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Le blog d'Alain Boublil

 

Nucléaire : le grand gâchis

La Commission Européenne vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête approfondie sur la restructuration d’Areva. Il ne manquait plus que cela ! S’il est une réalisation dont la France peut à juste titre être fière, à côté de ses trains à grande vitesse et de son réseau de communication, c’est bien sa production d’électricité nucléaire. Elle a permis, puisque nous n’avons ni pétrole, ni gaz, ni charbon, d’améliorer notre balance commerciale, sans émettre de CO2 tout en offrant aux consommateurs des prix imbattables. Nos voisins allemands et italiens payent la leur entre 50 et 80% plus cher. Or depuis quatre ans cette activité subit des attaques politiques continuelles. Areva qui produit les composants essentiels des centrales, assure leur maintenance  et fournit leur combustible, traverse une crise sans précédent. Son client, EDF est fragilisé au point, de devoir demander à l’Etat une recapitalisation, ce qui est, là aussi, sans précédent. Celui-ci est pourtant entièrement responsable de la situation. Après un parcours sans faute de plus de 25 ans, qui va de la construction des premières centrales à eau pressurisée  jusqu’à la constitution d’Areva qui regroupait les activités relatives à la construction et à la maintenance des îlots nucléaires et de celles relatives au cycle du combustible, est intervenue une succession ininterrompue d’erreurs commises par les gouvernements successifs  .

Il y a d’abord eu le refus pendant dix ans de construire en France le réacteur EPR de 3ème génération, dont l’architecture avait été conçue pour parer aux risques de catastrophes du type Tchernobyl. Les équipes d’Areva, et de Siemens, partenaire du projet, avaient donc travaillé pour rien. Elles allaient se retrouver sans activité pendant longtemps, avec le risque de perdre des compétences essentielles. Face à cette situation, Areva  saisissait l’occasion offerte par l’électricien finlandais TVO, soutenu par Siemens, qui pourrait vendre une turbine par la même occasion, pour construire un premier EPR à Olkiluoto à la fin de l’année 2003. Et l’Etat, deuxième erreur coûteuse, a laissé faire alors qu’il savait pertinemment qu’Areva n’avait jamais dirigé la construction d’une centrale.  L’entreprise pouvait fournir l’îlot nucléaire. Mais seule EDF  avait le savoir-faire pour passer les marchés aux entreprises compétentes, et diriger l’ensemble des travaux. Une centrale nucléaire, c’est un peu comme une voiture. Et ce n’est pas parce que vous savez fabriquer le moteur que vous pouvez faire la carrosserie et l’assemblage. Le résultat a été un désastre financier que l’entreprise n’a toujours pas fini de payer. Autre erreur l’Etat a laissé Areva investir une fortune dans des mines au Niger. La justice dira si l’opération était frauduleuse. Mais de toute façon, elle était insuffisamment sécurisée. Mais le pire restait à venir. A partir de 2012, l’Etat s’est lancé dans une véritable croisade anti-nucléaire, avec une première cible, Fessenheim.

L’âge d’une centrale est sans rapport avec sa sûreté et la seule instance compétente pour trancher la question est l’Autorité de Sureté Nucléaire. Or l’ASN n’a jamais mis en doute la capacité  de Fessenheim à fonctionner en toute sécurité, sous réserve que les controles en cours sur un générateur de vapeur se révèlent satisfaisants. Dans le cas contraire, il suffirait de le changer, ce qui est une opération classique. Cette centrale est rentable et alimente EDF mais aussi des clients suisse et allemand. L’arrêter définitivement se traduirait par un manque à gagner substantiel et nécessiterait d’indemniser ceux qui ont passé des contrats à long terme. Ce serait donc contraire à l’intérêt d’EDF. La seule voie possible, puisqu’EDF est une entreprise de droit privé cotée en bourse, serait sa nationalisation ou l’achat, par l’Etat, du site de Fessenheim à un prix juste et réglé préalablement, lequel prendrait alors en charge son démantèlement. On en est loin. Cette croisade anti-nucléaire s’est poursuivie avec une « loi de transition énergétique » incohérente et inapplicable pour ce qui est de ses dispositions relatives à la production d’électricité. Fixer, pour celle-ci, un ratio arbitraire « à l’horizon 2025 », n’a aucun sens, même si le terme est vague. Une année donnée, ce qui détermine la production, c’est le niveau de la demande, sa répartition géographique et les conditions météorologiques, lesquelles commandent l’intervention des équipements hydrauliques, thermiques, éoliens et solaires. Or ces paramètres sont imprévisibles. Et sauf à couper l’électricité si les conditions météo ne sont pas favorables, l’objectif fixé par la loi n’est pas en mesure d’être atteint. Le législateur, pour marquer son soutien aux énergies renouvelables, aurait dû se baser sur les capacités de production à un horizon donné, ce qui aurait été cohérent avec les dispositions relatives à la programmation. On programme à l’avance des investissements, pas la répartition, entre les diverses techniques, de la production une année donnée. Enfin, la fixation, dans une loi, d’un plafond de capacité nucléaire, n’est possible que s’il ne consacre pas le monopole d’une entreprise, en l’occurrence celui d’EDF. Sinon, il faut prévoir la nationalisation de l’entreprise. On s’étonne que le Conseil constitutionnel, d’habitude si vigilant, ne se soit pas saisi de lui-même de cette disposition pour l’annuler.

Ces nouvelles perspectives ont aggravé les situations d’Areva et d’EDF, mais les remèdes annoncés sont pires que le mal. Transférer à EDF l’ensemble des activités « réacteur » d’Areva est un fâcheux retour en arrière par rapport à l’époque, il y a quarante ans, où le CEA avait dû laisser la construction des îlots nucléaires à Framatome. L’arrivée dans le giron d’EDF, dont cela n’a jamais été le métier, de la maintenance et de la production des composants industriels de l’îlot nucléaire, n’a aucun sens. D’ailleurs, l’opération annoncée il y a un an et demi, n’a toujours pas pu être bouclée puisqu’EDF, à juste titre, refuse de porter les risques du sinistre finlandais, et que ces deux éléments ne sont pas séparables. Il eût bien mieux valu limiter le transfert d’activités d’Areva vers EDF à la seule ingénierie des nouveaux réacteurs. L’amélioration de l’EPR et la conception d’un modèle d’une puissance moindre, pour élargir la gamme offerte par l’industrie française, éventuellement avec un partenaire chinois ou japonais, aurait donné un sens tout à fait stratégique à cette réorganisation. Le marché mondial est porteur pour les modèles d’une puissance autour de 1000 MWe. Dans ce contexte, le transfert à General Electric des activités de maintenance des turbines du parc nucléaire constitue un risque supplémentaire et a déjà donné lieu à une sévère controverse. GE n’était pas candidat initialement à la reprise de ces activités, et a dénoncé certains aspects des contrats qui liaient EDF et Alstom par le passé.

La dernière source d’inquiétude est relative à l’entêtement autour du projet d’Hinkley Point, lourd de risques financiers, surtout depuis le Brexit et qui ne créera presqu’aucun  emploi en France. Si on tient absolument à occuper les équipes, attendons que le design d’un EPR amélioré, intégrant les retours d’expérience des chantiers finlandais, français et surtout chinois, soit certifié et  construisons-le en France. Notre pays n’a pas vocation à assurer, à ses frais, l’indépendance énergétique de l’Angleterre. Nos prochains dirigeants auront donc, parmi leurs priorités, à refonder une politique énergétique qui renforce notre industrie, au lieu de l’affaiblir, qui assure notre indépendance et qui contribue au maintien de la France parmi les bons élèves européens, en matière d’émission de CO2.   

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