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Le blog d'Alain Boublil

 

Une récession statistique

Les conséquences économiques de l’épidémie du coronavirus sont d’une ampleur exceptionnelle. En France, les premiers résultats des enquêtes de la Banque de France donnent une estimation de la baisse du PIB au 1re trimestre de 6%. Le gouvernement prévoit pour l’ensemble de l’année une récession du même ordre de grandeur. Les mesures de soutien aux entreprises et l’accroissement des dépenses de santé et d’indemnisation du chômage pourraient générer un déficit public supérieur à 7% et la dette publique dépasser à la fin de l’année 120% du PIB sous l’effet cumulé de la contraction du dénominateur et de l’augmentation du numérateur. L’Etat n’a pas attendu pour faire face à ces nouvelles dépenses. Il est en train d’accroître les emprunts qu’il effectue sur les marchés financiers. La dernière adjudication a rapporté plus de 12 milliards alors que le programme prévisionnel avait retenu un montant compris entre 9 et 10 milliards d’euros. Les taux d’intérêt restent proches de zéro ce qui permettra de ne pas alourdir l’an prochain ce poste des dépenses publiques.

Le monde a déjà connu deux crises économiques majeures, en 1929 et en 2007-2008. Mais celle qui s’annonce est différente : elle n’a pas pour origine des déséquilibres résultant des comportements des entreprises, des ménages ou des institutions financières. Elle est la conséquence d’une épidémie qui s’est propagé dans le monde entier. Les mesures sanitaires décidées par les gouvernements ont conduit à l’arrêt brutal de la production et de la consommation de biens et de services dans de nombreux secteurs. C’est la traduction statistique de ces arrêts qui est à l’origine de la récession qui n’a donc pas de cause économique ou financière propre et ils vont peser sur la situation et les perspectives des entreprises concernées. Les investisseurs l’ont compris et les marchés financiers ont connu une chute  aussi brutale qu’en 1929 ou en 2008.

La Grande Dépression de 1929 ne concerna au début que les Etats-Unis. Elle avait été provoquée par une intense spéculation boursière où certains allaient même jusqu’à s’endetter  pour acheter des actions. Les entreprises n’investissaient plus et s’étaient mises elles aussi à spéculer, comme les ménages qui avaient réduit leur consommation. L’activité économique en avait pâti puisque un début de récession était intervenu au 1er semestre 1929. La Réserve Fédérale avait cru bon, pour freiner la spéculation de relever ses taux d’intérêt durant l’été. Prenant conscience de ces excès, Wall Street s’effondra durant la dernière semaine du mois d’octobre et le président Herbert Hoover, ne sut pas trouver les remèdes pour relancer l’activité. Il faudra attendre 1933, l’entrée en fonction de Roosevelt et le lancement du New Deal pour que l’activité redémarre. Entretemps, l’Europe avait subi le contrecoup de la récession américaine et l’aggravation de la situation économique ne sera pas sans lien avec l’accession d’Hitler au pouvoir en Allemagne cette même année.

La crise de 2007-2008 prit naissance également aux Etats-Unis mais se propagea très vite  dans le reste du monde à travers l’ensemble du système bancaire international. Les prêts à des ménages peu solvables (sub-primes) et la titrisation des créances mirent en péril les institutions financières. Les Etats, à la suite de la faillite de Lehmann Brothers au mois de septembre 2008, durent les sauver en les nationalisant partiellement ou en garantissant leurs financements, ce qui revenait au même. Les entreprises réduisirent leurs activités, les marchés d’action chutèrent et la récession fut la conséquence de la crise financière. Les Etats réagirent plus vite qu’en 1929 et permirent une relance de l’activité, au prix de lourds déficits budgétaires et d’une baisse massive des taux d’intérêt.

La crise de 2020 est d’une nature différente en ce qu’elle n’est pas la conséquence des comportements excessifs des agents économiques. Elle résulte des mesures prises pour arrêter une épidémie. Elles ont eu un effet statistique immédiat. Des centaines de milliers d’entreprises ont dû arrêter partiellement ou en totalité leur activité à la suite de décisions administratives. D’autres, confrontées à la chute de la demande de leurs produits ou de leurs services ont dû en faire autant puisque leurs clients avaient interdiction de se déplacer. En France, près d’un tiers des salariés du secteur privé s’est retrouvé au chômage partiel ou total. Face à cette situation sans précédent, le gouvernement au niveau national et les membres de l’euro-groupe ont décidé des mesures de soutien massives pour traverser cette épreuve. Mais le véritable enjeu n’est pas là. Pour que cette récession purement statistique ne se transforme pas en une crise économique majeure, il faudra éviter que les dommages sur l’appareil de production soient irréversibles avec une multiplication des faillites et la disparition d’entreprises essentielles. C’est pourquoi le processus de sortie de la crise sanitaire, les méthodes employées pour mettre un terme au confinement seront déterminantes pour éviter que la récession, aujourd’hui purement statistique, ne devienne économique et financière et surtout durable.

La médecine n’est pas une science exacte. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer qu’il y a presque autant de points de vue sur l’épidémie que de médecins, surtout quand il s’agit de faire des propositions pour en sortir. Il faut aussi éviter que le malade meure guéri, c'est-à-dire que les dommages causés à l’économie mettent en péril l’équilibre de nos sociétés à travers un chômage massif avec un appauvrissement des ménages d’autant plus dangereux qu’il serait inégalitaire. C’est pourquoi la sortie du confinement, qui interviendra forcément, doit être mûrement préparée et être progressive et sélective afin de réduire au maximum les conséquences à long terme de l’épidémie. La priorité doit être donnée à la demande, c'est-à-dire à la possibilité pour les ménages de recommencer à consommer et à se déplacer. Si les garages sont ouverts, on peut en faire autant, ce sont des exemples, des concessions automobiles et des librairies, sous réserve de prendre les précautions appliquées déjà, sous forme de barrières, dans les autres lieux restés ouverts.

Au fur et à mesure que l’on observera une diminution du nombre de personnes affectées, les possibilités de déplacement pour des motifs aujourd’hui interdits devront être rétablies, mais là aussi avec pragmatisme et accompagnées d’un vaste effort de pédagogie par les autorités publiques. Ainsi la vie économique reprendra et les entreprises, qui se seront dotées pour leur personnel des outils de protection indispensables pour redémarrer leur activité, auront surmonté cette crise, les mesures de soutien annoncées par les pouvoirs publics leur ayant  entretemps permis de survivre. Car ces mesures ne peuvent être éternelles et c’est bien pourquoi il est urgent de préparer la sortie du confinement. La soumettre à l’existence de tests, de traitements ou de vaccins qui n’existent pas encore est irréaliste face aux dommages que l’épidémie a déjà provoqués.

La récession statistique ne se transformera pas en crise majeure si l’on trouver le bon équilibre entre préoccupations sanitaires et contraintes économiques. Cela dépendra de la pertinence des choix, pour le calendrier comme pour la sélection des activités et des déplacements à autoriser à nouveau. Cet ensemble de décisions qui sera dévolu aux responsables politiques sera très difficile à définir et à faire accepter, tant les pressions de tous côtés seront fortes et les tentatives d’exploitation de la situation par les partis politiques de tous bords nombreuses. Mais c’est la condition d’une sortie de crise réussie. Les leçons à en tirer viendront ensuite, tant sur la réadaptation des entreprises à la mondialisation que sur la mise en place indispensable d’une conception élargie de la sécurité nationale incluant la dimension sanitaire.           

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