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Le blog d'Alain Boublil

 

Paris n'est pas un musée

L’approche des élections municipales en France, dans un climat économique et social tendu, est l’occasion, pour les nombreux candidats de faire des propositions pour la ville qu’ils gèrent ou qu’ils aspirent à diriger. Mais l’appréciation portée fait rarement le lien avec les politiques conduites au niveau national alors que dans les grandes agglomérations, elles ont des conséquences importantes sur la croissance et l’emploi. Elles peuvent contribuer à la réalisation des équilibres recherchés ou à l’aggravation des situations auxquels l’Etat cherche à remédier. Mais ces situations sont souvent, dans les faits, la conséquence des actions menées au niveau local. Paris en est un bon exemple.

La ville est la seule au monde qui soit à la fois une capitale politique, économique et touristique. Londres pourrait rivaliser mais son attrait touristique est très lié à son rôle économique et financier. New York, Shanghai et Sao-Paulo ne sont pas les sièges des gouvernements de leurs Etats respectifs. Et il est difficile de prétendre que l’on va à Tokyo seulement pour profiter de la beauté de ses monuments ou de ses musées. Quant à Rome, Madrid et Berlin, ces capitales ne sont le siège ni des places financières ni des principales entreprises de leurs pays respectifs. Mais la spécificité de Paris est rarement reconnue et certainement pas par ceux qui prétendent aujourd’hui accéder à l’Hôtel de ville. L’examen des différents projets montre que la priorité est accordée à l’accueil des touristes, à l’établissement de « forêts urbaines » ou de parcs au détriment des moyens de transport et du logement des populations concernées. La population décline (-0,5% par an alors qu’elle progresse de 0,7% dans le pays) et vieillit: il y a davantage de personnes âgées de plus de 60 ans que de jeunes de moins de 20 ans. Le nombre de sièges sociaux de grandes entreprises diminue, ce qui n’est pas un bon signal pour la croissance et l’emploi.  

Trois points essentiels permettent de porter un jugement sur la gestion d’une ville: la qualité de l’air qu’on y respire, la facilité avec laquelle on s’y déplace et la capacité à offrir des logements confortables et financièrement accessibles. Le bilan des différentes équipes qui se sont succédé à Paris est très discutable et les propositions formulées par les candidats ne sont pas convaincantes. Le risque est donc réel que la priorité donnée aux visiteurs, en faisant de Paris un musée, au détriment de ceux qui y habitent ou qui y travaillent s’accentue, ce qui, vu le poids de la capitale et de son environnement immédiat dans l’ensemble de l’économie française aura des répercussions négatives au niveau national.

Les propositions en matière d’environnement et la surenchère auxquels se livrent les candidats risquent d’avoir l’effet inverse du but recherché et d’aggraver la pollution. On confond l’action contre le réchauffement climatique qui est nécessairement globale avec la lutte contre les émissions de particules qui constituent un danger grave et immédiat pour la santé avec le développement des maladies respiratoires. Depuis la quasi-disparition du chauffage au bois et au charbon, leur source principale est constituée par les moteurs diesel. Or ceux-ci continuent à bénéficier d’avantages fiscaux. En outre la ville a multiplié les autorisations données aux cars de touristes et n’a pris aucune disposition pour restreindre l’entrée de poids lourds d’une dimension excessive ou de véhicules professionnels vétustes et lourdement polluants, notamment dans les entreprises de bâtiment et de travaux publics. Enfin, sans que cela ne semble attirer l’attention, la RATP continue à faire circuler des bus qui ont parfois plus de vingt ans d’âge. L’essentiel des mesures restrictives concerne les véhicules particuliers qui ne sont pas, et de loin, les plus polluants. On se concentre aussi sur le « verdissement » de la ville au nom de la capacité des arbres à absorber les émissions de CO2. C’est dérisoire au niveau de la planète et cela ne contribue en rien à purifier l’air de la capitale.

Les propositions concernant les déplacements ont presque toutes pour objectif de réduire la place des voitures particulières. En réduisant la taille et le nombre de voies disponibles, on compte faciliter les « nouvelles mobilités ». Au lieu de donner la priorité à l’amélioration des transports en commun, on encourage les « deux roues », motorisés ou non, ce qui va à l’encontre des objectifs en matière de sécurité. Alors que le nombre et la gravité des accidents recule depuis vingt ans, en région parisienne, on note l’évolution inverse depuis trois ans pour les motos et maintenant les bicyclettes et les trottinettes. Ces nouveaux modes de déplacement ne sont pas adaptés aux caractéristiques de l’emploi et du logement, lesquelles sont de plus en plus éloignés l’un de l’autre, ce qui accroit la longueur des déplacements domicile-travail. La réduction des voies disponibles n’a pas entrainé un recul de la pollution puisque la baisse de l’utilisation des véhicules particuliers a été plus que compensée par l’accumulation des embouteillages. L’attractivité de Paris auprès des entreprises en a été affectée.

Mais le sujet sur lequel l’insuffisance de proposions crédibles est le plus criant concerne le logement. La population diminue car le prix des logements ne cesse d’augmenter ce qui attire des investisseurs, souvent étrangers, qui y voient un placement sans risque et rémunérateur, non pour les revenus générés car ces surfaces ne sont pas offertes à la location, mais grâce à l’appréciation de la valeur du bien au fil des années. Cette raréfaction, que l’on peut constater chaque jour en voyant les persiennes fermées de milliers d’appartements, est aggravée par la politique de la ville qui accorde généreusement des autorisations pour transformer des logements en bureaux ou, quand ils se trouvent au dessus d’une boutique, à permettre à celle-ci de s’étendre au premier voire au deuxième étage. Ces décisions n’étaient pas désintéressées: les locaux professionnels rapportent fiscalement plus que les locaux d’habitation. Un cercle vicieux s’est donc instauré: la rareté des logements disponibles provoque la hausse des prix qui incite des investisseurs à se porter acquéreur ce qui aggrave la rareté. Ce n’est certainement pas en offrant des subventions aux acheteurs sans rapport avec les prix réels ou en promettant de construire quelques centaines de logements sociaux par an que ce mouvement va s’inverser.

Les seuls bénéficiaires de cette évolution sont les touristes, français ou étrangers. Ils peuvent se déplacer dans des cars, occuper des locations de très courte durée ou saisonnière et se faire livrer leurs repas à domicile par de jeunes travailleurs indépendants, qui figureront dans les statistiques d’emplois créés, ainsi artificiellement gonflées.

La France a raison d’être fière de ce que le Louvre soit le musée du monde le plus fréquenté, que Paris ait été choisi pour organiser les Jeux Olympiques en 2024 et que nous accueillions près de 90 millions de visiteurs étrangers chaque année. Mais ceci ne peut se faire au détriment des équilibres économiques et sociaux. La mission confiée à une municipalité est d’offrir à ses habitants le meilleur cadre de vie possible, les commerces et les services de proximité indispensables et des conditions de logement adaptées aux emplois, tant par leur coût que par leur localisation. L’évolution de Paris vers un modèle de ville-musée n’est ni conforme à son histoire ni dans l’intérêt du pays, compte tenu de son poids dans l’ensemble de l’économie. Force est de constater que les différents candidats n’ont pas pris la mesure de tous ces enjeux.           

 

         

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