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Alain Boublil Blog

 

Gaz de schiste : le véritable enjeu

La découverte d'immenses gisements de gaz naturel piégés dans des roches et son extraction grâce à des techniques nouvelles a révolutionné le marché de l'énergie aux États-Unis en quelques années. La baisse des prix qui en a résulté va profiter aux industriels, notamment aux grands chimistes, au point que l'Allemagne, notre modèle en matière de compétitivité, s'en émeut.

Un vaste mouvement de relocalisation industrielle vers les bassins gaziers du Texas, du Dakota et de la Pennsylvanie s'est enclenché. L'emploi et le commerce extérieur américains vont en profiter et, indirectement l'économie mondiale. On peut même imaginer que les États-Unis se dotent de terminaux LNG et deviennent exportateurs, et fassent baisser significativement les cours du gaz naturel dans le monde.

Cette révolution, d'abord ignorée puis parfois niée, ne laisse plus personne indifférent. La Chine dispose d'un sous-sol riche en gisements potentiels et, malgré la pénurie d'eau, a attribué des permis de recherches à ses grandes entreprises puis aux majors américaines et européennes. L'Angleterre, qui s'était longtemps interrogée, vient d'autoriser l'exploration, la Pologne et l'Argentine y réfléchissent. La Commission européenne a d'ailleurs pris acte de cette situation nouvelle, à la fois sous l'angle de la compétitivité et sous celui des émissions de gaz à effet de serre en inscrivant la question du gaz non conventionnel dans son programme de travail 2013.

Quant à la France, qui aurait des gisements importants, elle a décidé d'interdire toute recherche tant qu'on ne disposerait pas de techniques respectant l'environnement. D'où le débat : ne nous privons-nous pas d'une ressource nationale avec des emplois et des baisses de prix significatives à la clé ? Le véritable enjeu n'est pourtant pas là : il se situe au niveau du réchauffement climatique.   

La première source d'émission de gaz à effet de serre d'origine humaine est le parc mondial de centrales électriques au charbon. Or, le passage du charbon au gaz naturel permet, d'un seul coup, de diviser les émissions par deux, voire par trois pour les vieilles centrales. Le mouvement est très rapide : aux États-Unis, grâce à la baisse du prix du gaz, la part des centrales au charbon dans le mix électrique est redescendue de 45 % à 36 %.

L'exploitation des  nouveaux gisements, situés dans les régions grosses consommatrices d'électricité, va accentuer cette tendance. La fin inexorable des avantages fiscaux pour l'éolien et la multiplication des projets de centrales au gaz vont donc déclencher dans ce pays un nouveau "cycle du gaz". 

Le Département américain de l'énergie a calculé que les émissions des gaz à effet de serre avaient déjà été réduites de 175 millions de tonnes. Les secrétaires à l'Énergie de B. Clinton et de G. W. Bush, Bill Richardson (démocrate) et Spencer Abraham (républicain), dans une tribune récente parue dans le Financial Times, ont remarqué qu'au premier trimestre 2012, les émissions de CO2 des États-Unis étaient revenues au niveau de 1992.   

La Chine, où le niveau de pollution dans les villes, due aux centrales à charbon vétustes, devient un enjeu politique majeur, emboîte le pas et escompte une production de 5 milliards de mètres cubes de gaz de schiste en 2015 et de 50 à 80 milliards en 2020. La substitution sera plus lente qu'aux États-Unis, car la consommation d'électricité progresse encore vite, mais les autorités prévoient à l'horizon 2020 une baisse des émissions d'environ 200 millions de tonnes.

Ainsi les émissions des États-Unis et de la Chine vont être réduites d'un montant équivalent à la totalité des émissions de la France soit 350 millions de tonnes. Et on prédit aux États-Unis une accélération du phénomène, malgré l'intense lobbying des producteurs de charbon.                    

Est-il bien raisonnable à la fois de refuser l'exploitation du gaz de schiste en France, de réduire en même temps la part du nucléaire dans le mix électrique et en outre d'investir des sommes considérables dans les énergies renouvelables, pour réduire des émissions dans des proportions négligeables à l'échelle planétaire (0,1 %), pour un coût élevé supporté par le consommateur via la hausse de la Contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE) ?

Les objectifs retenus à l'issue du Grenelle de l'environnement ont-ils encore un sens ? Ne vaut-il pas mieux sortir du paradigme du CO2 pour adopter celui de l'efficacité énergétique ? Faut-il, sauf peut-être dans les îles et l'outre-mer, investir dans le solaire ou l'éolien, alors que ces sources étant par nature intermittentes, nous devrons en plus disposer d'installations thermiques pour faire face à la demande ? 

Le simple remplacement de notre parc de centrales au charbon par des centrales à gaz suffirait d'ailleurs à remplir nos engagements de réduction d'émissions. Quant à constituer des "filières" de production d'équipements, il ne faut pas rêver. Les fabricants de panneaux solaires sont soit en faillite, soit chinois, et pour les éoliennes, même subventionnées, c'est une activité cyclique non susceptible d'offrir des emplois durables.

Le moment n'est-il pas venu de redéployer les sommes considérables envisagées pour les énergies renouvelables vers l'efficacité énergétique, dans les usines, sur les chaînes de production, dans les bureaux et dans nos logements ?

Une suggestion : pourquoi ne pas rendre obligatoire, lors de chaque renouvellement de bail ou toute nouvelle location, des travaux d'isolation que l'État subventionnerait grâce aux économies réalisées sur la facture du renouvelable ? Pourquoi ne pas en faire autant dans les millions de mètres carrés de bureaux vacants localisés dans les anciens immeubles haussmanniens ? 

La France y gagnerait en emplois et réduirait sa facture énergétique tout en respectant ses engagements internationaux.

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