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Le blog d'Alain Boublil

 

-1,7%:chute de la production industrielle en mai

Au delà du caractère atypique du mois de mai, avec ses jours fériés et ses ponts, ce mauvais résultat, en ligne avec tous les chiffres publiés depuis une semaine (consommation, exportations, mises en chantiers de logement, recettes publiques) traduit une réalité inquiétante: l'économie française qui était sur la voie de la reprise au deuxième semestre 2013, a calé. Le retour à une croissance suffisante pour faire baisser le chômage est compromis alors même que le quatrième trimestre 2013 avait, pour le première fois depuis longtemps, connu une augmentation des effectifs dans le secteur marchand et permis une stabilisation de la courbe du chômage. Une sévère révision à la baisse des perspectives de croissance pour 2014 et surtout pour 2015 semble donc inéluctable.

Comment en est-on arrivé là, alors que l'environnement international s'est plutôt amélioré et qu'aucun "choc" extérieur particulier n'est intervenu, ni sur le plan financier, ni, comme cela arrive parfois, sur nos approvisionnements énergétiques? On avancera ici trois raisons.

La première est fiscale. Dans son souci de réduire le déficit budgétaire et de respecter ses engagements européens, l'Etat, pour la seconde année consécutive a procédé à des hausses d'impôt massives sur les ménages. L''impôt sur le revenu a augmenté sur les cinq premiers mois de l'année 2014 de plus de 6 milliards soit autant que la hausse observée pour toute l'année 2013. La conséquence sur la consommation a été immédiate. A cette hausse s'ajoute celle des taux de la TVA, entrée en vigueur au 1er janvier. Elle était prévue pour rapporter 6 milliards. On en sera loin : à fin mai, la recette n'a progressé que de 1,4 milliard. La baisse de la consommation consécutive au choc fiscal  n'explique pas tout: face au marasme, la distribution n'a pas répercuté toute la hausse pour l'instant. On a même assisté à une baisse spectaculaire de l'inflation, 0,5% sur un an et même 0% depuis trois mois, ce qui est sans précédent après une hausse de la TVA. A ces hausses d'impôt, qui ne seront que partiellement atténuées par les dernières décisions du gouvernement, se sont ajoutées les mesures annoncées au début de l'année sur les transferts sociaux, pour financer le "pacte de responsabilité": gel des prestations, décalages des versements des retraites complémentaires, et ce alors que les organismes detiennent encore des réserves financières considérables, augmentations des cotisations retraite. Cet ensemble a eu un nouvel effet dépressif sur les ménages, d'où une augmentation de l'épargne pour faire face aux inquiétudes pesant sur l'avenir.

La seconde raison est financière. Pendant que la France adoptait une politique budgétaire très restrictive, elle n'a pas anticipé, donc su profiter, de la poitique monétaire expansionniste menée par la BCE à travers une baisse spectaculaire des taux d'intérêt en Europe. Le calcul  de la charge de la dette pour 2014 était basé sur un taux à dix ans autour de 3% durant l'année. Il est aujourd'hui inférieur à 1,5%. Des économies considérables vont pouvoir être faites sur ce poste, supérieures à 4 milliards par rapport au budget initial. Le gouvernement a commencé à reconnaître son erreur, puisqu'il a annulé à hauteur de 1,8 milliard, l'augmentation de la charge de la dette de l'Etat, qu'il avait prévu à tort dans la loi de finances. Mais il devrait aller bien plus loin, car ces économies sur la dette vont être récurrentes, et si comme tout le laisse penser la BCE maintient des taux bas durant les trois prochaines années (programme TLTRO), les économies cumulées ne seront pas très loin des 18 milliards à trouver entre 2015 et 2017. Le fait de ne pas "recycler" avec des baisses d'impôt ou des dépenses soutenant la croissance, les économies constatées pèse déjà  et pèsera plus encore demain, sur la croissance.

La troisième raison a un caractère plus réglementaire. La perspective des "stress test" pour les banques ne les incite pas à prêter aux entreprises comme aux particuliers. Et l'investissement s'en ressent depuis le début de l'année. A cela s'ajoutent les différentes spécifications prudentielles connues sour le nom de "Bâle 3" pour les banques et de "Solvency II" pour les compagnies d'assurances, qui les dissuadent de financer l'économie, ce dont d'ailleurs profitent les Etats puisque ces institutions achètent leurs emprunts. Et si l'on ajoute la dimension typiquement française avec la lourdeur de toutes les procédures pour créer de la richesse, laquelle n'est pas nouvelle, mais continue de s'accumuler, comme en témoigne la dernière loi sur le logement et l'urbanisme, on comprendra que le contexte en France est de moins en moins favorable à la croissance. Avec les nouvelles charges sur les ménages, il n'y aucune chance que cela s'améliore.

Les chiffres de ces derniers jours traduisent donc cette réalité bien inquétante: on espérait, il y a six mois, qu'une nouvelle phase s'ouvrait. Le sentiment qui prévaut aujourd'hui, malgré les dernières annonces fiscales, c'est qu'une porte se ferme.

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