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Le blog d'Alain Boublil

 

0,14% : le taux d'intérêt à 10 ans de l'Etat

L’Agence France Trésor a émis jeudi 6 juin des obligations à dix ans pour un montant de 4 milliards d’euros, porté à 5 milliards après les adjudications complémentaires. Le taux d’intérêt, compte tenu de la légère prime d'émission encaissée, sera de 0,14% pendant toute la durée de vie de cet emprunt. Si l’on excepte une très brève période au milieu de l’année 2016, mais alors que l’inflation était nulle, jamais la France ne s’est financée dans d’aussi bonnes conditions. Le taux du marché, le lendemain, est même tombé à 0,11%. Durant tout le mois de mai, il n’avait pas dépassé 0.35%. depuis le début de l'année, le taux moyen pondéré des émissions à moyen et long terme est de 0.20%. En termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, la France emprunte donc sur des périodes de dix ans à des taux négatifs, ce qui ne s’était pas produit depuis la grande crise inflationniste du début des années 70. Cette situation contredit les prévisions de l’immense majorité des économistes qui, à la fin de l’an dernier, prévoyaient une remontée des taux et surtout les hypothèses, critiquées ici lors de leur publication il y a quelques mois, retenues pour la programmation des finances publiques. On pouvait y lire que le taux à dix ans atteindrait 2,35% à la fin de cette année et 3,60% en 2022.

Trois facteurs expliquent cette évolution. Il y a d’abord la confiance des investisseurs, parmi lesquels les banques et les fonds d’épargne français et étrangers. Si l’on avait des doutes sur la solvabilité et sur les équilibres financiers de la France comme c’est le cas pour d’autres pays européens et la quasi-totalité des pays émergents, il n’y aurait pas de souscripteurs à ce prix-là. Le niveau très élevé de l’épargne financière des ménages français à la différence de leurs homologues américains ou anglais contribue aussi à renforcer ce sentiment. Le seul montant des fonds accumulés dans l’assurance-vie est supérieur à la dette nette de l’Etat. Le second facteur, c’est la persistance d’une très faible inflation. On critique en permanence la mondialisation et ceux qui en seraient les bénéficiaires au détriment des « oubliés », mais on oublie que c’est la concurrence internationale, avec l’innovation, qui a été à l’origine de cette quasi-disparition de l’inflation dans les pays développés. Les consommateurs en ont profité, au moins en ce qui concerne les produits manufacturés, ce qui a accru leur pouvoir d’achat. Malgré les incertitudes qui pèsent sur les règles du commerce mondial, il est fort peu probable que cette tendance s’inverse à court terme et que l’on assiste à un retour de l’inflation. Enfin, la Banque Centrale Européenne a clairement indiqué qu’aucune remise en cause de sa politique accommodante n’était envisageable avant au moins un an. La Réserve Fédérale, à Washington, moins sourcilleuse sur son indépendance, ne prendra pas le risque de perturber la prochaine élection présidentielle. La confiance dont bénéficie la France, la concurrence qui freine l’inflation et les mandats des différentes banques centrales concourent donc au maintien de taux d’intérêt très faibles dans les mois sinon dans les années à venir. La politique économique doit en tenir compte et éviter les discours alarmistes et les mesures qui vont à l’encontre des objectifs recherchés dans ce nouveau contexte. Quand on fonde une action sur des hypothèses fausses, il est rare qu’elle donne les résultats escomptés.

L’Etat doit donc chercher à profiter au mieux de ces circonstances et non chercher à se désendetter à tout prix. En devenant un Etat-stratège sans complexe, tant sur le plan financier qu’économique, Il peut employer les économies faites sur la charge de la dette pour engager ou soutenir des investissements. Les besoins ne manquent pas avec la transition énergétique, la modernisation des infrastructures et de l'appareil de production industrielle. La gestion de la dette publique doit être centrée sur la réduction de sa charge. Les deux tiers des émissions servent à rembourser des emprunts passés portant des taux parfois dix fois plus élevés. Il en va de même pour les participations publiques. Il est inutile de s’en séparer quand elles rapportent des dividendes bien plus élevés que les économies que produiraient un endettement légèrement réduit. L’Etat pourrait enfin se doter d’un fonds stratégique fonctionnant sur le modèle du « private equity ». Quand des entreprises se retrouvent en difficulté du fait des défaillances de leur actionnaire ou lorsqu’elles n’en retrouvent pas suffisamment vite, comme dans le cas emblématique d’Ascoval, il ne faut plus avoir de complexe et intervenir avec l’aide d’un outil adapté, un « public equity ».

Les taux très bas ne constituent pas une parenthèse. Il existe une probabilité très forte pour que cette situation soit durable. C’est bien pourquoi il est urgent que l’Etat intègre cette réalité nouvelle dans sa réflexion et dans ses actions.

 

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