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Le blog d'Alain Boublil

 

Croissance : le pire est à craindre

L’INSEE vient de publier, en même temps que sa première estimation de l’évolution du PIB au 1er trimestre, les chiffres relatifs à la consommation de biens des ménages au mois de mars et à l’inflation au mois d’avril. Ces chiffres sont importants car ils permettent une première analyse de la réaction des agents économiques aux mesures de confinement qui ont été introduites à partir du 16 mars. Le PIB a chuté de 5,8% par rapport au trimestre précédent et la consommation des ménages en biens de 17% par rapport à mars 2019. L’inflation, d’un mois sur l’autre a été de 0,1%, soit, sur un an de 0,4%.

La baisse du PIB est d’autant plus grave qu’elle intervient après une légère contraction durant le trimestre précédent (-0,1%) à la suite d’une période de croissance déjà faible, à peine supérieure à 1% en moyenne depuis deux ans. L’inquiétude s’accroit quand on analyse les composantes du PIB et si on sait que le confinement n’a porté que sur les deux dernières semaines du trimestre. La consommation totale des ménages a baissé de 6,1% et les investissements de l’ensemble des agents économiques de 11,8%. Les décisions d’investissement sont l’aboutissement, surtout dans les administrations publiques et chez les ménages, d’un processus assez long. Elles ne sont donc pas liées uniquement à l’épidémie du corona virus. Durant les trois premiers trimestres de 2019, les investissements des entreprises avaient augmenté de plus de 3% en rythme annuel mais cette tendance s’était interrompue au 4ème trimestre.

La contribution du commerce extérieur a été à nouveau négative (-0,2%) comme durant toute l’année 2019, malgré la chute de la consommation des ménages, généralement tenus pour responsables du déficit du fait de leurs achats peu « patriotes », et malgré les premiers effets de la baisse des cours du pétrole, qui est le principal poste du déficit commercial de la France. Ces résultats montrent une fois de plus que la stratégie économique reposant sur la baisse des charges des entreprises leur permettant de rétablir leur compétitivité et de regagner des parts de marché n’a donné jusqu’à présent aucun résultat concluant.

Enfin l’augmentation des stocks des entreprises a compté pour 0,6% dans l'évaluation du PIB. C’est un autre facteur très préoccupant. Les entreprises ont tardé à ajuster leur production face à la crise. Les ménages, ou les clients étrangers, ont réagi beaucoup plus vite à l'épidémie et les stocks se sont accumulés. C’est autant de production qui a été comptabilisée pour le 1er trimestre qui devra être écoulée par la suite et qui pèsera sur l’activité.

D’une année sur l’autre, on note une très faible inflation : 0,4%. Comparée au mois précédent elle est encore plus faible puisqu’elle n’a été que de 0,1%. Mais cette quasi-stabilité cache des évolutions très différentes suivant les produits, avec une baisse significative des prix de l’énergie, conséquence directe de la chute des cours du pétrole qui commence à se répercuter sur le prix de l’essence et du gaz domestique. Les prix des produits industriels sont également en repli. Les ménages ont pratiquement cessé de se rendre dans les magasins et les prix offerts, par exemple sur internet ou dans les grandes surfaces, ont baissé. A l’inverse, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement ont provoqué des tensions sur l’offre de produits frais qui s’est traduite par une forte hausse (+ 9%).

L’évolution de la consommation de biens au mois de mars par les ménages est révélatrice de leur comportement durant le confinement qui n’a porté, faut-il le rappeler, que sur la moitié du mois. Elle est tombée de 47 à 38,5 milliards. Les ménages ont ainsi économisé 8,5 milliards qui sont allés alimenter les comptes bancaires et les livrets de caisse d’épargne. Seule la consommation de produits alimentaires est en hausse. Elle passe 17 à 18,5 milliards sous l’effet conjugué d’achats de précaution quand les premières menaces de pénurie sont apparues et de l’obligation de prendre ses repas à domicile. La hausse devrait s’accélérer au mois d’avril. La consommation d’eau et d’énergie domestique a été stable, autour de 4 milliards et celle de carburant a baissé d’un milliard. Elle devrait logiquement poursuite sa chute en avril puisque les déplacements privés ont été très fortement réduits du fait du confinement et représenter moins de 2 milliards. Enfin la consommation de produits durables (voitures, habillement ou équipement du foyer) a été pratiquement divisée par deux pour revenir à 13 milliards. Compte tenu, là encore du fait que le confinement devrait porter sur un mois entier, les chiffres d’avril devrait traduire un effondrement et ne pas dépasser 7 milliards. Au total, on peut estimer qu’en avril, les ménages auront consommé autour de 30 milliards en biens, soit une chute de plus de 30% par rapport à février. Le nombre d’immatriculations de voitures particulières neuves, par exemple, a baissé de 72% en mars et de 89% en avril par rapport à l’année dernière.

Jusqu’à présent, la récession a été provoquée par les mesures de confinement. Mais la sortie prévue pour le 11 mai ne va pas entrainer un retour à la normale, pour deux raisons. D’abord elle sera très progressive. De nombreuses activités de services et notamment le tourisme et les transports qui vont rester très limités, continueront à peser lourdement sur la croissance et sur l’emploi. Plus généralement au choc de l’épidémie vont s’ajouter ses conséquences économiques sur l’emploi et sur le comportement des ménages. On a souvent attribué à l’inquiétude causée par les réformes économiques relatives aux retraites et au droit du travail la quasi-stagnation de l’économie française à la fin de 2019. Là, la menace est encore plus vive avec la véritable explosion du chômage provoquée par la crise sanitaire. Les chiffres du mois de mars (+ 246 000 demandeurs d’emplois) ne sont qu’un avant-goût.

Les mesures massives de soutien annoncées par le gouvernement ont largement été ciblées sur les entreprises. Leur survie est indispensable. Mais elle dépend d’abord du retour de leurs clients. Les messages anxiogènes délivrés autant par le corps médical que par les autorités publiques ne vont certainement pas inciter les consommateurs à retourner dans les magasins quand ceux-ci vont rouvrir. Il est vraisemblable que l’épargne de précaution va encore s’accroître. Dans son projet de loi de finances rectificative, le gouvernement prévoit pour l’ensemble de l’année une chute du PIB de 8% basée sur une baisse de la consommation des ménages de 10% et des investissements des entreprises de 17%. A l’inverse, le commerce extérieur et les variations de stocks apporteraient une contribution positive. Cette prévision est trop optimiste car elle suppose un retour rapide de la confiance et un changement de comportement des ménages que rien aujourd’hui ne laisse prévoir. En particulier les menaces qui pèsent sur les vacances d’été qui constituent le moteur de l’économie au 3ème trimestre sont de nature à empêcher toute reprise qui permettrait de rattraper au moins en partie les pertes de production du premier semestre.

Les mesures de soutien annoncées par le gouvernement sont nécessaires mais pas suffisantes. Ce dont l’économie a besoin, c’est que les salariés se rendent à leur travail, que les consommateurs puissent satisfaire leurs besoins et leurs envies et que les entreprises aient des clients pour acheter leurs produits et leurs services. Tant que des assurances n’auront pas été apportées dans tous ses domaines, l’activité continuera de chuter et la récession pourrait être bien pire que ce qui est prévu aujourd’hui.          

        

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