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Le blog d'Alain Boublil

 

Quel rebond pour l'économie chinoise ?

L’année du rat s’annonçait bien pour l’économie chinoise, à la veille des vacances du Nouvel An. Alors que les économies européennes et américaines s’essoufflaient, une première étape dans la conclusion d’un accord commercial avec les Etats-Unis avait été franchie et les risques d’une aggravation des tensions s’éloignaient. La croissance pour l’année 2019  avait dépassé 6%, ce qui était une performance que le monde entier aurait dû lui envier. Les chiffres du mois de décembre montraient même une tendance à l’accélération. La catastrophe sanitaire qui est intervenue au mois de janvier, quand traditionnellement des centaines de millions de Chinois partent en vacances ou vont retrouver leur famille, a plongé le pays dans la plus profonde récession depuis le lancement des réformes en 1979. Les déplacements ont été annulés et l’une des premières régions industrielles du pays, autour de sa capitale, Wuhan, foyer de l’épidémie, a cessé pratiquement toute activité. L’impact s’est progressivement étendu à tout le pays. La chute du PIB au 1er trimestre par rapport au 4ème trimestre 2019 a été de près de 10% et de 6,8% par rapport à la moyenne de l’année précédente, suivant les chiffres qui viennent d’être publiés.

Les mesures de confinement ont permis de ralentir le développement de l’épidémie et sa levée progressive est intervenue à partir du mois de mars, mais à un rythme différent suivant les régions. A Wuhan, les restrictions les plus contraignantes ont été levées le 8 avril et l’activité économique est en train redémarrer. Dans l’ensemble du pays, les ventes au détail ont reculé de 19% et les investissements de 16% durant le trimestre. Mais la décomposition des données par mois fournit des indications importantes sur l’évolution de l’économie après un tel choc. Ainsi les ventes au détail ont rebondi en mars (+16%) par rapport aux deux mois précédents. Le constat est le même pour la production industrielle. La baisse par rapport au mois de décembre était en moyenne de 13,5% pour les mois de janvier et février. Elle n’était plus que de 8,5% en mars. La baisse de l’investissement a été en moyenne de 24% en janvier et février mais seulement de 16% au mois de mars.

Les premiers signes de reprise sont donc en train d’apparaître et leur analyse peut fournir des indications précieuses pour les autres pays, confrontés à la même situation avec plusieurs semaines de décalage. Le gouvernement chinois a lancé un programme de relance de l’économie d’une ampleur, rapportée au PIB, inférieure à ce qu’on observe en Europe et aux Etats-Unis. Le déficit budgétaire ne devrait  pas dépasser 5% du PIB, et des financements seront accordés aux entreprises pour environ 900 milliards de dollars. Des bons permettant d’acheter des biens de consommations (vouchers) seront en outre distribués aux ménages. C’est jugé plus efficace que des allocations qui ne seraient pas forcément dépensées.

Ces mesures commencent à produire leurs effets, si l’on en juge, par exemple, par les déclarations des dirigeants de L’Oréal ou de LVMH, pour qui la Chine est un marché essentiel, et qui ont observé depuis le milieu du mois de mars un retour significatif des consommateurs. Les premières prévisions commencent à être publiées pour l’ensemble de l’année. Le 2ème trimestre connaîtrait une nouvelle baisse du PIB, mais beaucoup plus faible (entre -1% et -3%) et les deux trimestres suivant une forte  reprise. Certains estiment même qu’une croissance de l’ordre de 5% pourrait être obtenue sur l’ensemble de l’année avec une hausse du PIB supérieure à 8% durant chacun des deux derniers trimestres. C’est peu vraisemblable mais l’évolution des dernières semaines permet de penser qu’un retour de la croissance est plausible sous l’effet des mesures de relance gouvernementales et d’un phénomène de rattrapage de la part des consommateurs. Les entreprises chinoises sont en mesure de répondre à la demande de leurs clients car on n’a pas observé de fermetures significatives de sites de production.

La principale incertitude porte sur le commerce extérieur. La profonde récession en cours chez les clients de la Chine va forcément peser sur ses exportations. Mais la demande intérieure devrait  au moins en partie, compenser leur baisse prévisible. La chute des cours du pétrole va contribuer à soutenir la consommation car la Chine est l’un des premiers importateurs mondiaux. Cette tendance s’inscrit dans la stratégie à long terme du pays dont les dirigeants n’ont cessé de répéter qu’ils souhaitaient une croissance moins dépendante de leur environnement extérieur et un rééquilibrage vers la demande intérieure.

A plus long terme, la crise du coronavirus va provoquer une remise en cause dans un certain nombre de secteurs des chaînes d’approvisionnement. La recherche d’une meilleure sécurité sera une préoccupation croissante et cela se traduira par des relocalisations avec notamment des rapatriements de productions actuellement réalisées en Chine. On aurait tort de penser que cela ne concernera que les masques de protection ou des composants nécessaires pour la fabrication de produits pharmaceutiques. Mais, quelle qu’en soit la raison, ce mouvement était inéluctable et les dirigeants chinois en sont conscients. Le pays n’a plus vocation à être l’usine du monde. L’évolution des salaires le rend moins attractif et l’évolution des qualifications des salariés fait que ceux-ci aspireront de plus en plus dans l’avenir à des métiers plus valorisants. Ce mouvement est irréversible. Il est vraisemblable que la crise actuelle l’accélérera mais elle ne constitue pas une rupture mettant en péril l’économie chinoise.

Les signes d’un rebond naturel de l’activité et ces considérations structurelles expliquent pourquoi les marchés financiers chinois ont été bien moins affectés par cette crise, qui pourtant à débuté dans le pays, que les marchés américains et européens. Les indices des bourses de Shanghai et de Shenzhen sont en recul de moins de 10% depuis le début de l’année alors que le Dow Jones a baissé de 15 % et les marchés européens, malgré la reprise de ces dernières semaines, de 25%. Mais si la Chine démontre qu’elle a su surmonter cette crise, mettre en terme à l’épidémie, même si des risques de nouvelles contamination demeurent, comme on vient de le vérifier dans le nord du pays, et repartir de l’avant, les autres pays n’auront qu’à s’en féliciter car il aura été établi que c’est possible et qu’il n’y a aucune raison qu’ils n’en soient pas capables. C’est pourquoi il est essentiel d’observer de près les conditions du retour de la croissance en Chine puisqu’il peut préfigurer ce qui interviendra en Europe et aux Etats-Unis plus tard.

Il est parfaitement légitime de demander aux dirigeants chinois de faire toute la lumière sur l’origine de cette épidémie puisque personne ne conteste le fait qu’elle s’est déclenchée dans leurs pays. Mais cette exigence  ne doit pas aboutir à faire de la Chine le responsable de tous nos maux. En particulier, ce n’est pas de leur faute si la France ne disposait pas de réserves de masques destinés à protéger les soignants ou de tests permettant de détecter les personnes contaminées ou encore d’équipements médicaux pour soigner les malades gravement affectés.

La leçon la plus importante à tirer de cette catastrophe majeure, c’est qu’aucun pays ne peut désormais prétendre faire face tout seul à de tels évènements. Pour construire le nouvel avenir, celui du monde d’après, il sera est bien plus efficace de travailler à améliorer la coopération internationale que de rechercher des boucs émissaires.         

  

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