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Alain Boublil Blog

 

Octobre noir en Europe

La chute des bourses depuis le début du mois d’octobre, partiellement corrigée ce vendredi, traduit la perte de confiance dans la capacité de l’Europe à sortir de la crise. Le signal d’alarme a été déclenché avec les très mauvais chiffres de la croissance allemande depuis l’été qui ont conduit à réviser en baisse les prévisions tant pour l’année 2014 que pour 2015. Il n’y a donc plus de bon élève en Europe. Et le pays lui-même doute, il suffit de voir les résultats des élections dans trois lander au mois de septembre, qui se sont chaque fois traduites par un recul de la CDU ou de ses alliés, au profit d’un nouveau parti anti-européen, l’AFD, qui avait déjà réussi l’an dernier à faire disparaître du Bundestag le parti libéral FDP.

Au sein du gouvernement, le partisan inconditionnel de la rigueur budgétaire, Wolfgang Schaübble apparait de plus en plus isolé. Le vide politique à Bruxelles, puisque la nouvelle Commission n’est pas encore confirmée par le Parlement européen, n’arrange rien. Aucune voix n’est capable de s’élever pour exprimer que le minimum de bon sens voudrait que l’on cesse de s’obstiner, dans le contexte actuel, sur des ratios budgétaires conçus il y a plus de vingt ans, à une époque où les inquiétudes portaient sur un excès d’inflation, alors que précisément tout le monde s’accorde aujourd’hui pour reconnaître, à tort ou à raison, peu importe, que le principal risque est une inflation trop basse.

A l’intransigeance allemande s’ajoute l’incapacité de la France à afficher des objectifs et à les tenir. Et si les deux principaux pays n’arrivent pas à s’entendre et, en plus, ont une croissance insuffisante pour entraîner les autres, il n’est pas surprenant que l’Europe souffre. Le résultat immédiat a été le retour de l’inquiétude sur les marchés financiers : la BCE, qui avait magistralement réussi, en 2012, à trouver les solutions pour rétablir la confiance, peine à mettre en place de nouveaux outils pour stimuler l’économie de la zone euro. C’est d’ailleurs  assez logique puisqu’elle a été conçue pour faire l’inverse, c’est-à-dire freiner, avec l’outil monétaire, une demande excessive qui pourrait mettre en péril la stabilité des prix. Le plus étonnant est que personne ne s’étonne de ces contradictions. Au début du mois, Mario Draghi a testé une nouvelle politique de rachat de créances qui n’a pas soulevé d’enthousiasme pas plus que le message délivré lors de sa dernière réunion à Naples. Ce n’est pas étonnant vue  l’hostilité de l’Allemagne, et à un moment, en outre, où ces initiatives font l’objet d’un contentieux devant la plus haute juridiction européenne à Luxembourg.

Dans ce contexte, le sommet européen de Milan, consacré à l’emploi n’a produit aucun résultat concret et des divergences au sein du gouvernement grec ont fait réapparaître le spectre des incertitudes sur l’avenir de l’euro, incident amplifié par le réveil de tous ceux, intéressés ou non, qui avaient parié sur l’éclatement de la zone euro, et qui avaient été déçus de ne pas être pas parvenu à leurs fins. Conséquence, une émission obligataire espagnole a connu quelques difficultés de placement, ce qui a été abondamment commenté, tout en omettant de remarquer que le taux qui était offert était quand même deux fois plus bas qu’au plus fort de la crise, et même inférieur à ce que le Royaume Uni doit payer aujourd'hui sur les mêmes échéances.

A cela est venu s’ajouter une inversion brutale des anticipations aux Etats-Unis. Il a suffit d’un indicateur décevant sur la consommation des ménages, pour que le marché obligataire américain connaisse un violent retournement : les opérateurs avaient jusqu’à présent parié sur un durcissement de la politique de la Réserve fédérale. Celui-ci devenant plus problématique, le marché a réagi avec une extrême brutalité, des centaines de milliards de dollars s’échangeant en quelques heures pour s’adapter à ce nouveau contexte. Et le dollar qui s’appréciait dans la perspective de la hausse des taux américains a été freiné et l’euro a regagné une partie du chemin perdu, au grand dam des partisans de la dévaluation.         

Au total, mauvais résultats à l’intérieur de l’Europe, incapacité à trouver des remèdes et environnement international déprimé ont conduit à la dégringolade des marchés d’actions et au retour du doute sur l’euro. Quant aux vraies bonnes nouvelles, la baisse, enfin, des cours du pétrole, pour des raisons qui ont déjà été développés  ici, et notamment le 21 septembre 2014, et le maintien à des niveaux très faibles des taux d’intérêt, elles ont été passées sous silence ou même considérés, ce qui est paradoxal, mais on n’est pas à une incohérence près, comme des signaux de crise et l’annonce d’une déflation tant redoutée.

Sur le pétrole, il y a une vérité qui ne souffre aucune exception : la croissance est faible en Europe quand le prix du pétroler est élevé et toute baisse significative est un facteur de reprise, comme cela s’est produit en 1986, en 1998 et en 2010. Pour la France, l’allègement prévisible du déficit commercial, si les cours se maintiennent autour de 85 $ et que l’euro ne s’écarte pas trop de 1,28$ se situera entre 10 et 15 milliards d’euros. Ce sera cela de gagné sur les coûts de production de l’industrie et sur le pouvoir d’achat. A cet égard, le débat actuel sur une éventuelle hausse de la taxation du diesel semble bien dérisoire par rapport à la baisse de 10 à 15 centimes attendue du fait de la chute des cours du brut. D’ailleurs, le gouvernement serait bien inspiré d’en profiter pour en prélever une partie, par le biais d’une hausse de la TICPE, ce qui lui éviterait d’avoir à ponctionner le pouvoir d’achat des ménages en bloquant les retraites, en réduisant les allocations familiales ou en gelant les salaires. Par ailleurs, au moment où l’on adopte une politique ambitieuse de transition énergétique vers une société qui émettrait moins de CO2 et qui pose dans une loi l’objectif d’une très forte réduction de la consommation d’énergie, quel signal désastreux que de laisser précisément les prix des carburants et du gaz naturel chuter. On voudrait dissuader les Français de changer de comportement qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

L’autre signal fort, c’est bien sûr l’incidence de la baisse des taux sur les déficits publics. Elle est forte et durable. Les observateurs ne semblent pas avoir compris, ou font semblant d’ignorer, que même si, un jour les taux devaient remonter, ce qui arrivera forcément, cela ne changera rien au fait que nous sommes en train de substituer un endettement « presque gratuit » pour des années à un endettement hérité de la période où il fallait payer 4% et même parfois bien plus. Un exemple permet de mesurer l’ampleur du phénomène, qui est de surcroît, dépourvu de tout aléa. Le 25 octobre, la France remboursera un emprunt de 21 milliards au taux de 4%, qui lui coûtait donc chaque année 840 millions d’intérêt. Le mois précédent, la France a levé 28 milliards avec un  coût moyen de 0,6%. La durée moyenne de ces émissions est d’environ 8 ans. C’est –à-dire que durant ces huit années, le Trésor Public va économiser plus de 700 millions d’euros par an, et ce juste pour les levées de fonds d’un seul mois. Le mécanisme s’est enclenché durant l’été et a toutes chances de se poursuivre au moins jusqu’au milieu de l’année prochaine. Plutôt que de faire semblant d’ignorer qu’il y a là un gisement d’économies qui facilitera le respect des engagements de déficit, le raisonnement s’appliquant à tous les pays européens, Bruxelles et les gouvernements nationaux seraient bien mieux inspirés d’y trouver là les arguments pour une relance coordonnée des investissements. 

Voilà donc pourquoi la baisse des taux d’intérêt et la baisse du prix du baril de pétrole constituent des facteurs de rééquilibrage des finances publiques et de soutien du pouvoir d’achat de nature à faire repartir les économies européennes et à ce que ce mois d'octobre soit vite oublié. A condition aussi de maintenir l’euro à son niveau actuel et de ne pas creuser les déficits par la remise en cause des efforts de productivité des administrations publiques et par des transferts excessifs en direction de secteurs économiques  qui ne sont pas confrontés à la concurrence internationale.

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