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Le blog d'Alain Boublil

 

La Chine va-t-elle si mal ?

La publication de la croissance de l’économie chinoise au deuxième trimestre (6,2%) a été accueillie en Occident avec sévérité. Au premier trimestre, elle avait été de 6,4%, soit pour le premier semestre dans la fourchette de 6 à 6,5% fixée comme objectif par le gouvernement pour 2019. On a alors dénoncé ce « grand ralentissement », parce que ce chiffre est le plus faible depuis que des statistiques trimestrielles sont publiées, à savoir 1992. En réalité, le fait majeur, pour ne pas dire historique, c’est que la Chine, pendant plus de 25 ans, n’a jamais connu une croissance inférieure à 6%, ce qui est sans équivalent dans le monde. En valeur absolue, l’augmentation de la production et des échanges avec l’extérieur reste considérable puisque elle s’applique à un PIB de plus en plus important.  

Alors pourquoi autant d’inquiétudes ? Si on met de côté le « fétichisme statistique » qui consiste à donner beaucoup d’importance aux décimales et l’hostilité idéologique envers un pays qui n’a pas les mêmes valeurs politiques que les pays occidentaux, plusieurs signaux négatifs retiennent l’attention. L’endettement total de l’économie chinoise a atteint 250% du PIB comme aux Etats-Unis. Au Japon, il est de 350%, en France de 300% et en Allemagne de 175%. Mais la structure de cette dette est très différente de celle des autres pays puisqu’elle repose pour plus de la moitié sur les entreprises, ce qui inquiète l’OCDE. A l’inverse les ménages et l’Etat sont peu endettés. Cette distinction est pourtant en partie artificielle puisqu’une grande partie de la dette des entreprises est logée dans les entreprises publiques et devrait donc être attribuée à l’Etat. Pour le reste et afin de sanctionner les abus, Pékin a commencé à laisser fonctionner les mécanismes de l’économie de marché et on a assisté à l’apparition des premiers défauts de paiements ce qui a inquiété les marchés financiers. Mais cet endettement  ne dépend pas de créanciers extérieurs, à la différence des Etats-Unis par exemple. La Chine a un excédent structurel de ses paiements courants, bien qu’en réduction sensible ces dernières années et la Banque centrale chinoise dispose de 3200 milliards de dollars de réserves. La dette des entreprises et de l’Etat chinois ne comporte donc aucun risque systémique.

La seconde source d’inquiétude concerne l’évolution de la consommation des ménages : elle  « ralentirait »,à l’instar des immatriculations de véhicules qui sont en repli depuis un an après être  passées entre 2010 et 2017 de17 millions à 28 millions. Cette consolidation du marché résulte de l’environnement réglementaire qui est en train de changer face à la pollution et aux embouteillages croissants dans de nombreuses villes où il est devenu difficile d’obtenir une carte grise. Mais ce phénomène n’est pas représentatif de la consommation totale qui continuera à croître fortement pour des raisons structurelles. La jeune génération aligne son mode de vie sur celui des autres pays développés et a rompu avec l’attachement culturel de ses parents et grands parents à une certaine austérité. Ainsi le trafic aérien et le secteur du tourisme connaissent une envolée.

L’effet des tensions commerciales avec les Etats-Unis ne doit pas non plus être surestimé. L’excédent commercial total de la Chine avait culminé en 2015 avec 500 milliards de dollars pour retomber en 2018 à 350 milliards. Mais le solde entre les deux pays a connu une évolution inverse. Le déficit américain est passé sur cette période de 260 à 325 milliards de dollars car les entreprises américaines ont accru la place de la Chine dans leurs chaînes d’approvisionnement. L’instauration de droits de douane ne sera pas suffisante pour qu’elles réorganisent leur production et leurs approvisionnements. Ce seront donc les consommateurs qui en subiraient les conséquences si ceux-ci sont maintenus ou alourdis.  C’est ce que les grands patrons américains sont allés dire à la Maison Blanche ce qui a contribué à infléchir l’action de Donald Trump et à la reprise des discussions après le Sommet d’Osaka.

Le facteur majeur en Chine aujourd’hui, c’est la transformation de son modèle de croissance et de son insertion dans l’économie mondiale. La Chine « usine du monde » et sous-traitant de la planète a permis son formidable développement mais ce n’est plus compatible avec l’élévation du niveau de vie, de la qualification et des aspirations de sa population. C’est ce qui inquiète les autres pays. Habitués à voir dans l’Empire du Milieu un fournisseur, ils se retrouvent face à un concurrent. Celui-ci a en plus pour ambition avec les nouvelles Routes de la Soie de créer un réseau de pays partenaires facilitant son développement international, en y construisant des infrastructures. Tout le monde y gagne à commencer par la Chine bien sûr puisque ce sont ses entreprises qui font les travaux. Mais les pays concernés bénéficieront de ces équipements utiles pour leur propre développement. Les critiques formulées par ce qu’il faut bien appeler les anciennes puissances coloniales sont peu justifiées, surtout à propos de l’Afrique. Si elles avaient suffisamment contribué depuis un demi-siècle au développement de ces pays, ils n’auraient pas besoin des capitaux chinois.

La critique systématique de la Chine n’aurait pas beaucoup de conséquences si elle se cantonnait dans un débat entre économistes. Mais elle dissuade les entreprises françaises de s’intéresser à ce marché. La comparaison avec l’Allemagne est accablante : nous y avons exporté en 2018 pour 20,7 milliards d’euros de biens quand notre voisin en vendait pour 93 milliards. Nous avons une position forte dans  l’aéronautique, les produits de luxe et le nucléaire mais nous devrions faire beaucoup mieux. Deux cas d’entreprises, l’un ayant connu une succession d’échecs, l’autre un succès spectaculaire montrent que c’est possible à condition de comprendre les aspirations du pays et de sa population.  

Peugeot fut l’un des premiers constructeurs étrangers présent dans le pays avec Volkswagen mais il ne sut pas s’y imposer à la différence de son concurrent qui vend aujourd’hui des millions de véhicules. Il y eut un sursaut en 2014 avec l’accord avec Dongfeng.  PSA réussit à vendre plus de 700 000 véhicules cette année-là. Depuis, c’est la chute avec moins de 100 000 immatriculations au premier semestre. L’offre n’a pas correspondu aux attentes des Chinois. La possession d’une voiture est un élément de leur statut social. Les « petites voitures à la française » les intéressent bien moins que les SUV. PSA est en train de corriger cette erreur.

En sens inverse, L’Oréal connait un succès exceptionnel. La Chine est devenue son deuxième marché après les Etats-Unis. Il y a vingt ans, malgré la crise asiatique, les dirigeants du groupe ont compris l’extraordinaire potentiel du pays et créé leur première filiale. Puis ils ont établi à Shanghai un centre de recherches pour adapter leurs produits aux caractéristiques locales des peaux et des cheveux et aux goûts de la population. Ils bénéficient des innovations qui permettent de vendre sur Internet dans tout le pays et de la mutation de la société chinoise avec une jeunesse qui a adopté de façon irréversible le modèle de consommation occidental. Les ventes en 2018 ont progressé de 33%.  

Au lieu de dénigrer en permanence ses performances et de mettre en avant les risques ou les difficultés auxquelles comme les autres pays la Chine est confrontée, il vaudrait mieux regarder la réalité ce qui inciterait nos entreprises à se renforcer sur ce marché et à satisfaire ses consommateurs qui ont un goût insatiable pour tout ce qui vient de la France pour peu que cela corresponde à leurs attentes.                    

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