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Le blog d'Alain Boublil

 

Chine : L'année du Chien

Les signes du calendrier chinois n’ont pas de portée symbolique particulière mais le chien, animal domestique par excellence, est réputé pour sa fidélité. Ce n’est donc pas incompatible avec le fait que la Chine soit fidèle aux principes énoncés par ses dirigeants et se réoriente progressivement vers son marché intérieur en le modernisant et en satisfaisant aux exigences environnementales de sa population. En 2018, année du Chien, succédant à l’année du Coq, la croissance devrait se poursuivre à un rythme élevé. Le fait de savoir si elle « ralentira », après les 6,9% atteints en 2017 pour se situer entre 6,5 et 7% ou si elle conservera ce rythme n’a pas beaucoup de sens. Les statistiques, là comme ailleurs, ne permettent pas d’atteindre ce niveau de précision. La Chine continuera donc sa course en tête, face aux pays développés dont la croissance aura du mal à dépasser 2% et apportera une fois de plus un démenti à tous ceux qui prédisent la fin du « miracle chinois ».

L’endettement élevé des collectivités locales et de nombreuses entreprises publiques ne semble pas de nature à faire peser sur le pays un risque systémique, pas plus que les circuits de financement parallèles et le « shadow banking ». Les institutions internationales, le FMI en tête, et les économistes n’ont pas su prévoir la crise de 2007. Il n’est donc pas surprenant qu’ils lancent des alertes afin qu’on ne leur reproche pas une deuxième fois leur incapacité à évaluer les risques. Mais l’Etat est bien moins endetté que dans nombre de pays occidentaux pour ne pas parler du Japon. Il dispose de tous les moyens pour faire face à des déséquilibres  excessifs et n’a pas besoin de l’étranger pour se financer, à la différence de plusieurs Etats de la zone euro, il y cinq ans. Pékin connait un excédent structurel de ses paiements extérieurs et la banque centrale a accumulé des réserves de change gigantesques qui s’élèvent à 3 200 milliards de dollars. La Chine est même devenue le premier créancier des Etats-Unis. Le Yuan est maintenant considéré comme une monnaie de réserve et poursuivra en 2018 son internationalisation progressive. Les soubresauts, comme celui intervenu au début du mois de février quand les autorités ont modifié le régime des investissements à l’étranger, ou comme ceux bien plus violents au mois d’août 2015 qui avaient provoqué une chute brutale des bourses de Shanghai et de Shenzhen, ne disparaîtront pas mais ils ne sont pas de nature à faire dérailler l’économie chinoise. Au lieu de jouer aux oiseaux de mauvais augure, les observateurs feraient mieux de s’intéresser aux mutations structurelles en cours dans le pays. Elles présentent des opportunités pour les entreprises pour peu qu’on en analyse  la portée.

Le nouveau terme employé par les dirigeants chinois lors du XIXème Congrès du Parti communiste pour caractériser la stratégie du pays est : « développer une économie modernisée ». La Chine continue de se développer et, en même temps, elle se modernise. La trajectoire reste élevée mais son moteur évolue. Tel est le message que le proche conseiller du président Xi Jinping, Liu He, a été charger de délivrer à Davos. La politique de l’offre permet aux entreprises de transformer leur outil de production en utilisant les dernières technologies et de se réorienter vers des produits de qualité élevée pour satisfaire une demande intérieure de plus en plus exigeante. La croissance de la consommation de biens et de services en 2018 devrait dépasser 10%, soit  6400 milliards de dollars. Les entreprises se restructurent,  notamment dans le secteur public, où elles sont trop nombreuses et trop endettées. Les investissements étrangers ne sont plus de simples délocalisations mais sont destinés à produire pour le marché intérieur. Les constructeurs automobiles ont été les premiers et leurs fournisseurs suivent. BASF, Emerson Electric et BP, par exemple viennent d’annoncer des projets importants. La contraction de l’excédent commercial au mois de janvier ne traduit pas une baisse de la compétitivité du pays résultant de sa nouvelle stratégie industrielle mais provient  de la constitution de stocks  dans la perspective des fêtes du Nouvel An. Les chiffres de février et de mars corrigeront ce phénomène purement calendaire.

 Pour réduire à la fois les émissions de CO2 et la pollution qui affecte les grandes villes, Pékin s’est lancé dans une ambitieuse transition énergétique. Parmi les énergies renouvelables, les éoliennes ont représenté 4,8% de la production d’électricité en 2017, mais le réseau a du mal à s’adapter et 42 TWh ont été gaspillés. Le nucléaire n’est pas oublié et l’année 2018 verra la fusion entre le grand constructeur de centrales, China National Nuclear et le premier groupe d’ingénierie, China Nuclear Engineering and Construction. On peut même espérer cette année la mise en service du premier EPR, construit à Taishan et la commande de deux autres réacteurs sur le même site. Mais l’action essentielle porte la réduction de la dépendance au charbon et son remplacement par le gaz naturel, dans les usages domestiques comme pour la production d’électricité. Sa consommation s’est accrue en 2017 de 17% et s’approche de 300 milliards de m3. Elle a quadruplé en huit ans. L’exploitation du gaz de schiste est, comme aux Etats-Unis, en plein essor et a déjà atteint 10 milliards de m3 mais ne suffit pas à satisfaire la demande. Les importations, par les gazoducs en provenance d’Asie centrale et bientôt de Sibérie et les terminaux de GNL, représentent 30% de la consommation totale. Cette proportion devrait s’accroître en 2018.  Comme dans le nucléaire, des restructurations massives sont en cours pour gérer la décroissance du charbon. China Energy, qui résulte de la fusion entre Shenhua, le géant charbonnier chinois avec Guodian, l’un des principaux producteurs d’électricité vient de signer un accord préliminaire avec l’Etat de West Virginia pour exploiter un gisement de gaz de schiste et l’exporter vers la Chine, ce qui ne devrait pas déplaire à Donald Trump.

L’Année du Chien verra aussi une accélération du programme « Belt and Road Initiative » qui vise à placer la Chine au centre de la mondialisation à travers la réalisation d’infrastructures facilitant les échanges avec les pays voisins, avec l’Europe et même l’Afrique. L’Empire du Milieu, très attaché à ses références historiques, en finançant ces programmes grâce aux institutions qu’il a mises en place, profite de cette politique à un double titre : ses entreprises y trouvent un relais de croissance et ses voisins, en se développant plus vite, deviendront des partenaires et des clients. Cette vision mercantiliste de la diplomatie n’est pas très éloignée de ce qui anima la Grande-Bretagne il y a plusieurs siècles. Au moment où les Etats-Unis ne songent qu’à se protéger et à se replier sur eux-mêmes, la Chine a compris qu’il y avait une place à prendre tant sur le plan économique que politique. 2018 sera donc une année charnière. Les autres pays peuvent voir dans ces initiatives une démarche impérialiste, la critiquer voire la combattre. Ils s’excluront eux-mêmes du projet et leurs entreprises n’en tireront pas d’avantage mais cela gênera en rien sa réalisation et les échanges commerciaux continueront de s’accélérer avec la Chine. Ils peuvent, au contraire, comprendre que quand on n’a aucune chance d’inverser un phénomène, dont il est possible en outre de profiter, il vaut mieux s’y impliquer. Espérons que l’année du Chien, sera, pour la France, celle où l’on révisera les jugements trop négatifs et où l’on prendra toute la mesure de l’intérêt qu’il y a pour nos entreprises de considérer la Chine comme un partenaire privilégié.        

               

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