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Le blog d'Alain Boublil

 

L'année du rat se présente bien

Le 25 janvier, la Chine fêtera la nouvelle année qui, suivant les signes du zodiac, sera placée sous le signe du rat. Elle se présente mieux que l’année du cochon qui vient de s’achever, non pas parce que les performances économiques ont été décevantes mais parce que les menaces qui pesaient sur l’environnement international s’atténuent. L’accord passé avec les Etats-Unis devrait être respecté par les deux parties, au moins jusqu’aux élections présidentielles américaines au mois de novembre. Les troubles au Moyen-Orient ne devraient pas provoquer une nouvelle crise pétrolière et une remontée brutale des cours, du fait de l’abondance des ressources disponibles. La croissance en Europe, partenaire commercial important de Pékin, restera médiocre mais ne devrait pas s’affaiblir au point de peser sur les exportations chinoises.

L’annonce d’une croissance de 6,1% en 2019 a été assortie des habituels commentaires négatifs, soulignant que c’est le taux le plus faible depuis trente ans. Il eut mieux valu saluer la réussite d’un pays qui, précisément en trente ans, n’a jamais connu un rythme de croissance inférieur à 6%. Le PIB a dépassé 14 000 milliards de dollars, confortant la place de la Chine comme deuxième puissance économique mondiale. En utilisant le concept de parité de pouvoir d’achat, qui rectifie les taux de change pour tenir compte des différences de prix des biens et des services, la Chine aurait en réalité dépassé les Etats-Unis dont le PIB en 2019, suivant les premières estimations a été de 21 300 milliards de dollars en hausse, en termes réels d’environ 2%. Si cet écart de croissance entre les deux pays se maintient, la Chine pourrait alors devenir vers 2030 la première puissance économique mondiale.

Malgré les tensions commerciales avec les Etats-Unis, la croissance au 4ème trimestre a été de 6,1% et le rebond de la production industrielle (+6,9%) au mois de décembre confirme la tendance. Du fait des vacances du nouvel an et de leur répartition sur janvier ou sur février, les chiffres des deux prochains mois seront peu significatifs. Il faudra donc attendre la publication des chiffres de l’ensemble du trimestre pour juger si la tendance favorable observée à la fin de l'année dernière s’est confirmée.

Ces performances ne doivent pourtant pas cacher que la Chine est confrontée à plusieurs défis majeurs. Il y a d’abord la transition démographique. Pendant plus de trente ans, l’Etat a imposé sa politique de l’enfant unique pour mettre la priorité sur l’augmentation du niveau de vie. Sur ce point, le succès n’est pas discutable puisque le PIB par habitant a dépassé 10 000 dollars en 2019. Le vieillissement de la population risque d’avoir à terme l’effet inverse et le gouvernement a assoupli sa politique en 2016. Mais les habitudes familiales ne changent pas du jour au lendemain et le nombre de naissances par 1000 habitants (10,5)  ne s’est pas encore redressé de façon significative. La recherche d’un meilleur équilibre démographique reste  une priorité.

L’endettement excessif de nombreuses entreprises soutenues par l’Etat ou les collectivités locales est réel. Mais cela ne risque pas d’avoir les mêmes conséquences qu’aux Etats-Unis. Lors de la crise des sub-primes, le système bancaire américain avait été mis en difficulté et cela s’était répercuté sur l’économie mondiale. La Chine a un excédent extérieur structurel et la banque centrale a accumulé plus de 3 300 milliards de dollars de réserves en or et en devises. Les autorités ont les ressources suffisantes pour venir au secours des institutions menacées sans faire appel à l’étranger, ce qui distingue la Chine des autres grands pays émergents, comme le Brésil. La multiplication des défauts de paiements ne doit pas non plus être mal interprétée. Elle résulte d’une volonté politique. Le temps d’une prise en charge publique automatique des risques est révolu. Les autorités chinoises veulent mettre en face de leurs responsabilités les agents économiques et se rapprocher des pratiques des pays développés, ce que l’on peut difficilement leur reprocher.  

 L’élévation du niveau de vie, qui est continue et irréversible se traduit par des hausses de salaires incompatibles avec l’ancien modèle d’« usine du monde ». La transformation de l’économie chinoise est en cours et c’est bien ce qui inquiète les pays occidentaux qui voient apparaître un concurrent dans les nouvelles technologies. Des dizaines de milliers de jeunes chinois sortent des universités avec de hauts degrés de qualification. Dans le passé, ils allaient souvent chercher un emploi aux Etats-Unis ou, dans une moindre mesure en Europe. Désormais, ils ont chez eux des grands groupes comme Tencent, Alibaba ou Huawei, capables de leurs offrir de solides perspectives de carrière. La mutation économique en cours ne se limite pas à sortir du rôle de sous-traitant à bas-coût des entreprises américaines ou de fournisseur de la grande distribution dans le monde entier. Les marques chinoises commencent à s’imposer dans le pays où elles sont un signe de fierté nationale et ne vont donc pas tarder à être reconnues à l’étranger.

La Chine s’est aussi engagé dans une profonde transition énergétique en mettant la priorité sur deux secteurs, la réduction de la part du charbon dans la production d’électricité et les véhicules électriques. Les investissements pour faciliter l’approvisionnement en gaz naturel progressent avec la mise en service du premier gazoduc reliant le pays à la Sibérie orientale. La construction de nouvelles centrales nucléaires et de champs d’énergies solaires ou éoliennes se poursuit à un rythme élevé. A l’inverse, la baisse significative depuis deux ans des immatriculations de véhicules neufs  (-2,8% en 2018 puis -9,2% en 2019), est souvent citée pour illustrer les difficultés de l’économie chinoise. Mais la croissance avait été tellement forte depuis 2010 pour atteindre près de 29 millions de véhicules en 2017, qu’il est plus juste de parler de consolidation. Elle est aussi le fait de nombreuses municipalités, qui devant la hausse du trafic et de la pollution, freinent la délivrance des cartes grises. Cela ne doit pas occulter la percée des véhicules électriques. Il s’en est vendu 700 000 en 2019, soit plus de la moitié des immatriculations mondiales. Le succès a été tel que l’Etat n’a plus jugé utile de se montrer généreux et a réduit les aides à la fin de l’an dernier.     

La politique internationale de la Chine doit soutenir la croissance, ce qui est mal compris en Occident, notamment à propos du programme des nouvelles Routes de la Soie. En construisant des infrastructures reliant le pays à ses partenaires, en Asie centrale, en Afrique et même jusqu’en Méditerranée, il atteint trois objectifs à la fois. Il offre des marchés à ses entreprises, ce qui compense en partie le ralentissement de la croissance de leur marché intérieur. Il favorise le développement de ses partenaires qui deviendront ainsi de nouveaux clients et il facilite l’envoi de ses exportations dans les zones concernées. Mais ces voies d’accès ne sont pas à sens unique et elles permettront aussi le développement des exportations vers la Chine.

L’année du rat se situera dans la continuité des années précédentes. La Chine évolue. Son modèle de production se transforme. Ses entreprises acquièrent une notoriété et une présence mondiale, au point de devenir des concurrents sérieux pour les firmes multinationales qui avaient dominé les échanges jusqu’à présent. Le pays adapte son économie à toutes ces transformations industrielles, technologiques et sociales. Plutôt que de jeter un regard critique sur ces évolutions, il serait plus utile de chercher à les comprendre pour éviter d’en être victime et d’apprendre à en tirer avantage.     

       

 

      

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