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Le blog d'Alain Boublil

 

La transition énergétique de la Chine

La Chine est aujourd’hui le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre mais cela n’a pas toujours été le cas. Le pays n’a détrôné les Etats-Unis que depuis peu. Comme le réchauffement climatique est lié au stock de pollution, les nouveaux émetteurs ont longtemps considéré que les efforts devaient être d’abord imposés aux pays qui étaient responsables de l’accumulation passée. Cela fut la position de la Chine mais elle en a changé. Le soutien sans ambigüité de Pékin à l’accord de Paris en est la preuve et il n’est pas le reflet d’une démarche diplomatique ou symbolique. Il traduit un changement profond et délibéré du pays qui a décidé de mettre en œuvre concrètement et résolument une politique de transition énergétique. Ses bases ne sont pas fondamentalement différentes de ce qui a été observé aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années, malgré la position officielle de l’administration Trump qui, dans ce domaine comme dans d’autres, ressemble fort à un déni de réalité.

Le choix des autorités chinoises répond d’abord aux aspirations de la population. L’urbanisation accélérée et la consommation croissante d’électricité ont été sources de pollutions majeures dans les grandes villes où la vie est devenue insupportable durant de nombreuses périodes de l’année à cause d’une dégradation de la qualité de l’air. L’électricité était produite par des centrales à charbon qui rejetait non seulement du CO2 mais aussi des quantités massives de particules. La transformation du mix électrique est devenue une priorité avec d’abord la conversion au gaz naturel des centrales et sa diversification en faveur du nucléaire et des énergies renouvelables. La production de charbon a encore progressé en 2017 avec 3700 millions de tonnes mais les plus petites mines sont en train d’être fermées, les conditions d’exploitation sont modernisées et les opérateurs sont restructurés pour remédier à des situations financières déséquilibrées. La réduction des capacités de production se poursuivra en 2018 à hauteur de 150 millions de tonnes après une baisse de plus de 500 millions sur la période 2016-2017. 

Malgré la persistance d’une croissance économique soutenue, avec 6,8% au premier trimestre, la consommation de pétrole ralentit (+5,5%) avec 154 millions de tonnes et surtout celle d’essence (+2,2%). Mais les groupes chinois continuent d’investir dans la pétrochimie comme en témoigne l’accord passé entre CNOOC et Shell pour la construction d’un nouveau vapocraqueur capable de produire 1,5 million de tonnes d’éthylène en utilisant les dernières technologies disponibles. Cela montre aussi que les grands groupes occidentaux restent décidés à travailler avec leurs homologues chinois dans le cadre de partenariats équilibrés.

Comme aux Etats-Unis, le grand gagnant de la transition chinoise est le gaz naturel, aussi bien dans la production électrique que pour le chauffage domestique. La part du charbon dans le mix électrique est tombée en dessous de 60% en 2017 et devrait encore baisser dans l’avenir. La consommation d’électricité a bondi au premier trimestre de 9,8% en raison d’une vague de froid au début de l’année et a atteint 1 600 TWh. Cela a profité aux énergies renouvelables. La fourniture aux particuliers des éoliennes et des équipements photovoltaïques a progressé respectivement de 60 et 38%. Mais cela a représenté 5% de la production, soit une part bien faible par rapport aux énergies fossiles. La hausse de la demande des particuliers et du secteur des services traduit les premiers effets du rééquilibrage de l’économie chinoise qui ne repose plus sur le seul dynamisme de l’industrie lourde et sur les exportations mais sur des secteurs nouveaux comme le tourisme, en pleine expansion.

La consommation de gaz a cru au premier trimestre de 10% pour atteindre 71 milliards de m3. Les prévisions pour l’année en cours tablent sur plus de 260 milliards de m3. Elle n’atteignait que 73 milliards en 2007, soit presqu’un quadruplement en dix ans. La part du gaz naturel dans le mix énergétique chinois devrait passer de 10 à 15% entre 2020 et 2030. Il était à peine de 4% en 2010. La production chinoise, bien qu’en forte augmentation, ne suffira pas à satisfaire la demande. Elle a atteint 147 milliards de m3 en 2017 et le pays commence avec succès à produire du gaz de schiste. Les gisements du Sichuan, à Fuling, exploités par Sinopec ont produit 5,8 bnm3 en 2017 et visent 10 bnm3 en 2018. Face à la hausse de la demande intérieure, les importations vont donc croître fortement dans l’avenir. Le nouveau gazoduc qui doit relier le nord du pays aux gisements de Sibérie devrait être opérationnel en 2020. La Chine compte aussi beaucoup sur le Gaz Naturel Liquéfié. Les importations se sont accrues de 59% au premier trimestre. La construction de terminaux s’accélère et le pays est devenu le deuxième importateur mondial dépassant la Corée du sud mais encore loin du Japon, qui compense ainsi, avec ses centrales à gaz l’arrêt, qui se prolonge de la quasi-totalité de son parc nucléaire.

Les perspectives du gaz naturel en Chine sont impressionnantes. La consommation atteindrait 600 bnm3 et la production nationale 340 bnm3 en 2040 selon l’Agence Internationale de l’Energie. Des accords d’approvisionnement font l’objet de discussions avec des producteurs américains pour des montants significatifs. Cela pourra réduire un peu le déséquilibre commercial entre les deux pays mais les sommes en jeu, de l’ordre du milliard de dollars sont sans rapport avec l’ampleur du déficit qui a dépassé 350 milliards en 2017. Le développement du gaz naturel s’accompagne d’un effort considérable sur les réseaux de transport qui devraient passer en dix ans de 64 000 à 125 000 kms et de distribution puisque le gouvernement chinois s’est fixé comme objectif que toutes les agglomérations de plus de 500 000 habitants devraient être en mesure de leur offrir la possibilité de bénéficier du gaz naturel dans leur logement.

Le basculement du charbon vers le gaz naturel dans le mix électrique sera aussi favorisé par l’instauration d’un marché du carbone qui, dans un premier temps s’appliquera uniquement aux producteurs d’électricité. Expérimenté dans plusieurs zones depuis deux ans, il a été généralisé à la fin de l’année 2017. A la différence de ce qui se passe en Europe, largement du fait des pressions de l’Allemagne et de la Pologne, ce marché est étroitement contrôlé par l’Etat et les prix sont gérés pour apporter un concours significatif aux énergies qui émettent le moins de CO2, et notamment le gaz naturel, et pénaliser l’utilisation du charbon.

La Chine relance aussi son programme nucléaire, qui avait été gelé à la suite de Fukushima. Le chargement en combustible du premier EPR en construction à Taishan est intervenu le 10 avril et celui du premier réacteur AP1000 situé à Sanmen doté de la technologie développée par Westinghouse vient aussi de démarrer. La capacité installée devrait passer de 36 GWe en 2017 à 58 GWe en 2020 et à 88 GWe en 2025. Six à huit nouvelles centrales devraient être mises en construction en 2018. Plusieurs d’entre elles seront équipées du nouveau modèle Hualong 1 développé conjointement par les deux constructeurs chinois, CNN et CGN.

La taille de l’économie chinoise est telle qu’il ne pourra y avoir de réduction significative des émissions de gaz à effet de serre dans le monde sans que celle-ci y contribue. La politique suivie, basée sur le remplacement progressif du charbon par le gaz naturel dans le mix énergétique et le développement simultané du nucléaire et des énergies renouvelables, apparait ainsi comme une réponse crédible au défi climatique.       

   

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