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Le blog d'Alain Boublil

 

Le procès du carbone

La peur est presque toujours mauvaise conseillère. Le rapprochement artificiel fait entre la vague caniculaire qui frappe la France et le réchauffement climatique est exploitée par des groupes d’influence pour promouvoir des solutions vertes radicales comme la « neutralité carbone », concept à la définition floue qui dépend de celui qui l’invoque, ou même la dé-carbonisation de la société. Le culte de l’innovation est appelé au secours de la planète et la voiture électrique autonome et connectée présentée comme une solution crédible. Ces débats ne sont pas nouveaux et il suffit de relire Jules Verne, le père de la science-fiction pour se rendre compte que l’inquiétude sur l’avenir du monde a toujours été présente. A la fin du XIXème siècle, c’est le refroidissement de la planète qui est au cœur des préoccupations et le risque pour la terre de devenir un astre mort comme la lune.

Il n’existe plus aujourd’hui de doutes sérieux sur les conséquences des émissions des gaz à effet de serre au premier rang desquels figure le CO2. Le réchauffement climatique est une réalité. Il faut donc identifier les sources de ces émissions, comprendre comment elles agissent et adopter les solutions appropriées. Si l’on se trompe sur les causes et sur la nature d’un phénomène, on a toute chance de prendre de mauvaises décisions qui aboutiront à aggraver les situations auxquelles on cherche à remédier. Un bon exemple est fourni par la principale décision du Grenelle de l’Environnement qui recommanda d’encourager par des avantages fiscaux, l’utilisation de véhicules roulant au diesel. L’Etat a dû faire brutalement marche arrière après un mouvement social d’une ampleur et d’une durée sans précédent. Une confusion s’était instaurée entre le phénomène global des émissions et les effets locaux sur la qualité de l’air de l’utilisation de moteurs diesel. Ces derniers rejetaient moins de gaz à effet de serre mais beaucoup de particules fines qui présentaient un danger manifeste pour la santé.

Le procès sans discernement instruit contre les énergies fossiles peut conduire aux mêmes erreurs et aggraver une situation déjà inquiétante. La dénonciation de l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste en fait partie. Elle méconnait les avantages économiques de cette innovation spectaculaire et elle est dans le déni quand il s’agit dans évaluer les conséquences sur les émissions de CO2. La découverte et la mise en exploitation des nouveaux gisements américains a d’abord permis d’enrayer la hausse des cours et contribué dans tous les pays à la stabilisation de l’inflation et au pouvoir d’achat. Le terme à la mode ces dernières années était l’alignement des planètes. Le pétrole de schiste en a été un facteur déterminant. La production américaine a doublé entre 2010 et 2018, passant de moins de 6 millions de barils par jour à près de 12 millions. Ainsi a été invalidée une autre grande peur, celle exposée par le club de Rome sur l’épuisement des ressources naturelles. On prévoyait alors que la production mondiale ne dépasserait jamais 83 millions de barils par jour. On en est aujourd’hui à près de 95 millions. L’essor de la production américaine a eu deux conséquences bénéfiques. Elle a contribué à stabiliser le déficit extérieur et donc l’endettement du pays qui constituait une menace pour la stabilité financière internationale. Elle a permis aussi de compenser les fluctuations brutales de production provoquées par l’instabilité politique des pays producteurs, l’Irak et la Lybie hier, le Venezuela et l’Iran aujourd’hui. Cette abondance de l’offre n’empêche d’ailleurs pas les pays de faire des efforts pour stabiliser voire réduire leur consommation. Mais on ne peut pas demander les mêmes efforts aux pays émergents qui cherchent à rejoindre le niveau de vie des pays développés, l’Inde en particulier, et ceux-ci vont forcément accroître leurs émissions. Le réchauffement résulte de leur accumulation depuis un siècle. C’est aux pays à l’origine de cette accumulation de faire le plus d’efforts et le plus rapidement possible, d’autant que leur niveau d’émission par habitant est encore très supérieur à celui des pays émergents. En 2018, les Etats-Unis ont un taux de 15,3 Tonnes par habitant, l’Allemagne de 8,6 T/h, la Chine de 6,7 T/h, la France de 4,5 T/h et l’Inde de 1,8 T/h. Les chiffres cités sont ceux des statistiques annuelles publiées par BP. Elles ne concernent que le CO2 mais ce sont les seules permettant de faire des comparaisons internationales sur les dernières années.

La révolution du gaz de schiste et les progrès dans la liquéfaction du gaz naturel qui a rendu son transport plus facile ont contribué de la façon efficace à l’infléchissement des rejets dans l’atmosphère des gaz à effet de serre. L’utilisation de cette énergie fossile au détriment du charbon a permis aux Etats-Unis de réduire de 10% en cinq ans ses émissions et les tentatives récentes du président américain n’y changeront rien. Dans ce pays, entre 2010 et 2018, la consommation de charbon est passée de 500 millions de tonnes d’équivalent pétrole à 317 millions. En Chine, elle commence à se stabiliser. Après avoir atteint un pic de 1950 millions de Tep en 2014, elle retombait à 1906 millions en 2018 contre 1750 en 2010. Ces résultats montrent que le procès des énergies fossiles est mal instruit. L’essentiel n’est pas de bannir leur utilisation mais de remplacer le plus vite possible le charbon dans la production d’électricité. Les énergies renouvelables y contribuent mais elles sont intermittentes et ne peuvent répondre à elles seules à l’exigence de sécurité de l’approvisionnement électrique. L’incitation à utiliser des véhicules électriques n’a de cohérence avec les objectifs de réduction des émissions que si l’électricité produite n’est pas elle-même source d’émissions.   

En France ce serait le cas, sauf si on réduit significativement la production nucléaire comme cela est envisagé à l’horizon 2035. De l’autre côté du Rhin, la situation serait bien pire puisque la part de la production à partir du charbon est très élevée. Le pays a déjà un niveau d’émissions deux fois supérieur à celui de la France. L’Europe dispose d’un moyen efficace pour accélérer la transition énergétique, les quotas d’émission de CO2. Le niveau de leurs allocations est encore bien trop élevé pour avoir un impact significatif. La nouvelle Commission ne pourra rester indifférente aux progrès des partis écologistes et devra passer outre l’opposition de l’Allemagne et de la Pologne et durcir les moyens d’incitation pour bannir le charbon.

Grâce au nucléaire, le niveau d’émission de la France est très faible. De nouvelles réductions ne pourraient avoir qu’un effet marginal sur le réchauffement climatique. Ils sont nécessaires, non pour donner l’exemple mais pour que notre message soit crédible, donc utile sur la scène internationale. Mais les mesures adoptées ne doivent pas avoir, sur l’activité économique ou sur nos outils industriels des conséquences négatives sans rapport avec les avantages politiques attendus. La France est un leader mondial dans le nucléaire. Le dénigrement permanent dont ce secteur est l’objet doit cesser. Le pays maîtrise parfaitement toutes les technologies d’exploration, de liquéfaction, de transport et de distribution du gaz naturel. Là aussi imaginer une société sans carbone est non seulement irréaliste mais, comme dans le cas du nucléaire, pénalisant pour la croissance et l’emploi.

Les idées fausses ont souvent la vie dure. C’est le cas des remèdes destinés à lutter contre le réchauffement climatique. Les éoliennes et les panneaux solaires ne peuvent pas à eux seuls obtenir les résultats escomptés. Il est temps de revenir sur terre si on veut la sauver.                  

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