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Le blog d'Alain Boublil

 

L'Europe et le coronavirus

L’échec de la réunion des dirigeants européens tenue le 26 mars sur les mesures à adopter pour renforcer la solidarité entre Etats-membres et atténuer les conséquences économiques de la pandémie actuelle montre à quel point l’Union Européenne n’a pas pris la mesure des défis auxquels elle est confrontée. Elle risque donc d’en être l’une des grandes victimes. L’Allemagne et les Pays-Bas ont bloqué la proposition de neuf autres Etats, parmi lesquels figurent la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique et même le Luxembourg d’émettre des obligations européennes, les « corona bonds » destinées à financer les pays les plus touchés par la pandémie. Leurs dirigeants se donnent quinze jours pour trouver une solution mais le mal est fait. La procrastination n’est jamais un bon moyen de surmonter une crise.

En Chine, berceau de la crise, la situation donne des signes significatifs d’amélioration et l’Etat prend des mesures de relance tout en proposant aux autres pays son aide et les équipements dont il n’a plus besoin. Aux Etats-Unis, le Congrès et la Maison Blanche, laquelle avait pourtant mis longtemps à apprécier la gravité de la situation, ont trouvé rapidement un accord sur un plan de soutien à l’économie de 2000 milliards de dollars. Les présidents chinois et américains se sont même entretenus pour montrer leur volonté commune de surmonter cette crise. Pourtant les sujets de contentieux entre eux deux ne manquent pas tout comme au sein du Congrès où les républicains et les démocrates ne perdent jamais une occasion de montrer leurs divergences.

Manifestement, les pays européens ne semblent pas prêts à suivre leur exemple et les institutions européennes ont semblé plus préoccupées par leurs querelles bureaucratiques que par la gravité et l’urgence de la situation. Les 20 et 21 février, alors que les premiers signes alarmants apparaissaient enn Lombardie et en Alsace, on a passé des heures à discuter du budget européen pour la période 2021-2027, qui porte sur moins de 1% du PIB de l’Union, sans même évoquer la menace qui pesait sur le continent. Le 9 mars, la nouvelle présidente de la Commission, Ursula van der Leyen donnait une conférence de presse pour faire le bilan des  premiers mois de son mandat. Elle a centré son intervention sur la nécessité d’un Green Deal,  sans aborder, elle non plus, la question des risques que faisait peser la pandémie sur l’économie et les mesures qu’il faudrait prendre. Le lendemain, alors qu’il n’y avait plus aucun doute sur la gravité de la situation et que les mesures de confinement allaient se généraliser avec des conséquences majeures sur l’activité économique, on commence seulement à évoquer la suspension du pacte de stabilité, inscrit dans le traité de Maastricht qui limite les déficits et l’endettement publics.

Le 12 mars, c’est au tour de la présidente de la BCE de faire une déclaration désastreuse, qui affolera les marchés financiers, suivant laquelle c’était aux Etats et non à l’institution qu’elle présidait de prendre les mesures appropriées pour soutenir l’économie. Il faudra attendre une semaine, le 19 mars pour qu’elle fasse un virage à 180° et annonce un programme de rachat d’actifs et de soutien aux institutions financières à hauteur de 750 milliards d’euros en supprimant les plafonds d’aide par Etats. Il faudra aussi près de deux semaines pour que soit acté le 22 mars la suspension effective du pacte de stabilité.

L’échec du sommet du 26 mars est lourd de conséquences car il a davantage été dû à un symbole, à une question de principe qu’à un véritable enjeu financier. Plusieurs pays, dont la France, proposaient d’émettre d’obligations européennes pour financer des dépenses destinées à soutenir les pays les plus touchés par les conséquences de la pandémie. Les Etats auraient alors été collectivement responsables de leur remboursement. Les Pays-Bas et l’Allemagne se sont opposés à ce geste élémentaire de solidarité, expliquant, comme lors de la crise de l’euro en 2010, qu’ils n’étaient pas question qu’ils payent pour les pays trop dépensiers.

Les mécanismes d’intervention européens, dont les ressources sont mutualisées, sont de deux natures. Il y a d’abord le budget financé par les Etats directement dont le montant et les dépenses font l’objet d’une négociation classique. Mais les sommes en jeu sont sans rapport avec les moyens à mettre en place pour soutenir les économies touchées par la crise et les crédits sont déjà affectés. Il y a aussi le Mécanisme Européen de Stabilité, destiné à un pays de la zone euro qui connaitrait un grave déficit et qui serait confronté à une crise financière. Il avait été institué durant la crise de l’euro, en 2010. Mais les concours du MES sont soumis à des conditions draconiennes de réformes structurelles et d’économies budgétaires à mettre en œuvre par les pays qui voudraient en bénéficier. On ne va évidemment pas exiger de l’Italie, par exemple, qu’elle réduise aujourd’hui son déficit pour y avoir accès. Aucune de ces deux sources de financement communautaire n’est donc appropriée à la situation. C’est bien pourquoi avait surgi l’idée d’une aide directe globale financée par des émissions d’emprunts et dont le remboursement serait garanti par l’ensemble des Etats-membres de la zone euro.

C’est cette proposition qui a été rejetée, toujours au nom du principe suivant lequel les pays qui s’estiment vertueux sous prétexte qu’ils ont des finances publiques excédentaires, n’ont pas à couvrir les déficits des pays dépensiers, donc moins vertueux. Ces leçons de morale sont d’autant plus choquantes que s’il est deux pays qui profitent de l’Europe, ce sont bien l’Allemagne et les Pays-Bas. Le premier a de larges excédents commerciaux avec tous ses partenaires et le second peut leur livrer ses produits agricoles frais et est bien content que son port, Rotterdam, soit le point de sortie et d’entrée privilégié des exportations et des importations de l’Union. En outre, il utilise des incitations fiscales pour attirer chez lui des sièges sociaux, ce qui se traduit par des détournements de recettes au détriment des autres Etats-membres. La leçon de bonne gestion économique est donc particulièrement malvenue dans le contexte dramatique que connaissent plusieurs pays européens. L’égoïsme dont ils font preuve ne fera que des perdants au premier rang desquels l’idée européenne elle-même puisque cela fournira de nouveaux arguments aux eurosceptiques dans chaque pays.

Il revient donc à la Commission de prendre ses responsabilités et de placer ces deux pays récalcitrants en face des leurs. L’Allemagne était déjà affaiblie par le triple défi auquel elle est confrontée avec la crise du secteur automobile, le vieillissement accéléré de la population et l’urgence environnementale avec la fin de la prédominance du charbon dans son mix électrique. En cas d’aggravation de la situation économique européenne du fait de l’incapacité de ses membres à trouver les bonnes solutions face à la crise actuelle, le pays ne pourra plus compter sur ses exportations, ses clients étant plongés dans une récession durable. Et si l’Allemagne se rallie au projet, les Pays-Bas n’auront d’autre possibilité que suivre.               

En temps de guerre, et l’exemple est utilisé aujourd’hui par de nombreux dirigeants, il revient aux Etats, et non aux entreprises et aux ménages, de mobiliser les ressources pour assurer la défense du pays. C’est ce qu’ils font depuis le début de la crise, directement ou en s’appuyant sur leur système bancaire dont ils garantissent les financements indispensables aux entreprises pour assurer leur survie. Ce principe doit s’appliquer aussi aux institutions européennes. C’est ce que les Pays-Bas et surtout l’Allemagne devront admettre.               

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