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Alain Boublil Blog

 

La conversion d'Angela Merkel au pacte de croissance (Acte II)

En une semaine, le paysage européen a changé. L’élection de François Hollande  a été  accueillie avec satisfaction. Ses prises de position en faveur de  mesures pour stimuler la croissance avaient suscité un réel espoir.

En Grèce, les partis qui avaient signé l’accord permettant au pays de bénéficier d’un soutien financier massif en échange d’un programme d’ajustement drastique ont subi une déroute et le pays est en pleine crise politique.  

En Allemagne, les élections tenues le même jour qu’en Grèce et en France, dans le  Schlesvig-Holstein, traditionnellement favorable aux partis qui soutiennent Angela Merkel, ont  confirmé  la montée en puissance du « parti  des pirates » et la chute du parti libéral FDP. L’alliance « noir-jaune » est affaiblie et le vote du 13 mai, dans le länder le plus peuplé du pays, la Rhénanie du Nord-Palatinat, devrait se révéler décisif pour l’avenir de cette alliance.

Intuitivement, les peuples ont compris que  pour sortir de la crise, le redressement des comptes publics était une condition nécessaire, mais qu’elle n’était pas une condition suffisante et, chaque fois qu’ils ont été consultés, ils ont voté dans ce sens.

François Hollande a été le premier responsable politique en Europe à soulever cette question   à un moment où les positions allemandes et celle de la BCE commençaient à évoluer. Tel est le contexte dans lequel va se dérouler la première rencontre entre le Président français et la Chancelière. N’en attendons pas de miracle : cette entrevue devrait surtout servir aux deux dirigeants à se connaître et à définir une méthode de travail qui permettra de confronter les points de vue pour préparer leur nécessaire convergence.

La partie la plus difficile sera d’aboutir à un accord sur le rythme de rétablissement des comptes publics. Aller trop vite est contre-productif et a provoqué en Grèce et, dans une moindre mesure, en Hollande  la montée d’un extrémisme désespéré qui peut aller jusqu’à remettre en cause les valeurs fondatrices de la civilisation européenne. L’Allemagne comme la France ne sont d’ailleurs pas épargnées par ce phénomène.

Est-il raisonnable de demander à la Grèce de ramener en trois ans son déficit public de 9,2% à 2,1% du PIB ? Assurément, non.                                                                                                

 Si la France et l’Allemagne veulent faciliter la constitution d’un gouvernement stable en Grèce, et maintenir le pays dans la zone euro, nos deux pays doivent envoyer un signal et accepter un étalement limité dans le temps du plan de réduction des déficits,  ce qui sera bien moins coûteux pour tout le monde qu’un défaut et un abandon de la monnaie unique.  

N’oublions pas que c’est le fardeau insoutenable des Réparations que les Alliés avaient imposé à l’Allemagne en 1920 qui plongea le pays dans une crise économique violente laquelle ne fût pas étrangère à la montée du nazisme. A l’époque, seul un jeune attaché à la Trésorerie britannique avait dénoncé cette erreur historique en démissionnant. Il a laissé un   nom dans l’histoire : il s’appelait John Maynard Keynes…

L’application du traité budgétaire doit, sans remettre en cause ses objectifs, tenir compte de la soutenabilité de l’effort demandé à des peuples déjà éprouvés par le chômage et la baisse du niveau de vie. L’Europe n’a aucun intérêt à pousser un de ses membres à la faillite.

Ce débat ne concerne pas la France dont la capacité à revenir à l’équilibre n’est pas mise en doute, dont la solvabilité est indiscutable, au simple vue du niveau de l’épargne financière de ses ressortissants et qui dispose du dispositif constitutionnel adopté en 2008 et qui rend superflue toute adoption d’on ne sait quelle règle nouvelle, fût-elle d’or.

Sur ce point, l’engagement ferme de François Hollande permettra d’éviter tout malentendu avec la Chancelière et d’engager une vraie discussion sur le volet croissance, auquel elle ne peut être indifférente compte tenu des conséquences de la crise européenne déjà perceptible sur l’économie allemande et de ses propres échéances électorales.

Deux difficultés doivent être surmontées.

D’abord, les pays étant confrontés à des problèmes différents, les remèdes ne sauraient être les mêmes pour tous. Un « pacte de croissance » qui ignorerait cette réalité est voué à l’échec.

L’Allemagne a un déficit de demande intérieure qui pèse sur ses voisins et gène leur effort de rétablissement des comptes publics. Les prises de position au plus haut niveau de l’Etat en faveur de l’instauration d’un salaire minimum et d’une hausse des salaires, vont dans le bon sens et devraient être saluées par ses partenaires comme une contribution essentielle au pacte.

La France a un déficit d’investissement dans plusieurs secteurs. S’agissant de projets dont le temps de retour est long, le recours à l’emprunt est logique et sain. Le pacte de croissance doit donc comporter la mise à disposition de financements concourant à la réalisation des objectifs de l’Union, des « project-bonds » et pourquoi pas des « CO2-bonds » pour l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l’adaptation des réseaux électriques.  

D’autres pays comme l’Espagne ou l’Irlande ont besoin de renforcer les fonds propres de leurs banques. Là aussi des financements à des taux bas que seule permet une garantie européenne pourraient contribuer à accélérer la sortie de crise.

Il ne s’agit pas de « relance à crédit » mais, pour une fois, d’utiliser de façon appropriée les ressources des marchés financiers.        

La seconde difficulté porte sur l’horizon des mesures qui figureront dans le « pacte de croissance ». On parle de réformes de structures, généralement d’inspiration libérale, visant le marché du travail ou le renforcement de la concurrence. On oublie que les pays comme l’Angleterre qui ont suivi cette voie n’ont pas été épargnés par la crise, ainsi que les graves conséquences politiques qu’a entrainées la dégradation des services publics, sans parler du frein mis, au nom de la concurrence, à la constitution de grands groupes industriels européens.

Mais l’essentiel n’est pas là. Ces réformes, à supposer qu’elles aient une influence positive, n’ont aucune chance d’avoir un impact avant de longues années. Or l’Europe est pressée. Et ses dirigeants sont confrontés, en France comme en Allemagne à des échéances politiques rapprochées et, en démocratie, c’est le peuple qui tranche. Quant au principal soutien de cette inflexion libérale en Allemagne, le FDP, tout indique qu’il n’aura bientôt, pour cette raison, plus voix au chapitre.

Le pacte de croissance, pour attendre son objectif, devra donc comporter des mesures adaptées à la situation de chaque pays et dont l’effet attendu sera rapide.                  

Angela Merkel  doit d’abord être  rassurée sur la capacité de la France à tenir ses objectifs de réduction des déficits publics. François Hollande dispose, à cet égard,  des bons arguments. La voie sera ainsi ouverte à une inflexion de la politique allemande, à l’adoption de mesures de bon sens rétablissant la confiance des peuples européens et de nos partenaires extérieurs.

Comme à plusieurs reprises par le passé, l’accord entre les dirigeants de nos deux pays aura alors été décisif. 

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