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Le blog d'Alain Boublil

 

La Chine et le climat

La prochaine réunion internationale consacrée au climat, la COP 24, se tiendra à Katowice, en Pologne, au début du mois de décembre. Le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris va donner à la Chine une place prépondérante et permettre à la voix des pays émergents de se faire entendre. La menace pour le climat qu’il devient de plus en plus difficile de contester, c’est le stock de CO2 et de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. C’est sur ce point que se concentrent les divergences entre pays développés et les autres participants aux discussions. Les responsabilités de chacun ne sont pas les mêmes dans la situation actuelle. Le stock d’émissions est bien le résultat de l’activité industrielle et des habitudes de consommation depuis un siècle et demi des premiers. C’est sur eux, disent les seconds que doit porter l’effort le plus important même si la croissance des pays émergents contribue davantage aux émissions années après années. Mais leur imposer le même effort qu’à ceux qui sont responsables du stock passé n’est pas légitime. Ils ne pourront accepter qu’on fasse peser sur eux des contraintes incompatibles avec la poursuite de leur développement.

L’Accord de Paris ne comportait pas de dispositions véritablement contraignantes et on s’était bien gardé de trancher de façon définitive ce débat mais il pourrait être au cœur des discussions qui interviendront en Pologne. Le choix de ce pays est d’ailleurs assez surprenant car personne, et certainement pas l’Union Européenne n’a réussi à lui imposer qu’il réduise ses propres émissions générées par ses centrales à charbon qui constituent, comme en Allemagne, la part prédominante dans la production d’électricité. L’Accord de Paris avait aussi laissé à chacun la possibilité de choisir ses méthodes de mesure et de fixer ses propres objectifs. A Katowice, on devrait d’abord débattre et se prononcer sur l’adoption d’un mode de calcul unique des émissions. Il faudra aussi décider s’il est demandé à chaque pays de faire le même effort ou s’il est admis que ces efforts devront tenir compte du niveau de développement de chacun et donc de ses émissions passées. C’est sur ces points de la discussion que l’intervention de la Chine pourrait être importante sinon déterminante.

Jusqu’à présent, le pays avait toujours plaidé pour une approche différenciée mais en adoptant chez lui des mesures très ambitieuses. Depuis 2014, Pékin a réussi à dissocier sa croissance économique et ses émissions de CO2. Celles-ci sont restées presque stable durant trois ans mais ont repris leur croissance en 2017 et probablement aussi en 2018 à un rythme de 3% par an. La croissance chinoise sur toute cette période a été en moyenne comprise entre 6 et 7%. Le résultat n’a donc pas été négligeable mais du fait du poids de la Chine dans l’économie mondiale, la reprise des émissions à ce rythme rend presque impossible d’atteindre les objectifs globaux fixés dans l’Accord de Paris. La stratégie de Pékin a jusqu’à présent été concentrée sur son mix électrique et sur la réduction de la part du charbon. Celle-ci est d’autant plus nécessaire qu’outre le CO2, les centrales à charbon rejettent des quantités de particules nocives qui rendent dans certaines villes, comme à Pékin ou à Shanghai l’air irrespirable à certaines époques de l’année.

Au départ, on comptait beaucoup, en Chine, sur les énergies renouvelables et sur le solaire, ce qui a permis de développer une industrie qui est devenue le leader mondial et dont la compétitivité a rendu inutile l’octroi de subventions. Celles-ci ont été supprimées l’été dernier. Mais cet effort a été insuffisant face à une consommation d’électricité qui croit plus vite que le PIB, comme c’est le cas depuis le début de l’année (+8%). La mise en service de barrages géants, comme celui des Trois Georges, dans le passé, n’a pas été davantage suffisante, pas plus que la relance d’un ambitieux programme nucléaire qui avait été freiné après la catastrophe de Fukushima. C’est la très forte croissance du recours au gaz naturel qui a permis, comme aux Etats-Unis de freiner la consommation de charbon et de stabiliser sinon de réduire les émissions. L’urbanisation accélérée a provoqué l’abandon des modes de consommation traditionnels à base de bois ou de charbon. Des réseaux de raccordement au gaz et à l’électricité ont été mis en service. La construction de gazoducs reliant les provinces de l’Ouest et du Nord à l’Asie centrale et à la Sibérie et de terminaux LNG ont assuré l’approvisionnement de la Chine et ce mouvement qui résulte autant de la volonté d’être moins dépendant des formes d’énergies anciennes les plus polluantes que de la transformation de la société chinoise va s’amplifier dans l’avenir.

Cette orientation est d’autant plus importante que d’autres secteurs économiques vont avoir besoin bientôt de davantage d’électricité, au premier rang desquels figurent les moyens de transport. Des investissements considérables ont été entrepris pour doter le pays d’un réseau ferroviaire moderne à grande vitesse qui réduira l’utilisation des énergies fossiles pour les déplacements. Il y aura aussi le recours à la voiture électrique. Son succès est bien plus assuré qu’en Europe et encore plus qu’aux Etats-Unis, n’en déplaise à Elon Musk, où elle restera toujours un moyen de transport marginal. La question des recharges s’y pose moins puisque les Chinois font rarement des déplacements de longue distance. Un nombre considérable de foyers en sont encore à un premier équipement alors que dans les pays développés, le marché des véhicules est essentiellement un marché de renouvellement. Cela modifie le comportement des acquéreurs, toujours sensibles à la valeur de revente de leur voiture qui chute si les progrès techniques interviennent comme prévus.  

Ce choix stratégique est soutenu par les autorités chinoises qui disposent du pouvoir de bloquer, au niveau local, les immatriculations quand le mode de propulsion du véhicule ne leur convient pas. Enfin, les enjeux industriels sont considérables et cela n’a pas échappé au pouvoir politique, qu’il s’agisse de la fabrication des batteries ou de la mise à disposition des métaux rares indispensables. La Chine est le premier marché mondial pour l’automobile. Il reste à ses entreprises à s’imposer en dehors de leur pays. La voiture électrique en est un moyen et il serait surprenant que personne n’y ait pensé à Pékin.

Une électrification moins polluante est aussi une réponse aux besoins de développement des nombreux pays émergents où la Chine investit. Ses entreprises prennent des participations dans des réseaux, en Afrique et même en Amérique du sud ou bien elles alimentent en électricité ses voisins, comme le Pakistan à travers la construction de lignes à très haute tension. Ces investissements sont financés dans le cadre du vaste programme des Nouvelles Routes de la Soie, rebaptisé « Belt &Road Initiative ». C’est dire si l’influence de la Chine dans les prochaines négociations internationales sur le climat, en l’absence des Etats-Unis, va être déterminant. Le pays devrait peser de tout son poids pour que soient adoptés des modes de calcul des émissions qui sont proches des leurs de façon à ce que les progrès accomplis par le pays et mesurés selon ses critères soient mieux reconnus sur le plan international.

Pékin cherchera donc à faire en sorte que les préoccupations climatiques n’entravent pas la croissance des pays émergents dont il se fera l’avocat, accroissant ainsi son influence. Le « soft power » est aussi très important quand il s’agit de sauver la planète.

 

 

   

 

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