Vous n'êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

S'inscrire

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

Mondialisation : le coupable idéal

Quand on est en présence d’une telle crise, il faut un responsable et même un coupable. La mondialisation fait figure de favori et ce ne sera sans conséquences sur « les jours d’après ». L’épidémie, pour autant qu’on puisse le savoir, est née en Chine, dans l’une des capitales industrielles du pays, Wuhan, surnommée souvent le « Detroit chinois » tant son industrie automobile y est développée. L’épidémie, là aussi sans qu’on en soit sûr, s’est répandue dans l’Italie du nord et en Alsace parce que des personnes, venant de la zone infectée, y ont transmis le virus. Toujours par le biais de déplacements de personnes infectées, il s’est alors répandu dans le nord de la France, en Bretagne, en Espagne puis enfin au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. C’est le formidable développement des voyages, rendu possible par la baisse des coûts du transport qui a donné à une épidémie locale, une dimension mondiale.

L’épidémie a alors affecté gravement l’économie chinoise. Mais comme celle-ci était devenue un élément essentiel des chaines de production dans le monde, cela a eu de lourdes conséquences sur l’industrie en dehors de la Chine. Les entreprises ont alors subi une double peine. Leurs approvisionnements n’étaient plus assurés et leurs débouchés sur leurs marchés intérieurs compromis par les mesures sanitaires décidées par les pouvoirs publics pour freiner le développement de l’épidémie. Les Etats furent à leur tour confrontés à l’impossibilité de se procurer en quantité suffisante les équipements et les produits pharmaceutiques nécessaires pour contenir la contagion et soigner les malades. Les entreprises avaient délocalisé leurs productions et la France, comme bien d’autres pays européens, était tributaire de fournisseurs à l’autre bout de la planète. Les coûts de production avaient été réduits mais la disponibilité de ces produits stratégiques en temps de crise n’était plus assurée.

Aux conséquences sanitaires et économiques, la libéralisation des transactions financières internationales, autre aspect de la mondialisation, a provoqué une chute sans précédent des marchés financiers, aggravant ainsi les traumatismes provoqués par l’épidémie: envolée des décès, montée du chômage résultant des mesures de confinement décidées partout où la pandémie frappait. Enfin les populations étaient informées en permanence par un système de communication mondialisée de la situation dans chaque pays affecté. Chacun de ces facteurs a contribué à l’aggravation de la crise et la mondialisation a fait, d’un évènement local une catastrophe affectant au moins la moitié de la planète. Il y cinquante ans, une épidémie, quelle qu’en soit la gravité, survenant dans une province chinoise n’aurait assurément pas provoqué une crise de cette nature.

La mondialisation est donc à l’origine de la transmission de cette maladie et de ses conséquences économiques et financières dans tous les pays affectés. La réaction des autorités publiques, notamment en France, n’a d’ailleurs pas manqué d’en dénoncer les excès, en particulier quand il s’est agi de se procurer des masques, des principes actifs pharmaceutiques ou du matériel respiratoire. Mais la mondialisation est un phénomène irréversible. Qui peut imaginer un monde sans internet, où les habitants seraient privés de téléphone portable et où ils ne pourraient pas, au moins une fois par an, aller passer leurs vacances où bon leur semble et où leurs moyens le leur permettent ? Qui peut penser qu’une innovation survenue dans une entreprise ou dans un pays y reste cantonnée ? A l’évidence personne. Les leçons qu’il conviendra de tirer au lendemain de la crise ne sauraient se limiter à un procès de la mondialisation. Elles devront porter sur l’amélioration de la coopération internationale, où il y aura beaucoup à faire, et sur l’évolution des comportements des agents économiques à l’intérieur de chaque pays.

En France, les consommateurs doivent enfin comprendre que ce sont eux les principaux responsables des équilibres et des déséquilibres économiques. Ils commencent à l’accepter quand il s’agit de l’environnement. Ils le comprendront facilement face aux risques sanitaires générés par des chaînes d’approvisionnement trop étendues, mais cela ne suffira pas. La grande distribution devra tirer de cette crise, pour les produits alimentaires, la leçon suivant laquelle les chaînes d’approvisionnement courtes protègent mieux. Cela contribuera aussi à l’emploi dans le monde rural dont la désertification est devenue un enjeu majeur de société. Les ménages qui sont préoccupés par leur emploi comme par celui de leurs enfants devront enfin admettre que c’est la nature de leurs dépenses qui en fixe le niveau. La mondialisation leur a apporté deux bienfaits. La généralisation de la concurrence a permis de contenir l’inflation et l’ouverture des frontières a accru la variété des choix offerts. Mais ceux-ci doivent faire preuve de responsabilité pour ne pas abuser de ces avantages. Arnaud Montebourg, quand il était ministre, a commis une erreur en parlant à ce propos de « patriotisme économique » car le terme de patriotisme évoque un sacrifice. Mais dans ce cas, il n’y a pas de sacrifice. Il s’agit de l’intérêt bien compris de chacun, nous le vivons aujourd’hui et le rôle de l’Etat doit être de le faire comprendre.

Les entreprises ont également une lourde responsabilité. En France, elles ont cru que la bonne réponse à la mondialisation était de délocaliser massivement et de procéder à des acquisitions à l’étranger. La crise actuelle montre à quel point être dépendant de pièces importées peut les rendre fragiles. Surtout, ces acquisitions à l’étranger, qui permettent à leurs dirigeants d’accroître leurs rémunérations, peuvent les mettre en difficulté et provoquer dans les pays concernés des réactions hostiles. On le voit avec Nissan au Japon et KLM aux Pays-Bas. On peut aussi se demander si Peugeot, au lieu de sauver Opel, n’aurait pas mieux fait de laisser ses marques disparaître en Allemagne et au Royaume-Uni et récupérer ainsi des parts de marché. Les grands groupes doivent aussi prendre conscience de leurs responsabilités vis-à-vis de leurs fournisseurs locaux et ne pas chercher à récupérer sur leur dos les marges qu’ils n’ont pas pu réaliser sur leurs clients. Ils renforceront leurs chaînes d’approvisionnement en les raccourcissant. Ils acquerront ainsi une plus grande résilience en cas de crise comme celle que nous traversons.

L’Etat, enfin, ne peut plus rester indifférent devant le comportement des agents économiques. A côté d’un vaste travail pédagogique à destination des ménages et des entreprises, il ne doit plus hésiter à intervenir quand des questions aussi essentielles que la sécurité d’approvisionnement des matériels sanitaires et médicaux ou l’indépendance, chaque fois que c’est possible, pour des biens et des services essentiels, sont en cause. Il doit être mis un terme à la religion de la « concurrence libre et non faussée ». La crise va coûter des sommes colossales au pays. Les dommages, en personnes comme en termes d’activité économique, auraient été bien moins lourds si un frein avait été mis à temps aux excès en matière de délocalisations, d’acquisitions de sociétés à l’étranger ou de cessions à des groupes étrangers. L’Etat a été un mauvais actionnaire et un médiocre stratège car il n’a pas mesuré la nature des changements engendrés par la mondialisation. A ses dirigeants d’en prendre conscience et d’adapter leur action au monde réel d’aujourd’hui et de demain.

La crise ne mettra pas un terme à la mondialisation. Mais celle-ci va évoluer. Les pays qui l’auront compris en sortiront plus fort. Ceux qui se replieront sur eux-mêmes ou ceux qui feront comme si rien n’avait changé en seront les victimes. A la France, à ses ménages, à ses entreprises et à ses dirigeants politiques d’en tirer les leçons.           

          

Commentaires

Pas de commentaires.

Vous devez vous inscrire pour poster un commentaire : se connecter