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Le blog d'Alain Boublil

 

Le message de Jackson Hole à Biarritz

Deux réunions internationales majeures se tiennent à la fin de la semaine. Les dirigeants des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de l’Allemagne, de l’Italie et de la France, pays hôte se retrouveront à Biarritz. La création de tels « sommets » remonte au milieu des années 70. Leur objet était principalement économique. A l’époque, on sort à peine du système de changes fixes instauré au lendemain de la guerre et les crises se succèdent. Les chefs d’Etat et de gouvernement considèrent donc qu’il est utile de se parler, de s’informer sur les intentions de chacun. Le premier choc pétrolier a eu de lourdes conséquences sur les balances commerciales des Etats et généré des déficits. Une bonne coordination entre les principaux responsables est donc jugée nécessaire. Les réunions annuelles du G7, qui seront élargies un moment à la Russie, deviennent ainsi une institution et le champ des discussions s’étend au point de devenir largement politique.

La réunion de Jackson Hole, le Chamonix américain situé dans le Wyoming, rassemble les gouverneurs ou les présidents des principales banques centrales et des économistes spécialistes de la politique monétaire. Au départ, c’était une idée du président de la Federal Reserve américaine, Paul Volcker et les réunions étaient informelles, mêlant des présentations faites par des professeurs d’université avec les discours des banquiers centraux. L’essor de la mondialisation avec l’ouvertures des marchés financiers dans un nombre croissant de pays a rendu ces rencontres essentielles. Elles permettent aux responsables de la politique monétaire de chaque grande zone économique de mieux comprendre les intentions de ses homologues et elles donnent l’occasion à ceux-ci d’exposer leur analyse sur l’économie mondiale et de fournir des indications sur leurs actions futures. Mais jusqu’à une période récente, aussi importantes soient-elles, ces discussions sur la situation financière du monde passaient au second plan face aux rencontres entre chefs d’Etat et de gouvernement. Cela ne devrait plus être le cas cette année et ce qui va être dit dans la belle station hivernale située à l’entrée des Montages Rocheuses devrait retenir davantage l’attention que le résultat des débats dans la capitale estivale du Pays basque

A Biarritz, c’est l’utilité sinon la survie même du G7 qui est en cause. La Chine et l’Inde seront formellement absents et la Russie attend sa réadmission. Le président américain monopolisera sans doute l’attention avec ses « tweets » ravageurs mais toute sa politique étrangère repose sur des négociations bilatérales et il critique systématiquement les discussions multilatérales quand il ne se retire pas des organisations qui sont supposées préparer des accords. Le Premier ministre italien est démissionnaire. Son homologue anglais est en pleine confrontation avec les dirigeants européens sur les modalités de sortie de son pays de l’Union. Enfin la Chancelière allemande est affaiblie sur le plan intérieur et les élections qui sont prévues au mois de septembre dans plusieurs länder de l’ancienne Allemagne de l’Est pourraient l’affaiblir davantage. Les désaccords entre les participants sont tellement profonds qu’on imagine difficilement qu’une réconciliation générale soit possible. Il est même hautement probable qu’aucune déclaration commune finale soit adoptée, comme l’a laissé entendre le président Macron ce qui serait sans précédent et témoignerait du piètre état dans lequel sont les relations internationales.

Ces profonds désaccords ne traduisent pas seulement une détérioration des relations politiques. Ils sont le résultat de l’aggravation de la situation économique et sociale des pays concernés. Quand la croissance reste positive, la répartition de la richesse créée engendre de telles inégalités que le mécontentement s’aggrave. Et quand la croissance stagne, la montée du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la précarisation accrue produisent le même effet. Les électeurs se tournent alors vers des partis ou des leaders extrémistes pour qui la recherche d’accords internationaux n’est pas une priorité. Le sommet du G7 à Biarritz en apportera la démonstration.

L’enjeu des discussions de Jackson Hole est très différent. A côté de la recherche constante d’une meilleure coordination des politiques monétaires dans le monde, nécessaire pour éviter le retour de graves crises financières, la question qui sera au cœur des débats portera sur la portée réelle, dans l’avenir, de la politique monétaire et sur les limites de l’action des banques centrales. Jusqu’à présent, en offrant des taux d’intérêt plus faibles et en facilitant ainsi le financement des Etats et l’investissement, celles-ci tenaient leur rôle dans la mise en œuvre de la politique économique. Cette action a aujourd’hui atteint ses limites avec dans de nombreux pays des taux d’intérêt négatifs et aux Etats-Unis, une inversion de sa courbe, les taux à court terme étant devenus plus élevés que les taux à long terme. A cela s’ajoute une dimension politique : soucieux de préserver son indépendance, la banque centrale américaine résiste aux injonctions de Donald Trump alors que les conditions d’une action plus volontariste sont réunies pour éviter au pays la récession que prédisent les économistes du fait précisément de cette inversion de la courbe des taux.

En même temps, c’est la portée de la politique monétaire qui sera débattue à Jackson Hole. Son objet initial était d’influer sur l’activité économique, la production et les échanges de biens et de services. Force est de constater que les conséquences de l’action des banques centrales sont aujourd’hui bien plus importantes sur les marchés financiers que sur l’économie réelle. Il convient donc de tenir compte des limites de ces politiques tout en continuant à avoir la meilleure coordination possible entre les différentes actions menées par les banques centrales et les annonces faites par leurs responsables. Une mauvaise interprétation ou des choix contradictoires et mal expliqués pourraient engendrer des crises financières majeures. Le rôle essentiel de réunions comme celle qui se tient à Jackson Hole est donc bien d’améliorer la coordination de l’action de ces institutions.

Le message délivré à l’issue de ces réunions comportera la confirmation des méthodes de travail et de coopération des institutions présentes mais il indiquera aus que leur action a des limites. La politique monétaire ne peut pas tout. Ce principe étant posé, il reviendra aux Etats de prendre leurs responsabilités dans le soutien de l’activité économique ou dans la prévention des risques de récession. On dit souvent que le cycle de croissance actuel est anormalement long. C’est aussi parce que le rythme de la croissance durant ce cycle a été anormalement bas. Les pays qui ont aujourd’hui une situation budgétaire équilibrée voire excédentaire ou une balance des paiements courants avec un large excédent ne doivent donc plus hésiter à soutenir leur économie en accroissant leurs dépenses ou en réduisant leurs impôts. On aboutit ainsi à cet étonnant renversement de situation. Pendant des décennies, les banques centrales ont prêché la rigueur et demandé aux Etats de modérer leur recours à l’endettement. Cette année, à Jackson Hole, on pourrait bien voir émerger un consensus pour faire des recommandations visant certain pays allant en sens inverse.

La mondialisation est un phénomène irréversible tant sur le plan économique que financier. La dénoncer peut conduire à des succès électoraux passagers mais la mise en œuvre de politiques visant à s’y opposer pénalisera d’abord ceux qui croyaient en bénéficier. C’est donc aux Etats d’adapter leurs politiques économiques pour rendre le fonctionnement de l’économie mondiale moins inégalitaire. La mondialisation rend aussi nécessaire une adaptation des politiques monétaires à ce nouveau contexte. Si on peut être certain qu’à Jackson Hole des progrès seront faits dans la prise de conscience de cette double nécessité, beaucoup restera à faire pour que ceux qui se seront réunis à Biarritz comprennent qu’il faut procéder à ce tournant et rendre la mondialisation plus juste.  

          

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