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Alain Boublil Blog

 

Une relance économique ou politique?

Le report par le gouvernement de la présentation du plan de relance économique a été justifié par la priorité donnée aux mesures adoptées pour faire face aux risques de reprise de l’épidémie du coronavirus et à la nécessité que les deux messages, sanitaires et économiques, ne bénéficient pas de toute l’attention nécessaire en étant délivrés simultanément. Le rebond des contaminations, même s’il n’a pas généré jusqu’à présent, de reprise des affections graves, comme en témoignent le très faible nombre de décès enregistrés en France depuis un mois et la stabilité du nombre de patients en salles de réanimation, doit être stoppé. Les mesures annoncées risquent pourtant de différer le retour de la confiance des agents économiques et prolonger la crise que traversent certains secteurs. Les nouvelles restrictions imposées aux déplacements internationaux affecteront le tourisme, donc l’hôtellerie et la restauration, le transport aérien et en conséquence l’industrie aéronautique. Une action de grande ampleur et bien ciblée pour relancer l’économie n’en est donc que plus nécessaire.

La situation de l’emploi est de loin la plus préoccupante. La légère diminution du nombre de chômeurs en catégorie A a été presque totalement compensée par une augmentation équivalente des demandeurs d’emploi dans les autres catégories du fait d’un effet de transfert. Les inquiétudes pour la rentrée sont fortes. La fragilité financière des entreprises ne pourra être indéfiniment masquée par les prêts bancaires garantis par l’Etat. Une vague de faillites est inévitable même si le gouvernement escompte une récession légèrement inférieure aux 11% généralement prévus.  

Enfin, les comparaisons internationales ne sont pas favorables à la France. Les économies asiatiques avec la Chine au premier rang se redressent, les Etats-Unis, malgré une mortalité bien supérieure, connaissent une récession moins marquée. En Europe, l’Allemagne semble avoir mieux maîtrisé les conséquences de l’épidémie sur son économie, pourtant tributaire de la conjoncture internationale. Notre pays figure avec l’Espagne et le Royaume-Uni parmi les pays les plus affaiblis. Le gouvernement avec trois lois de finances rectificatives a pris des dispositions en faveur de l’emploi, avec notamment le financement d’un recours massif au chômage partiel. Il s’agit maintenant avec un plan de relance de déclencher un mouvement de reprise afin de retrouver le plus vite possible le niveau d’activité qui prévalait avant l’épidémie.

Mais les dispositions prévues ne pourront avoir d’effet immédiat car elles ne s’appliqueront qu’à la fin de l’année, une fois la loi de finances pour 2021 adoptée par le Parlement. Le déficit budgétaire va encore augmenter. Dans la loi de finances initiale pour 2020, il était évalué à 93 milliards. Il est passé à 222 milliards dans la dernière loi de finances rectificative.  Jusqu’à présent, l’Etat ne rencontre aucune difficulté pour le financer. Les taux d’intérêt restent négatifs pour les échéances jusqu’à 15 ans et la charge annuelle de la dette continuera de baisser, contrairement à tout ce qui avait été annoncé dans le passé. L’écart avec les taux allemands est descendu en dessous de 30 points de base pour les émissions à dix ans ce qui témoigne de la confiance des investisseurs. Mais cette confiance n’est pas partagée par les ménages qui ne cessent d’accumuler des dépôts dans leurs banques et sur leurs différents livrets d’épargne. Durant le premier semestre, les sommes déposées ont atteint plus de 40 milliards, malgré la baisse de la rémunération du livret A au 1er février.

Dans ses grandes lignes, le plan de relance favorise les transferts en faveur des entreprises avec des réductions d’impôts, la prolongation des dispositifs relatifs au chômage partiel et des financements privilégiés affectés à certains secteurs touchés par la crise. Le gouvernement poursuit donc la politique de l’offre menée depuis 2012. Au départ, il s’agissait de rétablir la compétitivité des entreprises affectée par des coûts salariaux et des charges excessives. Cette politique, d’inspiration néo-libérale, a donné des résultats très décevants. Il a fallu la financer par une hausse des impôts des ménages, le fameux choc fiscal de 2012-2013, qui a pesé lourdement sur la croissance des années suivantes sans pour autant donner les résultats escomptés en matière d’emploi et surtout de déficit commercial qui vient d’atteindre cette année un niveau record malgré la baisse spectaculaire des prix du pétrole. Le gouvernement persévère avec la baisse des « impôts dits de production » à hauteur de 10 milliards qui ne profitera à l’industrie qu’à hauteur de sa part dans la valeur ajoutée nationale, soit moins de 20%. La présentation qui en a été faite devant le patronat montre bien la dimension politique de cette mesure.

Le second axe du plan de relance concerne l’écologie, là encore, avec de substantielles arrière-pensées politiques. L’objectif est de financer la transition énergétique pour lutter contre le réchauffement climatique. Malheureusement le gouvernement ignore ou fait semblant d’ignorer deux données fondamentales et tout aussi incontestables que le réchauffement lui-même. Celui-ci est la conséquence du stock de gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère et non des émissions annuelles. Les principaux responsables sont les pays qui ont accumulé des émissions au fil des décennies, comme les Etats-Unis ou l’Allemagne. Les pays émergents, la Chine et l’Inde en tête, sont souvent dénoncés comme les responsables de la situation actuelle et on leur demande des efforts disproportionnés compte tenu de leurs objectifs de croissance. Un rééquilibrage des responsabilités est donc justifié.

Quant à la France, elle ne contribue aujourd’hui qu’à moins de 2% des émissions mondiales et sa part dans les gaz à effet de serre accumulés est encore plus faible. Axer une politique de relance sur la baisse des émissions de CO2 via la transition énergétique est un contre-sens car ses conséquences sur le climat pour les raisons indiquées ci-dessus seront dérisoires, son coût sera élevé et ses répercussions sur la croissance et l’emploi peu convaincantes. Subventionner l’installation de panneaux solaires fabriqués en Chine ou l’achat d’une Tesla importée des Etats-Unis ne contribuera pas à sortir la France de la récession. Au lieu, pour des raisons de calcul politique de rechercher une transition énergétique qui ne se justifie pas en France, il convient d’adopter une politique en faveur de l’efficacité énergétique. Les investissements pour réduire les consommations d’énergie dans les bâtiments présentent tous les avantages, tant en termes d’emplois puisque ceux-ci ne sont pas délocalisables que de réductions des consommations de combustibles fossiles importés. Mais l’Etat n’a pas encore trouvé les techniques d’incitation efficaces, notamment pour les logements ou les immeubles de bureaux, pour prendre en charge le coût des investissements et répartir entre les propriétaires et les occupants un juste retour de ceux-ci.  

Il en va de même pour le transport. Se concentrer sur les véhicules électriques ou hybrides particuliers n’aura que des effets limités car ceux-ci ne répondent pas à la demande des consommateurs, tant en raison de leur autonomie insuffisante que de leurs coûts de fonctionnement. Il eût bien mieux valu se concentrer sur les flottes d’entreprises pour lesquelles ces handicaps ne jouent pas. Il en va de même pour le transport de marchandises. Il a connu une révolution avec le développement des conteneurs. A la SNCF de trouver les innovations pour en assurer de façon efficace le transport, avec, autour des grandes agglomérations des plates-formes de déchargement qui permettrait d’éviter la circulation dans les villes de camions polluants aux dimensions excessives. Enfin, à l’heure de l’intelligence artificielle et des maisons et des objets connectés, il est temps d’utiliser ces nouvelles technologies pour fluidifier la circulation dans les villes grâce à une optimisation des systèmes de signalisation, et notamment des feux rouges.

L’économie et la politique ne font pas toujours bon ménage. Si les choix qui restent à faire pour donner un contenu efficace au plan de relance ne tiennent pas compte de ces réalités et sont uniquement guidés par des considérations de communication politique, il y a fort à craindre que la France continue de payer un lourd tribut à la crise sanitaire.           

     

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