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Alain Boublil Blog

 

Quel avenir pour la Banque centrale européenne ?

La BCE va devoir sortir de l’ambigüité, avec un mandat clarifié et des pouvoirs étendus afin de devenir une vraie banque centrale. Tel est le prochain défi auquel la zone euro sera confrontée, une fois trouvé un meilleur équilibre entre les politiques de rétablissement des comptes publics et les actions en faveur de la croissance sans lesquelles les chances de succès sont illusoires.

Cela peut se faire par une renégociation du traité fondateur ou, plus pragmatiquement, par une modification des pratiques, ce qui est déjà en cours. Plusieurs États, le Luxembourg, l’Allemagne essaieront de s’y opposer. La France, forte de la légitimité de son nouveau Président, et du mandat qu’il aura reçu en faveur de la croissance et de l’emploi, jouera un rôle moteur dans la conduite de cette réforme, indispensable à un double titre.

D’abord, la BCE a un rôle à jouer dans la mise en œuvre d’une politique plus dynamique de stimulation de la demande comme dans l’allègement des contraintes qui pèsent sur l’offre, qu’il s’agisse du coût et du volume du crédit disponible pour financer les investissements ou de l’intervention sur le marché des changes pour éviter que l’euro retrouve des niveaux artificiellement élevés, pénalisant les exportations de la zone ou favorisant les importations et les délocalisations, comme cela a été le cas entre 2005 et 2009.

La BCE doit aussi veiller à la stabilité financière de la zone. Les déséquilibres des finances publiques ne sont pas les seuls indices à prendre en compte. Les dérapages privés sont aussi graves que les déficits publics. Ils ont été d’ailleurs à l’origine de la crise aux États-Unis et en Angleterre en 2007. Et la faillite de Lehmann Brothers comme celles qui n’ont été évitées que par la nationalisation totale ou partielle aux États-Unis de Citibank, en Angleterre de Royal Bank of Scotland, aux Pays-Bas d’ABN-AMRO et en Allemagne d’Hypo Real Estate et de Commerzbank n’ont pas résulté des comportements budgétaires d’États irresponsables.

De la même façon, l’Espagne et l’Irlande satisfaisaient brillamment aux critères de déficit et d’endettement publics prévus par les traités et étaient même citées en exemple dans toute l’Europe jusqu’à ce que l’on prenne conscience de l’endettement excessif des agents privés et du caractère insoutenable de leurs dettes. Il en a résulté des mesures restrictives plongeant l’Espagne dans la récession et l’endettement public et la faillite du système bancaire privé et la reprise de ses dettes par l’État dans le cas de l’Irlande.

Ce qui a manqué, dans chaque cas, c’est une autorité européenne indépendante pour surveiller ces comportements et mettre en garde contre ces dérapages qui menaçaient la stabilité financière de la zone. Ce qui a manqué, c’est une vraie banque centrale, disposant de tous les attributs d’une telle institution, attributs dont disposent, bien sûr la Fed à Washington, la Banque d’Angleterre, la Banque populaire de Chine ou même son homologue brésilienne.   La zone euro est, statistiquement, la première puissance économique mondiale. Et l’euro, la seconde monnaie de réserve après le dollar : 30 % des réserves de change dans le monde sont constituées d’euros. Pourtant la BCE n’est pas encore véritablement une banque centrale.

Elle ne détermine pas la politique des changes de la zone euro. Elle assiste simplement les autorités compétentes, qui restent nationales, dans leur contrôle des institutions financières et n’a pas mission de garantir la stabilité financière. Elle ne peut, en particulier, agir en prêteur en dernier ressort. Il lui est interdit de souscrire directement à des émissions de titres d’État.

Sa mission principale est de conduire la politique monétaire, avec un mandat qui est moins clair qu’on ne le dit généralement : assurer la stabilité des prix, oui, mais "sans préjudice de la réalisation de cet objectif", elle apporte son soutien aux objectifs économiques de l’Union, le maintien d’un niveau d’emploi élevé et d’une croissance non inflationniste, notamment.

Il est donc faux de prétendre que le mandat de la BCE se réduit à la stabilité des prix. Et la question se pose aujourd’hui avec acuité puisqu’on ne saurait contester que les objectifs de l’Union tant en termes de croissance que d’emploi sont loin d’être atteints. Quant à la stabilité des prix, elle résulte plus de la sensibilité des économies européennes à l’évolution des prix des matières premières qu’à des déséquilibres internes nés d’un excès de demande face à une main-d'œuvre trop rare ou des capacités de production insuffisantes. On est même dans la situation exactement inverse. Une action de la banque centrale en faveur de la croissance et de l’emploi ne porterait donc aucun préjudice à la stabilité des prix.

D’ailleurs le mandat, ou plus exactement ses missions, a dû être élargies quand la BCE, à l’été 2007, s’est substituée au marché interbancaire pour éviter l’écroulement du système, et s’est donc conduit comme prêteur en dernier ressort. Elle a ensuite acheté de la dette souveraine sur le marché secondaire avant de prêter 1 000 milliards d’euros aux banques dont une partie significative était destinée à souscrire à des émissions de dette souveraine. Le fait qu’Axel Weber et Jürgen Stark, les deux principaux responsables de nationalité allemande de l’institution, aient démissionné pour marquer leur désaccord n’a rien changé.

Ces opérations n’ont eu d’ailleurs, dans leur ampleur, rien d’excessif : le bilan de la BCE a doublé pour atteindre 3000 milliards d’euros depuis la faillite de Lehmann Brothers alors que dans le même temps celui de la Fed triplait et celui de la banque d’Angleterre quadruplait.

Nécessité a fait loi. C’est maintenant aux lois à s’adapter aux nécessités. L’élargissement du rôle de la BCE pour en faire une vraie banque centrale doit faire partie, avec l’agenda de croissance, des réponses des gouvernements de la zone euro à la crise à laquelle ils sont confrontés, et qui, contrairement aux affirmations péremptoires de Nicolas Sarkozy, n’est pas terminée.

Nul doute que François Hollande qui, lui, a compris l’ampleur et la complexité de ces enjeux ne met tout le poids politique que lui confèrera le mandat du peuple français, et toute sa compétence pour faire franchir à l’Europe une nouvelle étape et résoudre les problèmes qui demeurent pendants et lourds de conséquences pour les peuples européens.

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