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Le blog d'Alain Boublil

 

L'euro remonte face au dollar : 1.13$

L’évolution récente de la parité entre les deux principales devises internationales, le dollar et l’euro est riche d’enseignements et ne sera pas sans conséquences sur l’économie française. L’euro était resté stable face au dollar pendant près de deux ans, si l’on excepte une brève période de doute au mois de novembre 2015. Il fluctuait entre 1,10 et 1,15 $. La proximité des élections américaines et l’écart se resserrant entre la candidate démocrate et Donald Trump, provoquent alors une remontée du dollar. Il atteindra 1,05$ pour un euro, son plus haut depuis 20 ans, peu après l’élection du candidat républicain. Ensuite, il évolue entre ce point haut et 1,10$ pendant près de six mois. Depuis, la trajectoire de la devise américaine s’est inversée et l’euro se rapproche progressivement du niveau de 1,15$ qu’il avait il y a deux ans. Deux facteurs expliquent ce retournement de tendance.

Le programme économique de Donald Trump comportait des baisses massives d’impôt et des investissements dans les infrastructures pour 1000 milliards de dollars. Les marchés financiers ont alors cru que ce programme allait provoquer une accélération de la croissance de l’économie américaine. La banque centrale, la Fed, serait donc conduite à mettre en place une politique plus restrictive avec une succession de relèvements de taux d’intérêt. Les investisseurs internationaux seraient incités à privilégier les placements en dollars ce qui contribuerait à en faire monter les cours. Mais le scénario ne s’est pas déroulé comme ils l’espéraient. Le président américain n’a toujours pas réussi à imposer ses vues au Congrès et plusieurs de ses décisions ont été censurées par les autorités judiciaires. Dès lors c’est sa capacité à mettre en œuvre sa politique économique qui a été mise en doute, notamment en matière fiscale où le Sénat et les Représentants ont à de multiples reprises émis des opinions critiques sur son plan de relance. Il tarde donc à se manifester pour toutes ses raisons. Les chiffres de la croissance américaine pour le premier trimestre, même si leur estimation a été une première fois revue à la hausse, ont été également décevants. Dès lors la probabilité d’un durcissement de la politique monétaire s’est éloignée et les anticipations des investisseurs se sont retournées. La Fed va très probablement relever ses taux dans les jours qui viennent mais le nombre des hausses pour cette année devrait être revu en baisse. Le dollar a donc entamé son repli face à l’euro, et aussi, ce qui en a surpris plus d’un, face à la devise chinoise, pourtant dénoncée à maintes reprises, comme fragile par les uns ou manipulée par les autres. Elle a retrouvé le niveau de 6,79 yuans pour un dollar contre 6,90 il y a quelques semaines.

On peut tirer deux enseignements de ces mouvements. Le premier concerne la crédibilité de Donald Trump, en matière de politique économique. Il était déjà critiqué pour son action dans la politique étrangère. C’est désormais son action économique qui va être mise en cause. Le débat sur le relèvement du plafond de la dette de l’Etat, qui interviendra cet été au Congrès promet d’être agité.  Le second enseignement est plus important : les fluctuations des monnaies ne sont plus provoquées, comme par le passé et comme on continue de l’enseigner et de le prétendre, par les mouvements physiques des échanges de biens et de services mais par les flux financiers qui sont guidés par les anticipations des investisseurs sur l’action des banques centrales. Ce ne sont plus les excédents ou les déficits commerciaux qui influent sur les marchés des changes mais l’évolution des taux d’intérêt, eux-mêmes fonctions des prévisions de croissance de la zone considérée. L’euro remonte parce que la conjoncture économique s’améliore dans la zone et parce que, pense-t-on, la Banque centrale européenne va devoir, tôt ou tard, infléchir sa politique, même si l’inflation est encore loin d’avoir atteint la cible de 2%.  En offrant des taux d’intérêt moins pénalisant, on attirera les capitaux extérieurs. La réflexion économique doit donc s’adapter à ces réalités qui sont bien moins nouvelles qu’on ne le pense généralement.

La première incursion sérieuse des évènements monétaires dans les équilibres économiques se produisit en 1979 avec l’adoption par Paul Volcker, alors à la tête de la Fed, d’une politique ultra-restrictive propulsant les taux d’intérêt au-delà de 15%. Le dollar connut alors uns ascension vertigineuse. Il passa, jusqu’à ce que les accords du Plaza en 1985 stabilisent la situation, de 4,50 F pour un dollar à 11,20F. De telles fluctuations seraient impensables aujourd’hui. En France on attribua le gonflement du déficit commercial entre 1980 et 1982 au décalage de croissance entre notre pays, qui avait bénéficié de la relance de 1981, et ses partenaires. Or c’était faux : le gonflement du déficit n’était dû qu’aux conséquences sur la facture pétrolière, exprimée en dollars, de la hausse de celui-ci. Une seconde crise intervint en novembre 1987 lorsque les marchés financiers interprétèrent mal les annonces simultanées de la Bundesbank et de la Fed. Dans la journée Wall Street perdit plus de 20% et les marchés européens suivirent le lendemain. Une nouvelle et très violente crise intervint durant l’été 1992, lorsque la livre sterling dut sortir du système monétaire européen. La France fut alors contrainte de relever massivement ses taux d’intérêt, ce qui plongea le pays dans la récession et contribua à la lourde défaite de la gauche aux élections de mars 1993. La crise asiatique en 1994 puis l’éclatement de la bulle internet aux Etats-Unis en 2001et enfin la grande crise de 2007-2008 générèrent de graves difficultés  où elles se déclenchaient et même dans toute l’économie mondiale pour la dernière. Les crises proviennent désormais davantage des déséquilibres financiers que des déséquilibres économiques.

Il est nécessaire d’en tirer les leçons. La réduction progressive du décalage entre l’action de la BCE et celle de la Fed conduira à une remontée de l’euro face au dollar dont on voit déjà les premiers signes. C’est un facteur d’instabilité. Mais cette évolution peut se produire sans provoquer de secousses, si les deux institutions ont une communication bien coordonnée. Cela permettra aux opérateurs de gérer leurs positions sans créer de chocs. Les conséquences pour l’économie française, à condition que la transition s’effectue en douceur, sont bien moins négatives que les tenants de l’euro faible le prétendent. La hausse du dollar avait été accueillie par ceux-ci comme une bonne nouvelle pour notre commerce extérieur. Les faits leur ont donné tort : cela n’a pas permis d’accroître nos exportations de façon significative mais cela a renchéri, comme en 1982, nos importations qui, pour nombre d’entre elles comme les énergies fossiles sont incompressibles. La France n’a bénéficié que partiellement de la chute des cours du pétrole puisque la hausse du dollar en a réduit l’ampleur. Hors énergie, notre déficit extérieur s’est même aggravé, et cela malgré les multiples avantages accordés aux entreprises pour qu’elles rétablissent leur compétitivité.

La politique économique devra donc s’adapter à ce nouveau contexte qui, en réduisant leurs coûts d’approvisionnement, profitera aux entreprises. Il serait donc inutile d’accroître encore les transferts en leur faveur suivant la politique de l’offre. Au contraire, ce dont elles auront besoin, c’est de trouver, sur leur marché intérieur un relais de croissance significatif.

       

 

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