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Le blog d'Alain Boublil

 

La fin de l'inflation : une bonne nouvelle

Contrairement à ce que l’on entend dire souvent, la fin de l’inflation est une bonne nouvelle : elle n’est pas annonciatrice d’une phase de stagnation mais correspond à un nouvel état des économies développées. Elle peut déboucher sur une longue période de prospérité à condition d’en avoir identifié les conséquences et d’avoir conçu les politiques appropriées.  

Parmi les causes de l’inflation figure d’abord en théorie la rareté supposée des matières premières et les difficultés à ajuster l’offre et la demande. Même sans revenir aux affirmations pessimistes du club de Rome qui, au début des années 70, affirmait sans nuances que les ressources en pétrole et en gaz étaient limitées et que le monde en manquerait sous peu, on a longtemps pensé, et pas seulement à propos des énergies fossiles, que cette rareté  était un fait certain et que cela se traduirait par des hausses significatives des prix. La mise en exploitation des gisements de pétrole et de gaz de schiste a apporté un démenti cinglant, alors même que cela ne concernait que les Etats-Unis. Il n’est pas difficile d’imaginer par exemple ce qui se passera lorsque la Russie décidera d’explorer le sous-sol de la Sibérie. Quant aux  ressources métalliques, leur prix fluctue en fonction des anticipations des marchés mais aucune réelle rareté n’est envisagée. Les tensions actuelles sur certains métaux sont liées au développement  des batteries pour véhicules électriques. Mais ce phénomène est centré sur une application et ne peut avoir d’effet significatif sur les prix puisque la part des matières premières dans la valeur du produit final est faible. La rareté, n’en déplaise aux néo-malthusiens, n’est pas pour demain.  

Le deuxième facteur qui pèse sur les prix est l’innovation. Le mouvement n’affecte plus seulement la fabrication des biens où les gains de productivité sont toujours importants. Il concerne aussi les services. La multiplication des plateformes et des applications offrent aux consommateurs des prestations à des prix en forte baisse par rapport aux circuits traditionnels de distribution. La généralisation des services financiers en ligne en réduit le coût. La transmission et l’échange d’informations sont devenus quasiment gratuits. La pression concurrentielle générée par la liberté donnée aux entreprises de fixer leurs prix et l’ouverture des frontières ont permis de transférer les gains de productivité partout dans le monde de façon à ce que chacun en profite. La France constitue un bon exemple. Pendant des décennies, on pensait lutter contre l’inflation endémique que subissait notre pays par le contrôle des prix. Il fut progressivement mis un terme à cette politique au milieu des années 80 et ce mal français fut éradiqué. La dé-bureaucratisation de l’économie et la mondialisation sont des phénomènes irréversibles. Les progrès nés de l’innovation ne restent plus cantonnés dans le pays qui leur a donné naissance et chacun peut en bénéficier, notamment sous la forme d’une baisse des prix. 

La fin de l’inflation dans les pays développés est donc durable mais cela n’a rien à voir avec la déflation provoquée par une demande insuffisante comme durant les années 30. Plutôt que de se référer à des schémas du passé, il faut analyser  les conséquences de ce phénomène nouveau pour adapter les outils de la politique économique. La première conséquence est un transfert de ressources des Etats en faveur des ménages et, dans une moindre mesure, des entreprises. C’est particulièrement significatif en France. Pendant près de quarante ans, l’Etat a profité de l’inflation de deux façons. Ses recettes étaient gonflées puisque la principale d’entre elles, la TVA, dépendait directement de l’évolution des prix et l’une de ses dépenses les plus importantes, le service de la dette publique et son refinancement, étaient allégés chaque année, grâce, là aussi à l’inflation, sauf, il est vrai, pour le désastreux emprunt 7% 73, surnommé « l’emprunt Giscard », qui s’est retrouvé indexé sur l’or. En même temps, les ménages voyaient leurs économies fondre puisque les comptes en banque et les livrets d’épargne étaient affectés en sens contraire par l’inflation.  

Sa fin a provoqué une inversion du phénomène. Les recettes fiscales n’ont plus bénéficié du bonus inflationniste. L’Etat a dû s’endetter davantage et, en outre, sa dette n’a plus, comme par le passé, été remboursée avec une monnaie dépréciée. Au contraire, les ménages ont vu leur épargne protégée. La valeur de leurs patrimoines s’est ainsi accrue de façon continue pendant que l’Etat voyait le sien diminuer du fait d’un recours croissant à l’endettement. Mais les critères européens de gestion des finances publiques, les ratios de 3% de déficit et de 60% d’endettement par rapport au PIB avaient été imaginés durant les années 80 dans le contexte inflationniste de l’époque et ils étaient relativement faciles à atteindre, notamment celui relatif à l’endettement. Quand le PIB en valeur croit vite du fait de la hausse des prix alors que l’encours de la dette reste en monnaie courante, la stabilité du ratio est plus facile à atteindre. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui et cela rend l’action publique plus difficile.  

Au-delà de la politique monétaire, ce sont les outils économiques à la disposition des Etats qui devraient être revus. Dans le passé, une politique monétaire restrictive, en renchérissant le crédit et en limitant son volume, permettait de faire pression sur la demande et de lutter contre les tensions sur les prix. Cette action est devenue sans objet et on en est même arrivé à ce paradoxe qu’on attend maintenant des banques centrales qu’elles agissent au contraire pour retrouver un peu d’inflation, 2% dans la zone euro. A l’inverse, et c’était l’une des leçons de  Keynes, dont la pensée était bien plus riche qu’on ne le pense aujourd’hui, les Etats comptaient sur les dépenses publiques et le déficit budgétaire pour relancer l’activité quand celle-ci avait chuté. C’est désormais impossible du fait d’un endettement public très élevé.  

Alors comment, en France et en Europe, adapter l’action publique à ce nouveau contexte ?  Une première piste concerne la fiscalité. En se limitant aux revenus et à la consommation des ménages, puisque l’imposition directe des entreprises ne rapporte plus que 15% de ses recettes en France, l’Etat ne bénéficie pas de l’enrichissement du pays alors que par ses dépenses il y contribue en assurant la protection des biens et des personnes et en réalisant des investissements, par exemple dans les infrastructures, qui valorisent les patrimoines immobiliers privés. Il doit donc rééquilibrer l’assiette des prélèvements obligatoires. La création de l’Impôt sur le Fortune Immobilière est une première mais trop timide étape. Une seconde piste à explorer, au niveau européen, concerne la révision des critères de Maastricht qui sont devenus obsolètes et que plus personne ne respecte, y compris l’Allemagne dont le taux d’endettement public dépasse 60% depuis quinze ans. Ces critères doivent intégrer la richesse de chaque pays et le taux d’épargne des ménages pour rendre compte de la solvabilité ultime des Etats et de leur capacité de remboursement. La disparition de l’inflation a artificiellement durci les contraintes générées par ces critères au moment où s’éloignaient dans plusieurs pays, et notamment en France les risques financiers. Ce cadre inadapté a, en outre, contribué à détourner les peuples du projet européen.  

La fin de l’inflation est une bonne nouvelle. Elle profite à tout le monde sauf aux Etats. Aux dirigeants politiques d’intégrer cette réalité dans leur réflexion et leur action. A défaut, ils perdront le bénéfice de ce progrès indiscutable et l’Europe servira de bouc émissaire.  

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