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Alain Boublil Blog

 

Emploi, construction de logements: mêmes erreurs

Deux nouveaux chiffres viennent de noircir un peu plus le tableau de bord de l'économie française à la fin du premier semestre. Pôle Emploi recensait 9400 demandeurs d'emploi supplémentaires au mois de juin, qui s'ajoutent aux 24 000 chômeurs de plus enregistrés le mois précédent. Non seulement, depuis le début de l'année la courbe du chômage ne s'est pas inversée, mais la situation du marché du travail s'est aggravée. Peu après, étaient publiés par le ministère en charge du logement, les statistiques de la construction neuve. Sur les trois derniers mois, les mises en chantier de logements neufs ont reculé de 19,3%. la récession s'accentue dans ce secteur puisque sur les douze derniers mois la chute n'est que de 10,7%. Le nombre de logements autorisés depuis un an, qui constitue un indicateur avancé fiable, est en recul de 20,2%. Pire, alors que la situation depuis le début de l'année était très variable suivant les régions, avec l'Aquitaine ou Provence-Côte d'Azur qui continuaient à construire, quand l'Ile-de-France et Rhône-Alpes plongeaient, désormais, au vu des autorisations, c'est toute la France qui va connaître une chute de la construction de logements.

Le gouvernement s'était fixé comme objectif en 2012 d'atteindre, d'ici 2017, un niveau de construction de 500 000 logements par an, en reprise par rapport aux années précédentes. C'est exactement l'inverse qui va se produire avec un niveau de construction en 2015 qui sera le plus faible depuis près de 20 ans. Et on ne pourra invoquer la crise ou la conjoncture internationale puisqu'au contraire, les conditions de financement n'ont jamais été aussi favorables et que le Parlement vient de voter un long texte, la loi ALUR, dont l'un des objectifs était précisément de favoriser la construction. La vérité, c'est que ce double échec, le chômage et la crise du logement, ont une cause commune: la méconnaissance des réactions des agents économiques aux  outils de  politique économique employés.

Dans le cas du chômage, c'est spectaculaire. L'économie française, au deuxième semestre 2013 était sur la bonne voie: le chômage s'était stabilisé en fin d'année et l'économie avait recommencé à créer des emplois, certes en nombre insuffisant, mais c'était un progrès. Mais le budget pour 2014 avec une hausse de la TVA censée rapporter 6 milliards (on en sera loin) et une hausse de l'impôt sur le revenu de 7,4 milliards d'euros a cassé la timide reprise en cours. Sur les cinq premiers mois de l'année, le prélêvement supplémentaire est déjà de 6 milliards. Le gouvernement s'est aperçu de son erreur et annonce, pour la rentrée des allègements. Mais le mal est fait, surtout quand on sait à quoi devait servir cet effort: couvrir le coût des diminutions d'impôts et de charges sur les entreprises. Le budget pour 2014 tablait sur une baisse de l'impôt sur les sociétés de 11,2 milliards, conséquence du CICE et des niches fiscales comme le crédit impôt-recherche. Seulement, pour que les entreprises accroissent leur activité et embauchent, encore faut-il qu'elles aient des clients. C'est toute la limite des "politiques de l'offre". Adaptées quand elles sont affectées à des cibles précises et sont assorties de contreparties, ces politiques échouent quand elles se réduisent à des abondements de trésorerie, utilisés, en cas de défaillance de la demande, au désendettement, à des acquisitions ou même à des rachats d'actions pour les grands groupes cotés. Cette situation, déjà lourdement déséquilibrée, a été aggravée par l'annonce du pacte de responsabilité et de nouvelles ponctions sur les ménages au début de l'année 2014: hausses des cotisations, gel des prestations sociales, blocage des salaires dans le secteur public, décalage de versement des retraites complémentaires, annonce d'économies budgétaires massives, etc..

La réponse des consommateurs était pourtant prévisible: coup de frein à la consommation et hausse de l'épargne devant l'inquiétude provoquée par l'inévitable remontée du chômage qui se profilait. Cette hausse de l'épargne, en d'autres circonstances, aurait pu s'orienter vers l'acquisition de logements. C'est exactement l'inverse qui s'est produit: elle est allée abonder les livrets d'épargne et l'assurance-vie qui a connu une collecte record depuis le début de l'année :10 milliards d'euros, soit presque autant que pour toute l'année 2013. La raison est simple: devant de telles incertitudes face à l'emploi, les ménages, à tout le moins ceux qui en avaient les moyens, ont préféré ne pas prendre le risque de s'endetter. En outre, et alors que les taux d'intérêt sont à un niveau historiquement bas, les banques sont devenues, pour des raisons liées à la réglementation prudentielle et à la perspective des "stress test" auxquels va procéder la Banque Centrale européenne, de plus en plus réticentes pour prêter à des particuliers. A cela s'ajoute l'invraisemblable maquis juridique et réglementaire qui fait qu'aujourd'hui, obtenir un permis de construire est devenu un parcours du combattant. Face à ces réalités incontournables, la réponse, la loi ALUR, n'apporte aucune solution. La rendre responsable du marasme est injuste car celui-ci préexistait bien avant son adoption. Mais le texte ne répond à aucune question posée. Non seulement l'indispensable réforme du permis de construire attendra, mais on a encore rajouté des obligations pour toute constructioin nouvelle et pour toute transaction immobilière. Le code de l'urbanisme dépassera bientôt le code du travail...

Pourtant, quel secteur peut mieux répondre aux attentes si l'on souhaite une croissance plus forte? Les emplois seront créés en France, les nouveaux logements respecteront des normes environnementales plus strictes, l'augmentation du parc immobilier, à condition qu'elle soit ciblée sur les "zones tendues", stabilisera le niveau des loyers ce qui profitera à tout le monde car les propriétaires auront moins de difficultés pour recouvrer ce qui leur est dû. En bref, voilà un domaine où la politique de l'offre aurait pu donner des résultats concluants. C'est tout l'inverse qui s'est produit. Il reste impossible d'obtenir de l'Etat et des collectivités publiques qu'ils se désaississent des terrains et des batiments largement superflus qui pourraient être mobilisés pour construire là où on en a le plus besoin. Personne ne songe à modifier la réglementation qui détourne les investisseurs institutionnels de l'investissement locatif. Et enfin, on concentre les moyens pour stimuler une demande atone sur des prêts à bas taux, en confondant les objectifs économiques avec des exigences de redistribution sociale parfaitement contradictoires. Dans la conjoncture actuelle, ce ne sont certainement pas les familles qui satisfont aux conditions de ressources exigées pour en bénéficier qui sont enclines à s'endetter. d'où ce résultat désastreux qui n'a de chances de s'inverser que si l'on tire rapidement les leçons de ces erreurs qui s'ajoutent, en les amplifiant, aux déceptions produites par l'échec de la lutte pour réduire le chômage. Logiquement, les conséquences devraient être tirées après la publication, par l'INSEE, des chiffres de la croissance au deuxième semestre.

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