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Le blog d'Alain Boublil

 

Emploi : les fausses bonnes nouvelles

Face à la crise sociale, le gouvernement répond que sa politique économique est la bonne, que les réformes en cours produisent de premiers résultats et que ceux-ci sont visibles sur la croissance et l’emploi. Il se garde bien, en revanche de commenter les chiffres du commerce extérieur qui restent consternants. Le déficit hors énergie est toujours proche de 20 milliards alors que les politiques conduites depuis dix ans visaient à rétablir la compétitivité de l’industrie française. La baisse du coût du travail et les réductions d’impôts en faveur des entreprises largement financées par le déficit budgétaire permettraient de reconquérir le marché intérieur et de développer les exportations et l’emploi. Cela n’a, à l’évidence, pas été le cas.

Pour la croissance, les résultats sont bien peu convaincants puisque nous connaissons une quasi-stagnation depuis dix ans, si l’on excepte une année, 2017. Se réjouir parce que nous réaliserions un taux de 1,3%, en baisse par rapport au 1,7% en 2018 est bien excessif. Et les comparaisons internationales ne sont pas favorables. La croissance, dans les pays anglo-saxons est supérieure à 2%. En Chine, elle reste autour de 6%, même si le pays ralentit et l’Inde essaye de suivre avec 5% en moyenne ces dernières années. Quant aux pays durement touchés lors de la crise de l’euro, comme l’Espagne ou l’Irlande, ils ont une croissance supérieure à 2%. Les seules comparaisons qui nous soient favorable sont avec le Japon, victime d'un drame démographique, et avec l’Allemagne. Comme notre voisin fut longtemps le modèle à suivre, l’argumentation aurait du sens. Il n’en est rien. Le pays est confronté à une crise majeure. Ce qui a fait sa force hier, sa spécialisation industrielle, fait aujourd’hui sa faiblesse. Son économie n’est pas assez diversifiée et mal préparée aux mutations technologiques en cours et son secteur bancaire est fragile. L’autosatisfaction de nos autorités, largement soutenue par les commentateurs, est donc excessive. Mais ce n’est rien à côté du discours enthousiaste sur l’emploi.

Deux chiffres sont largement cités: la baisse, que certains prétendent historique, du taux de chômage et la hausse des créations d’emplois. En revanche, et avec un certain cynisme, la publication, qui est devenue confidentielle, des statistiques mensuelles du nombre de demandeurs d’emplois, ne fait l’objet que de peu d’observations. On met en cause la pertinence du concept ou la précision des données. Pourtant, s’il existe un indicateur adapté à l’analyse du phénomène, c’est bien le recensement des personnes ne travaillant pas et désireuses de trouver un emploi. Même si il peut comporter des biais ou des fraudes, son évolution en longue période est fiable et plus représentative de l’état du marché du travail que les autres concepts. C’est peut-être aussi pour cela que le gouvernement a pris la décision de les ignorer ou, à tout le moins, de ne pas les commenter.

Le taux de chômage est une donnée relative. Si pour des raisons démographiques le nombre de personnes en âge de travailler croit plus vite que le nombre de personnes qui recherchent un emploi, le taux de chômage diminue sans pour autant que le chômage ait baissé. C’est très exactement ce qui se passe aujourd’hui. En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emplois en catégorie A à la fin de l’an dernier était le même que celui recensé à la fin de l’année 2013. Pourtant le taux de chômage en 2013 était de 10% alors qu’il est retombé à 8,5% au 3ème trimestre 2019. Entre 2010 et 2015, le nombre de chômeurs a cru de 150 000 par an. La situation s’est stabilisée en 2016. Depuis, il baisse en moyenne de 50 000 par an. Mais ce chiffre est à rapporter au nombre de demandeurs d’emplois qui était encore de 3,3 millions à la fin de 2019. Pour revenir au niveau où il se situait avant la crise, soit 2,6 millions, au rythme enregistré depuis trois ans, il faudra environ quinze ans. Et si l’on tient compte du chômage outre-mer qui représente 200 000 demandeurs d’emplois en plus, il faudra une période encore plus longue.  En outre la France connait un taux d’emploi, indicateur qui compare le nombre de personnes qui ont une activité à la population totale en âge de travailler, bien inférieur aux autres pays développés : 65% contre 68% dans l’OCDE et jusqu’à 70% aux Etats-Unis et 75,6% en Allemagne. Une partie importante de la population française, du fait du chômage très élevé, a renoncé à chercher un emploi et ne figure plus dans les statistiques.

L’autre motif de satisfaction tout aussi excessif concerne l’évolution du nombre d’emplois salariés créés. Sur les quatre derniers trimestres, il s’est élevé à 260 000. Entre 2010 et 2016, l’emploi avait stagné, comme l’ensemble de l’économie. Le changement est donc significatif mais il s’accompagne d’une tendance inquiétante pour la croissance et la stabilité sociale: la reprise des embauches depuis deux ans comporte une véritable explosion des contrats d’une durée inférieure à un mois. Ils sont passés de 1,7 millions par an en moyenne au début des années 2000 à 4,4 millions au premier trimestre 2019. La France crée plus d’emplois mais ceux-ci sont de plus en plus précaires.

Le cercle vertueux qui voudrait que le redressement de l’emploi crée de la confiance et que celle-ci se traduise par de la consommation et des investissements de la part des ménages et des entreprises et donc une croissance forte et durable avec de nouvelles créations d’emplois ne s’est pas enclenché. Les raisons apparaissent clairement dans les chiffres qui ont été publiés mais le gouvernement l'ignore ou fait semblant de l'ignorer. La baisse du chômage est encore très limitée et résulte de la création d’emplois précaires qui ne sont pas de nature à entrainer de la part des ménages un retour de la confiance dans l’avenir. C’est la raison pour laquelle on assiste, chez ceux qui en ont la possibilité à une augmentation de leur taux d’épargne. Les menaces, réelles ou pas, sur les systèmes de retraite qui résultent du projet du gouvernement, accroissent encore ce sentiment d’inquiétude et rendent illusoire toute perspective d’une reprise significative de la croissance en France et donc de l’emploi.

Les décisions en matière économique peuvent trouver deux sources d’inspiration. Elles peuvent provenir de considérations idéologiques ou de certitudes théoriques. Un gouvernement peut penser qu’il a été élu pour satisfaire une classe sociale, par exemple composée des dirigeants d’entreprises et de leurs actionnaires. Sur ce terrain, le succès est incontestable : la bourse de Paris a connu en 2019 une hausse spectaculaire, même si une partie n’est que le rattrapage de la forte baisse intervenue à la fin de l’année précédente, et un record en matière de distribution de dividendes et de rachats d’actions.

Mais  les décisions peuvent aussi résulter de certitudes économiques fondées sur la conviction que la baisse du coût du travail et l’augmentation des marges des entreprises profiteront à tout le monde et notamment à l’emploi et aux salaires. Ce n’est évidemment pas le cas aujourd’hui et les tendances ne permettent pas de prévoir que cela sera le cas demain. Devant les résultats décevants de la politique économique conduite aujourd’hui en France qui ne sont pas étrangers à la grave crise sociale que le pays traverse, le risque est réel que les arguments donnés pour justifier ces  « réformes » n’apparaissent que comme un habillage pour cacher des motivations purement idéologiques.  Les conséquences politiques seraient alors lourdes et trouveront leur traduction dans les prochains scrutins.   

 

      

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