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Le blog d'Alain Boublil

 

Le pire est-il sûr ?

Depuis quelques semaines, on ne compte plus le nombre de prévisions pessimistes voire catastrophiques faites par les économistes. Cela avait commencé, à la fin de l’année dernière avec Alain Minc qui jugeait que « la dégringolade des marchés financiers était inévitable ». On a assisté au premier semestre 2019 à leur plus forte hausse depuis dix ans. La source de ce pessimisme réside autant dans la situation des grands pays telle qu’elle est décrite que par le regain observé des tensions internationales qui affectent la confiance dans l’avenir. C’est aussi la conséquence, comme le rappela un jour la reine d’Angleterre, de ce que « personne n’avait rien vu venir » en 2008. Au moins cette fois chacun pourra prétendre : « je vous l’avais bien dit ». Mais ce n’est pas pour autant que l’on aura évité une nouvelle crise.

Il y a d’abord l’économie américaine dont la durée du cycle de croissance a dépassé dix ans, ce qui ne s’était jamais vu depuis un siècle et demi. La crise des subprimes, déclenchée durant l’été 2007 provoquait la faillite de la banque Lehmann Brothers au mois de septembre 2008 et la plus profonde récession connue par les Etats-Unis depuis la crise de 1929. Le pays a retrouvé un rythme de croissance élevé et supérieur à celui des pays européens. Cette durée est anormalement longue  pensent les économistes, le cycle va donc  s’interrompre et une récession intervenir. Mais le pays est fragile financièrement. Les foyers américains sont lourdement endettés et épargnent peu. Le déficit des comptes publics s’accroit chaque année. Comme la balance des comptes courants est elle aussi fortement déficitaires, l’équilibre financier des Etats-Unis repose sur l’étranger. La fin du cycle de croissance pourrait alors affecter la confiance de ces investisseurs et ajouter à la récession une crise financière qui aurait des conséquences sur l’économie mondiale.   

Il y a ensuite la Chine dont on répète à longueur de journée qu’elle « ralentit ». Sur le plan statistique, c’est un fait. La croissance évoluait en moyenne depuis dix ans autour de 8% mais l’objectif des autorités pour 2019 se situe dans une fourchette de 6 à 6,5%. Mais en valeur absolue, la réalité de ce ralentissement reste à démontrer. Une augmentation de 6% du volume de la production chinoise en 2019 est supérieure aux augmentations de ces dernières années car elle s’applique à un PIB qui est beaucoup plus important. Les tensions commerciales observées avec les Etats-Unis n’ont eu pour l’instant que peu d’effets. Le facteur dominant de l’économie chinoise est la transformation de son modèle de croissance. Basé dans le passé sur l’industrialisation et les exportations, il évolue en faveur de la consommation des ménages et du développement des investissements à l’étranger, principalement chez ses voisins, c’est le fameux projet des Routes de la Soie. Les  risques de crise financière intérieure sont limités, même si l’endettement dans certains secteurs a atteint des niveaux critiques. L’excédent structurel de la balance des paiements chinoise alimente des réserves en or et en devises qui dépassent 3000 milliards de dollars, ce qui confère à l’Empire du Milieu sa souveraineté monétaire et financière.

Il y a enfin l’Europe et dans une moindre mesure le Japon dont on craint que le Vieux Continent ne suive la voie, celle de la « stagnation séculaire » et de l’endettement public massif. On met en avant les risques que fait courir son niveau excessif. Mais c’est ignorer que dans  ces pays, l’épargne financière des ménages est élevée et que la zone euro, comme le Japon, connait un excédent de ses paiements extérieurs. Ces pays n’ont donc pas besoin de recourir, à la différence de l’Etat américain, à des capitaux étrangers. On invoque aussi en France la menace d’une hausse des taux d’intérêt, comme vient de l’agiter la Cour des Comptes dans son dernier rapport. Mais ce n’est pas davantage crédible. La dette française est à taux fixe et sa maturité moyenne est supérieure à huit ans. La hausse n’interviendrait que sur les nouveaux prêts qui n’en représentent chaque année que 10%. Encore faudrait-il que cette hausse porte les taux à un niveau supérieur à ceux pratiqués sur les emprunts passés et qui sont amortis chaque année. C’est encore moins probable. On rappelle que le niveau des taux à dix ans observé en France depuis le début du mois de juin est voisin de zéro et qu’il est devenu négatif  aujourd’hui pour la première fois de son histoire : -0,1%, tout en permettant à l'Etat d'encaisser lors des adjudication  plus d'un milliard d'euros de primes d'émission. L’inquiétude, face au risque de  « stagnation séculaire » qui saperait les fondements de nos sociétés est réelle et justifiée mais elle résulte des limites des politiques économiques traditionnelles qui ne sont plus adaptées au monde d’aujourd’hui et que les économistes n’ont pas su réinventer.     

Les déficits budgétaires et les endettements publics étant élevés, il ne saurait être question de les accroître pour relancer l’économie. Les politiques monétaires sont déjà ultra-accommodantes, il n’est pas possible d’aller plus loin. Les Etats seraient donc dépourvus de moyens d’action ce qui constitue un risque supplémentaire. L’erreur de ces raisonnements économiques réside dans ce qu’ils ne prennent pas suffisamment en compte le changement profond intervenu dans le monde depuis vingt ans avec une accumulation de richesse sans précédent. Ils ne concernent que la production et les échanges de biens et de services, mesurés par le PIB et ses composantes. Le fait nouveau, c’est qu’il existe à côté de « l’économie réelle » la sphère financière dont la taille est le résultat de cette accumulation de richesse, même si elle a été mal répartie et a profité, comme l’ont montré de nombreuses études à une très faible partie de la population. Les instruments économiques traditionnels ont maintenant bien plus d’impact sur la valeur des actifs financiers ou immobiliers que sur la production et les échanges de biens et de services.

Aux Etats-Unis, les avantages fiscaux accordés aux entreprises lors du rapatriement de leurs actifs financiers à l’étranger a davantage servi à procéder à des rachats d’actions qu’à financer des investissements productifs, ce qui a généré une très forte hausse de Wall Street, laquelle a principalement bénéficié aux actionnaires et non à l’activité économique. Il a fallu alors soutenir celle-ci par d’autres mesures coûteuses pour les finances publiques. Les mouvements sur les taux d’intérêt agissent principalement sur le cours des devises ou sur les prix de l’immobilier au lieu de susciter, là encore, un supplément d’activité. A l’inverse, quand les efforts de réduction des dépenses publiques portent sur les transferts sociaux et pèsent sur le pouvoir d’achat, un climat de défiance s’instaure, l’épargne de précaution augmente au détriment de la consommation et de la croissance, comme en France depuis six ans.         

Aujourd’hui, ce n’est pas le risque qui est certain, c’est l’absence de réponse économique appropriée aux déséquilibres qui sont observés dans chaque pays. Les tensions internationales contribuent à les aggraver. On ne sortira de cette impasse que si l’on adapte les raisonnements économiques au « nouveau monde » bien plus riche et plus ouvert qu’au temps d’Adam Smith, de John Maynard Keynes et de Milton Friedmann. Les règles de bonne conduite qui avaient été adoptées dans le passé, relatives aux finances publiques en Europe ou à la politique monétaire aux Etats-Unis devront alors être modernisées et adaptées à ce nouveau contexte. Ainsi le pire pourra être évité.  

 

  

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