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Le blog d'Alain Boublil

 

Rompre avec la politique anxiogène

La légère révision de la croissance française au deuxième trimestre, qui aurait atteint 0,3% au lieu de 0,2% dans la première estimation comme l’augmentation de la consommation des ménages en biens au mois de juillet (+0,4%) après la baisse observée en juin (-0,2%) ne doit pas faire illusion. Les niveaux restent très faibles et insuffisants pour qu’on puisse prétendre que la France a retrouvé une trajectoire économique satisfaisante. En y regardant de plus près, on serait même tenté de penser que c’est l’inverse. Le contraste est saisissant entre l’amélioration de la situation financière des ménages et des entreprises et la dégradation de celle des administrations publiques. Mais cela n’a pas déclenché un mouvement de reprise, ni du côté de la demande, ni du côté de l’offre.

Pour les ménages, les variations sont surtout dues aux évolutions de la consommation d’énergie (20% de la consommation de biens) lesquelles dépendent des aléas météorologiques. La hausse du pouvoir d’achat qui a résulté en début d’année des mesures consécutives à la crise sociale s’est traduite par une augmentation équivalente de l’épargne financière. Les collectes élevées en faveur du livret A et de l’assurance-vie en témoignent. Sur un an, le taux d’épargne financière est passé de 4% à 5% du revenu disponible brut. Les ménages ont préféré thésauriser, quand ils le pouvaient, le supplément de pouvoir d’achat dont ils ont bénéficié et l’impact sur la croissance et l’emploi a été très limité. La baisse spectaculaire des taux d’intérêt à long terme  ne s’est pas traduite par une augmentation de la construction neuve. Les mises en chantier de logements sont en baisse continuelle depuis la fin de l’année 2017 et les autorisations délivrées cette année ne laissent prévoir, bien au contraire, aucun retournement. L’augmentation de l’endettement des ménages a surtout servi à acquérir de l’immobilier ancien dont les prix ont fortement augmenté depuis deux ans.

Du côté des entreprises, le taux de marge a dépassé 33%, contre 31% il y a un an alors que le taux d’investissement restait, avec 24%, stable par rapport à 2018. La conséquence a été un  taux d’autofinancement qui a dépassé 100%. Il était déjà élevé en 2018 avec 94% en moyenne sur l’année. Cela n’a pas empêché les entreprises d’accroître leur recours à l’endettement mais principalement pour réaliser des opérations financières (acquisitions, rachat d’actions) ou tout simplement pour se constituer une trésorerie abondante pour saisir d’éventuelles opportunités. Le climat international (Brexit, guerre commerciale Etats-Unis-Chine, tensions au Moyen-Orient) pourrait expliquer une attitude prudente de la part des entreprises concernées. Mais rien ne justifie l’atonie de l’investissement et des efforts de recherche dans les secteurs porteurs d’avenir, alors que l’Etat a offert des incitations financières substantielles.

Le résultat pour l’Etat et les administrations publiques est une aggravation du déficit budgétaire en hausse au premier semestre à 3,5% du PIB contre 2,5% pour l’année 2018. L’explication donnée, le cumul du Crédit d’Impôt pour la Compétitivité des Entreprises et sa transformation en allègement définitif de charges la même année n’est pas convainquant. En revanche l’amélioration de la compétitivité est illusoire puisque la contribution à la croissance des échanges extérieurs a été pour l’instant nulle en 2019. Les chiffres du solde commercial sont aussi largement influencés par les variations de stocks, c'est-à-dire essentiellement le rythme des transferts de pièces dans la chaine d’approvisionnement des Airbus et les fluctuations des livraisons d'un mois sur l'autre des avions. Enfin, pour des raisons qu’il faudra bien un jour clarifier, l’Etat fait tout ce qu’il peut pour freiner l’impact de la baisse des taux d’intérêt sur la charge de la dette. L’émission le 1er août d’une souche d’emprunt 4,75% 2035 lui a rapporté en trésorerie le produit de la prime d’émission attachée à cette opération, soit 1,65 milliard d’euros mais alourdira pendant quinze ans la charge de la dette quand il faudra payer un intérêt de 4,75% sur cet emprunt.

Pourquoi donc, malgré tous ces efforts, la croissance reste-t-elle aussi faible ? Pour qu’elle se redresse, il faudrait qu’un consensus apparaisse entre les agents économiques, les ménages comme les entreprises, pour qu’ils intègrent dans leurs comportements une vision positive de leur propre avenir. Or l’action de l’Etat et le message délivré en permanence par ses dirigeants est anxiogène, génère de l’inquiétude et incite donc ces mêmes agents économiques à restreindre leurs dépenses comme leurs investissements. Il y a d’abord la menace de la dette et des conséquences d’une éventuelle remontée des taux d’intérêt, prédite depuis des mois sinon des années par Bercy et même par la Cour des Comptes et qui n’a aucune chance de se produire dans l’immédiat, si l’on se réfère aux déclarations de la future présidente de la BCE, Christine Lagarde. Mais à supposer que cela survienne, les conséquences seraient très longues à être perçues car notre dette est à taux fixe et la hausse n’aurait d’effet, et encore avec un an de décalage, que sur les nouveaux emprunts émis pour rembourser ceux arrivant à échéance et à supposer en outre que les taux des emprunts échus soient inférieurs aux nouveaux taux du marché. Ce n’est pas demain la veille et si même cela devait intervenir un jour, cela signifierait que la croissance est repartie et les recettes pour l’Etat en seraient alors les premières bénéficiaires.

Autre signe de cette culture anxiogène qui s’est installée, toutes les mesures dites structurelles pour améliorer les performances de l’économie française depuis sept ans reposent sur le principe qu’il faut réduire les protections ou les droits acquis de l’immense majorité des salariés, des retraités et des familles. La réforme du marché du travail s’est traduite par une véritable explosion des contrats à très court terme. Les réflexions en cours sur la réforme des systèmes de retraites aggravent ces inquiétudes. La précarité croissante de l’emploi fera  perdre des droits que ne pourra compenser l’allongement de l’activité, lequel est illusoire quand on sait que l’offre de travail pour les seniors ne cesse de se réduire. Reporter d’un an les décisions sur les retraites va allonger encore la période d’incertitude et l’inévitable inquiétude qu’elle suscite.

Comment s’étonner alors que dans un contexte international déjà plein de risques, lesquels sont largement surévalués par la représentation qu’en donnent les médias, les agents économiques soient inquiets, consomment et investissent moins et gardent des réserves financières anormalement abondantes pour se protéger contre le pire à venir, qu’il vienne de l’extérieur ou des conséquences pour chacun de l’action publique ?             

On a beaucoup dit, à Jackson Hole et ailleurs que la politique monétaire devait faire l’objet d’un réexamen car elle avait atteint ses limites. L’autre outil de la politique économique, le budget, par le biais de dépenses accrues ou de réductions impôts, serait bridé par le niveau élevé des déficits et de l’endettement. Mais il reste un moyen à l’Etat et à ses dirigeants d’inverser cette tendance dépressive : rompre avec le discours systématiquement négatif et anxiogène adressé à la population. Le patronat a aussi un rôle à jouer. Plutôt que de dénoncer en permanence le système de protection sociale et le coût du travail, ce qui est une véritable insulte à l’égard des salariés et demander toujours plus à l’Etat sans aucune contrepartie, il vaudrait mieux rechercher un meilleur partage de la richesse créée. Par la confiance qui serait ainsi restaurée, toute une série de blocages disparaitraient. Les entreprises amélioreraient leurs performances de façon beaucoup plus saine et durable que sous la forme de subventions déguisées et sans provoquer par leur attitude des mouvements sociaux comme ceux dont que la France vient de faire la douloureuse expérience.     

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