Vous n'êtes pas encore inscrit au service newsletter ?

S'inscrire

Se connecter

Mot de passe oublié? Réinitialiser!

×

AB 2000 Site d'analyse

Le blog d'Alain Boublil

 

Chine : quoi de nouveau ?

La Chine est sur le devant de l’actualité depuis des mois. Son économie ralentit, le feuilleton des négociations commerciales avec Washington tient les marchés financiers en haleine, la crise politique à Hong Kong suscite de vives critiques de la part des pays occidentaux. Mais la place que le pays occupe désormais sur la scène internationale n’est que la conséquence de son poids grandissant dans l’économie mondiale.  

La crise de Hong Kong est le résultat des maladresses des autorités locales et du refus de Pékin de les désavouer. Les élections qui sont intervenues dimanche constituent un désaveu majeur de ces autorités mais elles n’auront pas de conséquences institutionnelles puisqu’il s’agissait de choisir l’équivalent des élus locaux en France. Les dirigeants chinois s’appuient sur leur bon déroulement pour proclamer que le principe « une nation, deux systèmes » fonctionne parfaitement. Le vote par le Congrès américain d’une loi sur les libertés publiques à Hong Kong  et immédiatement promulguée par Donald Trump, est apparu comme un soutien aux manifestants et va créer un nouveau sujet de tension entre les deux pays à un moment où ils peinent à se mettre d’accord sur leurs relations commerciales. Le Président américain veut peut-être aussi détourner l’attention au moment où l’enquête sur l’affaire ukrainienne le met en première ligne.    

Cette crise politique pèse lourdement sur l’activité de l'ancienne colonie britannique. Les riches Chinois qui venaient faire à Hong Kong leurs achats de produits de luxe sont en train de se détourner du territoire et les boutiques commencent à fermer. L’internationalisation du Yuan et le développement des places de Shanghai et de Shenzhen rendent le rôle de Hong Kong moins stratégique. Pékin pourtant, en renforçant les infrastructures de communication autour de la rivière des Perles avec Macao et la province du Guangdong voulait jouer sur la complémentarité de leurs activités et accélérer ainsi le développement de toute la région. Ce projet pourrait être fragilisé. Quand Alibaba après son introduction en bourse réussie à New York a choisi de se faire aussi coter à Hong Kong et de lever avec succès près de 10 milliards de dollars, cela correspondait à la même volonté d’intégration où tout le monde serait gagnant. Il est difficile d’imaginer que le vote de dimanche constitue un rejet de cette politique et traduise une volonté d’isolement qui n’aurait, sur le plan économique, aucun sens et dont les habitants seraient les premières victimes.

Le feuilleton des négociations commerciales avec les Etats-Unis ne doit pas non plus être interprété comme une menace significative pesant sur la croissance chinoise. Pékin bénéficie d’un double avantage sur Washington. La Chine a accumulé des excédents extérieurs considérables qui sont allés se loger dans les réserves de sa banque centrale. Les Etats-Unis ont, au contraire, un lourd déficit. Ils ont besoin des capitaux étrangers pour le financer. Dans cette affaire, Pékin a tout son temps alors que Washington est confronté à une échéance électorale qui se rapproche. Un échec de ces discussions provoquerait une chute des marchés financiers à laquelle le président américain est particulièrement sensible. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a réduit ses ambitions en indiquant qu’il y aurait une « phase 1 » portant sur un champ bien plus étroit qu’envisagé initialement et pour lequel un accord devrait être plus facile à atteindre.

Celui-ci n’est pas encore acquis et l’incident diplomatique sérieux provoqué par la loi sur Hong Kong va certainement compliquer la situation. Mais en cas d’échec, la Chine serait moins affectée que les Etats-Unis, comme vient d’ailleurs le noter un rapport de la Réserve Fédérale de New York. Le relèvement des droits de douane serait répercuté sur les consommateurs américains car les firmes multinationales ne sont pas prêtes à transformer leurs chaines d’approvisionnement. Quant aux entreprises chinoises comme Huawei, menacées de se voir coupées de leurs fournisseurs américains, elles se réorganisent, se tournent vers l’Europe et même, ce qui est un comble quand on connait l’histoire des relations entre les deux pays, vers le Japon.

Rien de tout cela n’affecte véritablement le dynamisme et le potentiel de l’économie chinoise. Si son taux de croissance diminue –légèrement-, c’est pour des raisons arithmétiques.  La taille de l’économie est devenue telle qu’en valeur absolue une croissance de 6% aujourd’hui correspond à une augmentation de la création de richesse bien supérieure à ce qu’un taux de 8% ou même 10% représentait il y a dix ans. On ferait mieux de noter que si le taux de 6% est le plus faible depuis 25 ans, c’est que la Chine a connu une croissance supérieure à 6% pendant 25 ans. Difficile de trouver un pays qui a fait mieux. La croissance reste donc forte mais son contenu est en train de changer. On continue à construire des autoroutes et des lignes à grande vitesse, ou des complexes pétrochimiques comme celui que le groupe allemand BASF vient d’inaugurer. Mais le moteur de l’économie chinoise est désormais la consommation des ménages. Le spectacle des grandes métropoles, et notamment de Shanghai avec ses gigantesques centres commerciaux, ses rues piétonnes bordées de boutiques est révélateur comme les files d’attente pour aller dans les restaurants ou pour prendre l’avion.  

Un article récent de China Daily rapporte qu’à Shenzhen, le quartier autour de Huaqiang North Street qui était réputé pour ses boutiques où l’on vendait les derniers smart phones et les équipements connectés les plus avancés, est en pleine mutation et que l’on y trouve maintenant bien plus de salons de coiffure et de magasins de cosmétiques. Leur consommation est en hausse de 12,8% depuis le début de l’année. Cela illustre bien la transformation du modèle économique chinois et son insertion dans l’économie mondiale. La Chine était une étape dans les cycles de production, c’était l’usine du monde profitant d’une main d’œuvre peu coûteuse et bien formée. Le pays est en train de devenir un point de départ et un point d’arrivée des produits finis. Cela impose un bouleversement des flux de marchandises et c’est tout le sens du programme stratégique majeur du gouvernement chinois, la « Belt & Road Initiative », qui est une version moderne des antiques Routes de la Soie.

Les capitaux mobilisés pour réaliser ces investissements permettent de soutenir la croissance du pays dans une logique keynésienne mais ils favorisent aussi le développement des pays voisins qui bénéficieront de ces infrastructures. Les critiques que l’on entend en Europe sont incompréhensibles. Ces projets faciliteront les exportations chinoises. Mais les bateaux et les trains n’ont aucune raison de repartir vides. Ils pourront aussi transporter, à moindre coût et plus rapidement les produits européens. Pékin et les pays qui participent à ces grands projets financent donc des échanges dans les deux sens. Aux entreprises françaises d’en tirer avantage. Le procès qui est fait à propos des investissements dans les pays émergents et notamment en Afrique est encore plus incompréhensible. Pékin fragiliserait leur situation financière en incitant ces pays à s’endetter. Mais l’Europe et la France en particulier sont bien mal placées pour soulever ces critiques. Si nous avions aidé ces pays à se développer, ils n’auraient pas besoin de recourir à des accords avec l’Empire du Milieu.

La Chine n’a pas fini de nous étonner.  L’adoption de modèles de consommation proches des nôtres constitue un soutien puissant de la croissance chinoise. Elle ouvre aussi des opportunités pour nos entreprises. Encore faut-il qu’elles fassent les efforts nécessaires pour faire connaître leurs marques et qu’elles adaptent leur offre à la demande de leurs futurs clients chinois.         

Commentaires

Pas de commentaires.

Vous devez vous inscrire pour poster un commentaire : se connecter