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Le blog d'Alain Boublil

 

2014: L'année des quatre jeudis

Dans le débat sur la durée du travail et sur la "compétitivité" de notre économie, une question n'est jamais abordée: celle des jours fériés. Les Français bénéficient, outre leurs cinq semaines au minimum de vacances par an, de onze jours fériés. Parmi les grands pays industrialisés, seul le Japon fait mieux: treize jours. A l'inverse, le Royaume-Uni n'a que six jours fériés et l'Allemagne neuf, mais il faut ajouter un ou deux jours fixés par les autorités locales sur leur territoires, comme la St-Patrick en Ecosse.

La particularité française  situe aussi dans le choix des jours : aucun grand pays ne s'arrête de travailler pour l'Ascension ou pour le 8 mai. Surtout, et sauf quand la célébration revêt un caractère historique précis, les pays privilégient le début d'une semaine. Aux Etats-Unis, sur dix jours fériés, six tombent statutairement un lundi et en Angleterre, deux. Une autre pratique consiste à les regrouper comme en Chine avec le Nouvel An Lunaire, au Japon avec la Golden Week au début du mois de mai ou, dans les pays anglo-saxons, avec le Boxing Day, au lendemain de Noël. 

 En France, rien de tout cela. Non seulement nous nous situons dans le haut de la fourchette par le nombre, mais on n'observe aucun regroupement et surtout les jours tombent en fonction des hasards du calendrier. Ainsi, en 2014,  va-t-on compter pas moins de quatre jeudi fériés, les 1er, 8 et 29 mai, jour de l'Ascension et le 25 décembre. Cela se traduira par un nombre record de "ponts", une baisse inévitable de l'activité difficile à compenser et une désorganisation des services publics.

Considérer que cela n'aura pas d'incidence macroéconomique, au delà de la traditionnelle "Correction du nombre de jours ouvrables" dans les statistitiques de l'INSEE revient à se voiler la face. Les perspectives de croissance de l'économie française en 2014 seront inévitablement affectées par cette anomalie calendaire mais les jugements qui seront portés oublieront d'en tenir compte. Pourtant ce serait une occasion idéale pour "remettre à plat", l'expression est à la mode, notre calendrier dans le sens de la croissance et de la réduction de nos coûts de fonctionnement, notamment dans les services publics. Deux voies peuvent être empruntées.

La suppression pure et simple d'un ou de deux jours fériés. On pense en priorité à l'Ascension ou à l'Assomption, le 15 Août. Aucun pays, à l'exception de la Belgique, ne retient en même temps ces deux dates du calendrier catholique pour en faire des jours fériés. Ainsi, l'Italie ignore l'Ascension et l'Allemagne l'Assomption. On peut aussi envisager la fusion des deux commémorations du 8 mai et du 11 novembre, qui ne se traduisent nulle part pour la première et seulement aux Etats-Unis pour la seconde par un jour férié, en un jour consacré à la mémoire de nos Anciens Combattants et à la paix en Europe. On le voit, il y a de la marge.

La difficulté d'une telle réforme, c'est, bien sûr, de trouver une compensation pour les salariés, puisqu'ils vont travailler un ou deux jours de plus sans être payés davantage. La solution qu'avait retenue le gouvernement de Jean Pierre Raffarin, outre qu'elle portait sur un jour mal choisi, le lundi de Pentecôte, qui est souvent, comme à Päques, une occasion de se retrouver en famille, de "confisquer" le produit cette journée au profit de la solidarité nationale, donc in fine de l'Etat, n'a satisfait personne.

Pourquoi ne pas laisser aux partenaires sociaux le soin de négocier les modalités de la compensation pour ce travail supplémentaire, plutôt que de se disputer sur les 35 heures et les "RTT"?

Mais l'essentiel n'est pas là. Il se situe dans la désorganisation de la vie économique provoquée par la multiplication des "ponts" et à cet égard l'année 2014 sera caricaturale avec ses quatre jeudis fériés. Le remède est bien plus simple à apporter que pour la réduction du nombre de jours fériés et il est pratiqué dans presque tous les pays: lorsqu'il s'agit d'une commémoration qui n'est pas lée à un fait historique précis, il suffit de décréter que celle-ci  interviendra un lundi. C'est ce qu'ont choisi l'Angleterre et surtout les Etats-Unis avec beaucoup de pragmatisme.

Au moins trois fêtes pourraient ainsi devenir "mobiles" tout en restant "jours fériés": la fête du Travail, le premier lundi de mai, la célébration des Anciens Combattants, un autre lundi à déterminer, si on choisit de fusionner le 8 Mai et le 11 Novembre, ce qui n'empêche d'ailleurs nullement, de procéder ces jours-là à des cérémonies officielles, et le jour du Souvenir qui pourrait intervenir le premier lundi de novembre quand nous honorons la mémoire de nos morts.

Neutre sur le plan des rémunérations, la réduction du nombre de "ponts" aurait, à n'en pas douter un effet positif sur le fonctionnement des services publics, on pense en premier lieu à l'Education nationale, et sur l'activité des entreprises,

 L'enjeu n'est pas négligeable sur le plan économique: deux jours de travail en plus, c'est près d'un point de production de gagné et une meilleure organisation de la semaine de travail, c'est assurément une hausse de la productivité.

Espérons que la situation caricaturale qui va prévaloir en 2014 fera prendre conscience à chacun, Etat, entreprises, organisations syndicales, qu'il y a là une réforme simple à mettre en oeuvre si elle est bien conçue et qui ne ferait que des gagnants tout en servant la croissance et l'emploi.

Commentaires

  1. jean-philippe saint-geours 29 déc. 2013 13:38:13 #

    Tout à fait d'accord.
    Il n'est pas trop tard, et il y a urgence.
    Je propose donc de légiférer par ordonnances.
    Et j'imagine avec amusement une grande démonstration conjointe, au mois de mai, des anciens de "la manif pour tous" et des organisations syndicales pour défendre le maintien de l'Ascension comme jour férié et celui de la fête du travail le 1er mai. Il faut laïciser les jours fériés !
    Et puisque c'est la fin de l'année et qu'on se lâche sur le malaise français, quels commentaires sur ce décret qui vient d'organiser une "course de lenteur" pour défendre les privilèges des taxis ? Je ne sais pas calculer l'impact économique négatif d'une telle mesure, mais je suis certain de son effet psychologique sur les créateurs d'entreprises et de sa contribution à l'éloignement entre la classe politique et le monde de l'entreprise.

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