l’Allemagne, qui a un endettement public presque deux fois plus faible rapporté à son PIB, il fluctue, depuis six mois entre 30 et 50 points de base. La crise sanitaire et la profonde récession qui affectent les économies européennes n’a donc pas pour l’instant eu de conséquences significatives sur les conditions de financement de la France.

La deuxième loi de finance rectificative pour l’année 2020 qui vient d’être votée donne une nouvelle estimation du déficit de l’Etat cette année qui passerait de 93 à 185,5 milliards d’euros. La dette  à moyen et long terme émise dans le passé qui vient à échéance cette année s’élève à 130 milliards auxquels il faut ajouter près de 6 milliards pour couvrir le coût, à l’échéance, de l’indexation de certains de ces emprunts. L’Etat va donc devoir trouver sur les marchés 320 milliards d’euros. Ces dix dernières années, une stratégie très discutable avait été mise en place consistant à réduire la part du financement à court terme et à privilégier les émissions à long terme assorties souvent de fortes primes d’émission. La France profitait moins des taux à court terme extrêmement faibles voire, ces quatre dernières années, négatifs puisque les primes d’émission allaient abonder sa trésorerie. L’Etat freinait en outre la diminution année après année de la charge de la dette sous l’effet  des émissions à taux au-dessus du marché qui pesaient ainsi sur les exercices futurs. La part des BTF avait diminué de moitié pour ne plus représenter en 2019 que moins de 6% du total des émissions et de ce fait, l’Etat profitait encore moins des taux négatifs.

Mais cette stratégie pénalisante est abandonnée pour faciliter le financement de la forte augmentation du déficit. L’Etat prévoit pour cela de puiser dans la trésorerie générée par les primes d’émission passées et d’accroître de 50 milliards le volume des émissions à court terme de Bons du Trésor. La hausse des émissions à moyen et long terme, pour 40 milliards d’euros couvrira ainsi moins de la moitié des besoins supplémentaires de l’Etat et le risque d’une remontée des taux à long terme sera donc réduit puisque l’augmentation de ses appels au marché aura été limitée. La très forte hausse des émissions au mois de mai et leur succès montrent que ce scénario est crédible.  

L’envolée de la dette publique ne provoquera pas davantage une hausse de la charge de la dette dans les années à venir puisque le surcroit d’endettement se fait à taux nuls depuis le début de l’année. Même si on assistait à des tensions sur le marché, les économies tirées de l’amortissement d’émissions passées portant des taux très élevés compenseront largement à partir de 2021 les effets d’une éventuelle hausse des taux. Mais cette situation n’est soutenable que si le retour de la croissance permet de revenir à une situation des finances publiques assainie ce qui suppose que les causes des déficits passés aient été identifiées et les remèdes apportés.               

Cette crise, et les crises sociales qui ont affecté la France ces deux dernières années, montrent qu’on ne répondra pas aux attentes des français et qu’on ne réduira pas les déficits publics en s’attaquent aux services publics. C’est au contraire en protégeant ceux-ci contre une bureaucratie envahissante aussi inefficace que coûteuse qu’on obtiendra ce résultat. Ainsi la leçon de ces crises aura été tirée.

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