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Alain Boublil Blog

 

103% : la part du nucléaire en août

Au moment où l’Assemblée nationale débat du projet de loi sur la transition énergétique, qui prévoit à l’« horizon » 2025 de plafonner la production nucléaire à 50% de la production totale d’électricité, le Ministère en charge de l’Energie vient de publier les chiffres du mois d’août. La consommation d’électricité a atteint 30 TWh et la production nucléaire 31 TWh. Les énergies renouvelables (barrages et éoliennes) ont fourni 6,2 TWh et les centrales thermiques 1,4 TWh essentiellement pour les territoires comme la Corse qui ne sont pas raccordés au réseau. Le reste a été exporté, soit un niveau record de près de 8 TWh, comme au mois de juillet et a permis de compenser la chute de la production nucléaire belge et la faible disponibilité des éoliennes allemandes. Incidemment, on a là une bonne illustration des limites de la politique menée chez notre voisin : sans notre nucléaire, il aurait eu le choix entre plus de charbon, donc de CO2 ou des coupures d’électricité. Rapporté cette fois à la production totale d’électricité, le nucléaire a représenté au mois d’août 82% du total.

Ces chiffres ne sont certes pas extrapolables à l’année entière puisqu’en été  la demande est bien plus faible qu’en hiver, où la production nucléaire peut alors dépasser 40 TWh pour une consommation intérieure d’environ 50 TWh. Et EDF en profite  pour procéder aux opérations de maintenance et de rechargement de combustible afin d’être prêt à produire plus quand cela s’avère nécessaire. Mais ils montrent bien le fossé entre la situation actuelle et l’objectif de 50% qui figure dans la loi. Et ils permettent de comprendre les enjeux d’une nouvelle politique de l’énergie.

Le premier enseignement, c’est que le moyen le plus facile pour atteindre l’objectif de 50% en 2025, est de stopper les exportations d’électricité et même d’en importer. En réduisant la production nucléaire aux seuls besoins du marché intérieur, on se rapproche d’autant de l’objectif. C’est absurde, mais c’est incontournable. En 2014, grâce au bon fonctionnement des centrales, le solde exportateur devrait dépasser 70 TWh. Mais on se priverait d’une contribution à notre commerce extérieur qui a oscillé suivant les années entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Vue l’ampleur de nos déficits, il faut quand même y réfléchir.  

Le second, c’est que cela n’a pas beaucoup de sens de fixer des plafonds sur la production puisque celle-ci fluctue beaucoup en cours d’année et même d’une année sur l’autre en fonction des conditions climatiques. Le mix électrique d’août rapporté à la consommation intérieure (103%) ou à la production (82%)  n’est pas celui de janvier (85% et 75% respectivement). Le seul critère pertinent, quand on évoque le « mix électrique », c’est celui des capacités de production et non de la production elle-même. D’ailleurs le projet de loi, dans son article 55, parle bien de capacités quand il est question de leur plafonnement à 63,2 GWe. Et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui est une disposition clé de la loi, concerne des investissements, donc des capacités de production, et non le fonctionnement au jour le jour des centrales  qui doivent s’adapter à la demande. L’opérateur fait alors appel à tel ou tel outil en fonction de sa disponibilité. D’un côté la gestion, du ressort des entreprises, de l’autre la stratégie énergétique qui commande les investissements lesquels doivent s’inscrire dans le cadre prévu par la loi. Fixer un objectif à long terme en prenant comme critère la production et non l’outil de production n’a donc pas grand sens.

C’est d’ailleurs très exactement ce qu’a répondu la Ministre, au cours des travaux de la Commission spéciale chargée de préparer le débat à l’Assemblée nationale le 27 septembre à propos de l’amendement CS 1392 soutenu par le député apparenté socialiste Jean Luc Laurent pour le rejeter. Il proposait que le plafond de 63,2 GWe soit remplacé par un plafond de production, soit 430 TWh : « Il est nécessaire d’instaurer un seuil en puissance, non en énergie produite pour permettre un pilotage clair des capacités de production au travers de l’autorisation d’exploiter. En effet, poursuivait-elle, un seuil en énergie produite serait plus fragile au plan juridique, puisque la production des centrales existantes peut varier selon les années ». On ne peut pas être plus clair. Et le député écologiste Denis Baupin, rapporteur d’une partie du projet de loi, d’ajouter : « Et si au mois de novembre, on a atteint 430 TWh, faudra-t-il couper l’électricité ? Ce serait compliqué pour le mois de décembre… ». Ce raisonnement, parfaitement fondé, et par souci de cohérence, devrait donc s’appliquer à l’objectif de 50% pour l’horizon 2025.

La diversification de l’appareil de production d’électricité est une nécessité reconnue par tous, ne serait-ce que pour donner leur chance aux innovations qui foisonnent dans les énergies renouvelables et faire en sorte que notre industrie, comme ce fut le cas pour le nucléaire, tire avantage à l’exportation de l’expérience acquise sur notre territoire. La dilution de la part du nucléaire du fait de la création de capacités nouvelles va dans le sens de la croissance. A l’inverse, la fermeture d’unités de production pour faire mécaniquement baisser la part de telle ou telle source d’électricité, se traduira par des importations, des pertes d’emploi et un renchérissement général du coût de l’électricité.

Au cours du long débat qui s’est déroulé à l’Assemblée, et jusqu’à présent, personne ne semble avoir pensé à faire oeuvre de cohérence, à amender le texte dans ce sens et à remplacer les dispositions sur la production en 2025 par un critère de capacités, le seul qui soit pertinent : «  A l’horizon 2025, les installations nucléaires devront représenter 50% de la capacité de production totale d’électricité ». Cette formulation serait pourtant parfaitement en phase avec le choix de la diversification exprimé par le Président de la République. Espérons que lors des  dernières séances ou au Sénat cette suggestion retienne l’attention : il n’est pas trop tard pour faire preuve der bon sens.

 

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