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Le blog d'Alain Boublil

 

France 2015 : année noire ou année verte?

Après une année 2014 profondément décevante, où l’économie n’a pas connu la reprise espérée et où le chômage a atteint un niveau record malgré la multiplication des emplois aidés et des transferts massifs en faveur des entreprises pour investir et recruter, comment se présente cette nouvelle année ?

La France connaîtra un environnement économique favorable. La forte baisse  des prix des matières premières industrielles (minerai de fer : -40%, caoutchouc naturel : -30%, fibres textiles : - 12%) et du pétrole allégera notre facture extérieure de plus de 30 milliards d’euros. Les entreprises industrielles profiteront d’un redressement de leurs marges et les ménages d’une augmentation de leur pouvoir d’achat. Chaque période de forte baisse des cours du pétrole (1986, 1998 et plus récemment 2009) a été suivie d’une reprise économique franche et, dans les deux premiers cas, durable. En même temps, la France, comme toute la zone euro,  bénéficiera d’une baisse, elle, sans précédent des taux d’intérêt. Contrairement aux prévisions, non dénuées de considérations tactiques, qui figurent dans la loi de programmation des finances publiques, cette baisse sera durable, la BCE envisageant même de rendre encore plus « accommodante » sa politique monétaire. Dans son jargon, cela pourrait aller jusqu’à des taux négatifs et des rachats de dettes souveraines. L’indicateur TEC 10, publié par l’Agence France Trésor aujourd’hui, et qui mesure le taux des emprunts à dix ans, enregistre un nouveau record à 0,80% et l’émission de ce matin de Bons à court terme s’est une fois de plus effectuée avec des taux négatifs : les prêteurs payent pour prêter à la France !

 Cela se traduira par un allègement considérable et durable de la charge de la dette publique puisque celle-ci est émise à taux fixe avec des conséquences tout aussi favorables sur les coûts des entreprises, sous réserve que les banques répercutent cette baisse. Elle devrait aussi favoriser les investissements publics et privés et  la construction de logements.

Enfin, et même s’il ne faut pas s’illusionner sur ses effets,  la baisse de l’euro face au dollar,  atténuera la pression de la concurrence internationale sur le tissu productif et soutiendra les efforts des entreprises à l’exportation hors de la zone euro. Il faut pourtant être conscient  que plus de la moitié du commerce extérieur de la France s’effectue dans la zone euro, que les stratégies de localisation des firmes ne changent pas du jour au lendemain et surtout, que les pays émergents, où les perspectives de croissance à long terme sont les plus fortes par définition, ont vu leur monnaie chuter par rapport au dollar mais aussi par rapport à l’euro, comme au Brésil et en Russie.

Alors pourquoi, dans un contexte apparemment aussi favorable, où le monde anglo-saxon est en forte reprise, où les pays d’Europe du sud pansent les plaies de la crise brutale qui les a frappés et où la Chine, certes à un rythme un peu moins soutenu que par le passé, poursuit sa longue marche en avant, la zone euro et en premier lieu la France affichent-elles pour 2015 des prévisions de rebond aussi modestes (1%) et auxquelles personne ne croit vraiment ? Car, de deux choses l’une : ou ce contexte déclenche une inflexion des comportements des agents économiques, et la reprise devrait être aussi forte qu’aux Etats-Unis par exemple, ou la stagnation perdure et il faut se poser la question de ses raisons profondes. En ce début d’année force est de constater que c’est la deuxième hypothèse qui prévaut.

Du côté des ménages, la thésaurisation se poursuit. Ils limitent leurs achats, renoncent à acquérir un logement et déposent leur épargne, pour ceux en ont la faculté, malgré la hausse de la pression fiscale, sur des comptes sur livret et sur l’assurance-vie. Chacun redoute de perdre son emploi car il sera très difficile d’en retrouver un. Quant aux entreprises, elles attendent le client… et se gardent bien d’investir et de recruter. Rien, dans l’action publique, n’a réussi pour l’instant à les convaincre que la France va sortir de ce cercle vicieux de la stagnation et du chômage. La priorité affichée et concentrée sur la réduction des dépenses publiques les rend sceptiques sur la pertinence et surtout sur l’efficacité de cet effort car le seul poste, jusqu’à présent, qui a soutenu l’activité économique, c’est précisément la dépense publique, comme en témoignent les derniers chiffres de l’INSEE. Quant aux indicateurs avancés de l’économie, comme par exemple, les autorisations de constructions de logement, ils poursuivent leur chute, ce qui signifie qu’aucun mieux n’est à attendre en 2015.

Le secteur souffre de trois maux : la nouvelle réglementation financière et prudentielle décourage les investisseurs institutionnels, comme les assureurs, de faire construire et les banques de prêter aux accédants. La multiplication des normes a renchéri le coût de la construction, ce qui a annihilé l’effet positif de la baisse des taux d’intérêt. Et les préoccupations politiciennes locales dissuadent les maires de délivrer des permis de construire. Ils préfèrent, dans les grandes villes, là où la situation est la plus tendue, faciliter la construction de bureaux, et en périphérie, de centres commerciaux. Rien, dans les « réformes structurelles » annoncées ne s’attaque véritablement à ces blocages. L’année 2015 peut-elle alors être sauvée par la transition écologique et énergétique, dans la perspective de la conférence de Paris et devenir une année « verte » ?

C’est peu probable car ce qui n’avait pas été prévu, c’est la chute des cours des énergies fossiles. Pour le charbon, c’était acquis mais la France, à la différence de l’Allemagne, en utilise peu. Pour le pétrole, et demain pour le gaz du fait du décalage dans les mécanismes d’indexation, la baisse bouleverse le paradigme sur lequel était fondée la politique de l’énergie. Ce qui guide les choix des agents économiques, c’est l’évolution des prix. On l’a bien vu aux Etats-Unis avec le basculement rapide vers le gaz de la production d’électricité grâce à l’exploitation du gaz de schiste. Et la baisse des émissions de CO2 a été spectaculaire. L’Etat, avec des aides, peut infléchir à la marge les comportements. Mais cette action devient inopérante en cas de changement radical des prix. Telle est la difficulté devant laquelle se trouve la France.                   

Des mécanismes avaient été mis en place ou sont prévus dans le projet de loi pour la croissance verte actuellement en discussion au Sénat, pour soutenir les investissements optimisant les consommations d’énergie, l’isolation dans le bâtiment par exemple, ou les réseaux intelligents ou encore les aides en faveur des véhicules à basse consommation. Ils avaient déjà du mal à convaincre quand le baril était à 110 dollars alors que l’on prédisait de nouvelles hausses du fait de l’épuisement prévisibles des ressources (sic). Ils vont devenir complètement inopérants. Et la réaction des consommateurs est rapide. On le voit, là aussi aux Etats-Unis, où la vente de gros véhicules a repris de plus belle avec la chute du prix de l’essence. Et comme, en France, l’Etat a pris la décision de favoriser la répercussion de la baisse des prix pour soutenir le pouvoir d’achat, les espoirs, certains disent aussi les illusions, mis dans la « croissance verte » vont s’envoler.

Notre pays n’émet pratiquement pas de CO2 en comparaison des « grands  émetteurs » que sont les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, et d’une certaine façon l’Allemagne et le Canada, qui en rejettent par habitant deux à quatre fois plus que nous. Le non respect prévisible des objectifs de réduction affichés notamment dans le projet de loi en faveur de la croissance verte, n’aura pas de conséquences dans la perspective de la Conférence de Paris. La France conservera, grâce notamment au nucléaire, son statut de pays vertueux et tout son crédit,  pour faire aboutir  un accord ayant une réelle portée, avec, espérons-le le soutien des Etats-Unis et de la Chine, qui viennent de faire un pas dans cette direction. Mais ce ne sera pas suffisant pour  redonner confiance au pays et replacer la France sur une trajectoire de croissance significative, condition sine qua non de la réduction du chômage. Il va falloir trouver autre chose. Le temps presse.

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