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Le blog d'Alain Boublil

 

A l'horizon 2050...

On ne compte plus les déclarations assorties d’objectifs à très long terme, à l’horizon… Ainsi l’Union Européenne prévoit-elle à l’horizon 2050 d’avoir une neutralité carbone, objectif repris en France. Le Royaume-Uni, à l’horizon 2040, interdira les ventes de véhicules fonctionnant aux énergies fossiles. La France avait décidé de limiter la production d’électricité nucléaire à 50% de la production totale en 2025. Face à l’irréalisme de cette proposition, le gouvernement a repoussé à l’horizon 2030 cet engagement, qui demeure tout aussi irréaliste du fait de l’intermittence des énergies renouvelables et de l’absence de progrès fait dans le stockage de l’électricité. L’Allemagne est plus précise : en 2038 seront fermées les dernières centrales à charbon, même si pour des raisons politiques cet objectif a bien peu de chances d’être atteint. De nombreuses centrales sont dans les anciennes provinces orientales, comme les mines de lignite qui les alimentent. La crise politique qui vient d’éclater après les élections régionales en Thuringe montre à quel point le sujet est sensible. Cela n’empêche pas les gouvernements de prendre des engagements à un terme d’autant plus long que la probabilité de les voir réalisés est faible.

La première observation porte sur le choix du mot : horizon. Chacun sait que la caractéristique de l’horizon est de reculer au fur et à mesure que l’on s’en approche. Associer le mot à une date constitue donc un bel oxymore. Mais c’est un « élément de langage » qui semble convaincant puisqu’il est de plus en plus souvent employé. Il permet à celui qui l’utilise de faire preuve de détermination pour atteindre un objectif louable sans pour autant s’engager dans une action concrète et immédiate.

On ne peut évidemment pas changer en un jour des pratiques ou des habitudes que l’on a identifiées comme portant préjudice. Rien n’empêche de programmer des actions s’inscrivant dans un perspective à plus long terme mais ayant un effet immédiat. Invoquer des horizons lointains permet de s’en dispenser tout en satisfaisant la partie de l’opinion qui ne fait pas la différence entre l’action et la communication. Le recours à cette méthode qui se généralise est d’autant plus surprenant qu’on fait semblant d’ignorer que le mandat des responsables politiques est très limité dans le temps. En France, le Président comme les députés à l’Assemblée Nationale ont une durée effective de responsabilité de cinq ans. Dès qu’il s’agit d’une dépense publique ou du niveau d’une prestation sociale comme une retraite, la règle est encore plus stricte au nom du principe de l’annualité budgétaire. Cela n’empêche pas des ministres d’annoncer la suppression des taxes d’habitation à l’échéance, et non cette fois à l’horizon, de l’année 2023. Il en va de même des mesures proposées dans le cadre de la réforme des retraites. Les garanties allant au-delà de la présente législature n’ont aucune valeur. Elles devront être confirmées par les responsables politiques en fonction à partir de 2022.

Cette tendance montre la dérive inquiétante des organisations politiques et de leurs dirigeants qui se réfugient dans un langage abstrait et qui fixent à leur action des échéances imaginaires. Qui peut sérieusement prétendre savoir ce que seront, dans l’Union Européenne les besoins en énergie en 2050 ou au Royaume-Uni les choix des automobilistes? Le peu de succès de la motorisation électrique auprès des consommateurs devrait alerter ces dirigeants comme les réactions brutales observées en France après les décisions d’augmentation des taxes sur le diesel.  Elles furent, dans ce cas, beaucoup trop brutale, comme lorsqu’il s’est agi d’installer sur les grandes liaisons routières des portiques pour faire contribuer les transporteurs à leur entretien. Le bon équilibre entre des mesures à effet immédiat et la fixation d’objectifs à long terme n’a pas été trouvé.

Soit on se réfugie dans un discours volontariste à très long terme, mais sans effet immédiat, soit, sans concertation ni pédagogie, on engage des actions qu’il faudra bien rapporter face au mécontentement qu’elles suscitent, alors qu’elles vont dans la bonne direction. Qui peut contester que les émissions des moteurs diesel soient néfastes pour la santé et qu’il serait bien opportun, au minimum, de cesser de leur accorder un statut fiscal privilégié ? Mais pour  remettre en cause ce statut, il aurait fallu éviter toute brutalité et faire passer au second plan les effets d’annonce. Le même raisonnement pouvait s’appliquer aux portiques. Il est absurde d’accorder un avantage au transport routier en leur offrant la gratuité des liaisons au détriment du rail alors qu’ils génèrent des émissions nocives de toute nature et contribuent en plus à la détérioration du réseau, ce qui fait peser sur les contribuables une charge non négligeable.

A l’inverse, on trouve des décisions bien acceptées, sauf au niveau local, mais parfaitement contraire aux objectifs recherchés. La fermeture de Fessenheim en est un bon exemple. Les motifs géologiques invoqués sont fantaisistes et l’Autorité de Sûreté Nucléaire particulièrement vigilante n’a pas émis de doutes sur la capacité de la centrale à fonctionner normalement. La cathédrale de Strasbourg tient debout depuis des siècles et une centrale nucléaire a des capacités de résistance à d’éventuelles secousses telluriques bien supérieures. Faut-il déménager le retable d’Issenheim, ce chef d’œuvre peint par Mathias Grunewald au début du XVième siècle et qui est exposé à Colmar, au musée Unterlinden parce qu’il serait menacé par une crue subite ? Personne n’y songe. La vérité est ailleurs. La centrale vendait la moitié de son électricité en Allemagne et concurrençait ainsi les centrales à charbon. La pression des Verts allemands sur leurs collègues français a conduit à cette décision absurde et coûteuse pour tout le monde, l’Etat en tête puisqu’il devra payer à EDF au moins 400 millions d’euros pour dédommager l’entreprise des manques à gagner que la fermeture sans raisons de la centrale entraine.   

La réussite de l’action politique réside dans le meilleur compromis possible entre les décisions prises et la manière dont les responsables les font accepter par la population. Une grande part du fossé qui sépare aujourd’hui celle-ci des dites élites au pouvoir provient de l’incapacité de ces dernières, non de prendre des décisions appropriées mais de savoir les faire accepter. Les effets d’annonce sont devenus une véritable obsession au détriment des mesures précises et concrètes et d’application immédiate. Le paradoxe réside dans le fait que plus les échéances sont éloignées, plus les discours sont accueillis sans susciter d’hésitations et encore moins de critiques. Pourtant jamais l’évolution du monde n’a été aussi imprévisible. Qui aurait pensé, il y a seulement cinq ans que les Etats-Unis remettraient en cause le multilatéralisme, que le Royaume-Uni sortirait de l’Union Européenne et que la plupart des Etats-membres de l'Union seraient confrontés à une instabilité politique chez eux du fait de la nécessité de constituer des coalitions fragiles ? A cela s’ajoutent les crises financières et les catastrophes, comme celle qui affecte la Chine et qui a déjà de lourdes conséquences économiques.

En 1950, le romancier américain Ray Bradbury racontait dans ses Chroniques martiennes qu’au début des années 2000, les Terriens quitteraient leur planète pour aller s’installer sur Mars. Nous étions alors obsédés par les soucoupes volantes. On n’en parle plus beaucoup aujourd’hui. La priorité, ce n’est pas d’imaginer le monde de 2050 mais de le construire chaque jour à partir de décisions concrètes applicables et bien acceptées pour remédier à l’instabilité croissante qui nous menace et aux risques de toute nature qui nous guettent.

    

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