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Le blog d'Alain Boublil

 

Energies fossiles : les nouvelles tendances

Chaque année, BP publie des statistiques sur la production et la consommation d’énergie dans chaque pays. Elles font autorité par leur précision et permettent de confronter le discours politique avec la réalité. L’édition 2017 est d’autant plus intéressante qu’elle survient dans un contexte agité avec la dénonciation des Accords de Paris par Donald Trump et juste après le renouvellement de l’Accord de l’OPEP sur la limitation de la production de pétrole des pays membres. Le rapport de BP apporte des éléments de réponse aux nombreuses questions en débat, notamment en France.

La première concerne l’abondance persistante des ressources. La croissance de la production et de la consommation d’énergies fossiles s’est poursuivie en 2016, à l’exception du charbon. En particulier, la chute des cours n’a qu’à peine ralenti l’exploitation des nouveaux gisements de pétrole et de gaz de schiste aux Etats-Unis. Dans ce pays, entre 2007 et 2016, la production pétrolière  est passée de 6,8 à 12,4 millions de barils par jour, en léger retrait en 2016 après le record atteint en 2015 avec 12,8 m.b/j. La chute des cours intervenue à la fin de l’année 2014 a eu peu d’effets sur les nouveaux producteurs américains qui ont su s’adapter en réduisant les coûts d’extraction et en donnant aux puits une plus grande flexibilité. Il est très coûteux de stopper l’exploitation d’une plate-forme pétrolière mais les puits de pétrole de schiste peuvent réagir très vite aux conditions du marché. On note d’ailleurs depuis quelques mois une reprise des forages et la production américaine pourrait en 2017 battre le record de 2015.

L’accord de l’OPEP n’a pas davantage empêché l’accroissement de la production au Moyen-Orient avec l’Irak (+11%) et l’Iran (+18%), mais aussi l’Arabie saoudite et les pays du Golfe qui n’ont pas été en reste. Dans le monde, seuls trois pays importants, le Mexique, la Chine et le Nigeria ont connu une baisse significative de leur production alors que les autres pays d’Afrique, et notamment la Lybie, ne retrouvaient pas les niveaux passés. La consommation mondiale a cru au même rythme, mais avec de fortes disparités suivant les pays en fonction de leur situation économique. Les capacités de production rentables avec un prix du baril oscillant autour de 50$ sont donc très largement suffisantes pour satisfaire la demande à moyen terme et le calcul initial de l’OPEP qui visait une chute de la production de pétrole de schiste pour faire remonter les cours a été invalidé. La croissance de la demande se situera entre 0 et 2%  dans l’avenir, la baisse de la consommation dans les pays développés (Etats-Unis, Europe, Japon) étant compensée par la demande nouvelle adressée par les pays émergents comme la Chine et l’Inde. Il y a donc bien moins d’incertitudes sur l’évolution des marchés pétroliers qu’on ne le croit.

A la différence du pétrole, la production et la consommation de gaz naturel ont augmenté  fortement  sous les effets conjugués de l’abondance de l’offre grâce à l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, à la mise en service des grands gisements off-shore dans la zone Asie-Pacifique et à la construction de gazoducs en Europe et à destination de la Chine. La production américaine a cru de 43% en dix ans, soit presque deux fois plus vite que la production mondiale, grâce au gaz de schiste, même si elle a légèrement reculé en 2016. En Europe, sur la même période, elle est stable, notamment en Russie, la baisse constatée au Royaume Uni et en Hollande étant compensée par une hausse équivalente en Norvège. Au Moyen-Orient comme en Australie, elle progresse fortement.  La consommation s’est accrue nettement aux Etats-Unis et a décollé en Chine où, en dix ans, elle est passée de 60 à 210 bnm3 par an. Elle peine  en Inde car le pays ne dispose pas encore des infrastructures pour s’approvisionner. Enfin, elle est en hausse au Japon, qui doit faire face à l’arrêt de ses centrales nucléaires. C’est la baisse des cours grâce à l’abondance de l’offre qui est à l’origine de ces mouvements très marqués. Les progrès dans les techniques de liquéfaction et de transport ont aussi favorisé l’arrivée du gaz dans les régions qui en étaient dépourvues.

La principale conséquence a été la réduction de la demande de charbon car les électriciens aux Etats-Unis et, de façon moins brutale en Chine, sont passés au gaz pour profiter de l’écart de coût. Entre 2010 et 2016, la consommation a baissé de plus de 30% aux Etats-Unis et elle a cessé d’augmenter en Chine. La production américaine a chuté en cinq ans de près de 40% et en Chine elle est retombée au niveau de 2010, ce qui ne va pas sans poser de problèmes sociaux dans certaines provinces. Dans le reste du monde, le mouvement est moins net. Elle stagne en Europe car la moitié de la consommation est le fait de l’Allemagne et de la Pologne, qui continuent à privilégier cette énergie, et elle continue d’augmenter en Inde et en Asie du Sud-est, notamment en Indonésie.

Ces grandes tendances expliquent mieux que les conférences internationales ou les discours  politiques l’évolution mondiale des émissions de CO2 sur lesquelles le rapport BP donne des indications précieuses. La baisse de la consommation de carburants dans les pays développés a eu un effet positif grâce aux innovations proposées par les constructeurs automobiles. Mais c’est le passage du charbon vers le gaz dans la production d’électricité qui a été  la principale cause de la stabilisation des émissions depuis 2013, avec le développement des énergies renouvelables. Les émissions américaines ont baissé de 16% en dix ans et la Chine, avec 27% des émissions totales, a réussi à stabiliser les siennes depuis trois ans, malgré une croissance qui reste forte. L’Europe est moins vertueuse parce qu’elle recouvre de fortes disparités. La France et le Royaume Uni ont réduit significativement leurs émissions mais l’Allemagne et la Pologne, partant pourtant d’un niveau plus élevé n’ont baissé les leurs que deux fois moins vite que la moyenne européenne du fait du recours persistant au charbon. L’Asie, en dehors de la Chine reste le dernier foyer de croissance des émissions avec des pays émergents comme l’Inde ou l’Indonésie, qui continuent d’accroître les leurs et des pays développés, comme Taiwan et la Corée du sud, qui ne font aucun effort, tant les ressources en énergies fossiles sont abondantes et peu coûteuses dans ces régions.

Le panorama dressé par le rapport de BP comporte deux enseignements. Le premier, c’est que c’est l’innovation qui est à l’origine des principaux changements de tendances. On avait cru que les ressources en énergies fossiles étaient limitées et que la production atteindrait un « pic ».  Les nouvelles techniques d’extraction ont apporté un démenti à ces affirmations. La seconde, c’est que les énergies fossiles dans leur ensemble ne sont pas l’adversaire des politiques de lutte contre le changement climatique et la pollution dans les grandes villes mais un allié précieux, à condition que l’on abandonne l’une d’elles, le charbon, que l’on continue à innover dans le secteur des transports et qu'on réduise le recours au diesel en cessant de lui accorder un régime fiscal privilégié. C’est ce que démontrent les politiques suivies en Chine et aux Etats-Unis. La priorité pour demain, c’est de faire adopter en Europe, avec un relèvement du prix du carbone, et dans les pays émergents, des stratégies cohérentes qui mêlent le recours aux énergies renouvelables, par nature intermittentes, à des centrales fonctionnant au gaz naturel. Pour cela, le développement des infrastructures permettant l’approvisionnement de ces pays devrait être une priorité pour la planète.

  

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