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AB 2000 studies

Alain Boublil Blog

 

-77%: chute des investissements étrangers en France

Précisons: il ne s'agit pas du chiffre du jour mais du  chiffre faux du jour ! Jeudi, Les Echos publiaient sous le titre "Attractivité: le rapport alarmant de la CNUCED", un article décrivant les "flux financiers entrant en France" qui selon la CNUCED se seraient effondrés en 2013, tombant à 5,7 milliards de dollars contre 25 milliards en 2012. Il n'en fallait pas davantage pour que ces données soient systématiquement reprises dans les médias pour en conclure une fois de plus sur le "déclin", la "faible compétitivité" et le retard de la France qui s'accroîtrait au sein de l'Europe.

Ces chiffres n'ont pourtant qu'une valeur très relative, et ce, pour trois raisons. La CNUCED n'a aucune compétence pour recueillir des données statistiques sur les mouvements de capitaux, c'est  le rôle des banques centrales et au dessus d'elles, pour établir une certaine cohérence, de la Banque des Règlements Internationaux.

Ensuite, personne ne dispose à ce jour des données de l'année 2013, puisque les entreprises n'ont pas arrêté leurs comptes et que la France ne publiera les siens, et ce, dans une version provisoire, qu'à la fin du printemps.

Enfin, le concept employé est flou: il s'agirait de "flux entrants". Mais ces flux sont-ils nets? Incorporent-ils les mouvements de trésorerie, les versements de dividendes, les transferts de toutes sortes entre maisons-mères et filiales? La place du Luxembourg et des Iles Vierges Britanniques dans le "Top Ten" ferait plutôt penser que l'indicateur reflète surtout les schémas d'optimisation fiscale. Et intègrent-ils les placements financiers des ménages? Personne n'en sait rien, sauf que l'on a repris le vocable d'IDE, à savoir Investissements Directs étrangers, généralement employé pour des statistiques provenant d'autres sources. Or suivant ce concept, la France a été pendant longtemps, avec plus de 100 millards de dollars par an, l'une des trois principales destinations des investissements étrangers dans le monde, très loin, par exemple devant l'Allemagne. Il serait d'ailleurs logique qu'on assiste aujourd'hui à un tassement, les autres pays comblant leur retard. Mais rien ne permet de prévoir un effondrement. On aura des données plus précises au mois de mars, avec la publication, par la Banque de France, de notre balance des paiements, et au mois de juin, quand, comme tous les ans, l'AFII, l'Agence Fançaise des  Investissements Internationaux publiera le bilan de l'année 2013.

L'article des Echos était d'ailleurs parfaitement clair sur le caractère "volatile" des données recueillies par la CNUCED et mettait en garde contre une interprétation hâtive. Rien n'y a fait. Ces données ont été reprises sans nuances, ni explications, par les principales chaînes d'information spécialisée. Cet épisode montre bien à quel point nous avons tort de nous plaindre des Anglais et de leur pratique du "French bashing" car nous en sommes, nous-mêmes, les premiers inspirateurs.

Etre sévère et rigoureux à l'égard de nous même quand nous décelons une faiblesse, est tout à l'honneur de notre pays. C'est un peu naïf, dans un contexte de compétition internationale aigüe, car cela donne des arguments à nos concurrents, mais c'est notre culture, bien différente sur ce point de celle des Allemands pour ne citer qu'eux, et on ne nous changera pas. Mais dénigrer systématiquement, s'emparer de données manifestement imprécises, comme dans le cas d'espèce, ne rend service à personne et en tout cas nous interdit de nous plaindre des critiques excessives de nos voisins. Quoi qu'ils disent, les critiques les plus malveillantes à notre égard viennent toujours de chez nous. Et c'est bien regrettable.

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