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Alain Boublil Blog

 

Quelque chose va changer

La conviction qui sous-tend le projet économique de François Hollande est qu’une répartition plus juste des revenus favorise la croissance, donc l’emploi et le désendettement, et que la compétitivité industrielle dépend aussi de l’équilibre entre les grandes entreprises et les PME, pour autant que le contexte européen ne soit pas paralysant.

Le printemps 2012 a pris un air de mai 81. De meetings en meetings, du Bourget au grand rassemblement de Vincennes, l’accueil réservé au programme de François Hollande, comme celui qu’il a reçu sur le terrain auprès des Français, et qu’ont mesuré jour après jour les sondages, s’est traduit dans les urnes en le plaçant en tête du premier tour et devrait se concrétiser le 6 mai, 31 ans après la première victoire de François Mitterrand. 

La conviction qui sous-tend son projet économique est qu’une répartition plus juste des revenus favorise la croissance, donc l’emploi et le désendettement, et que la compétitivité industrielle dépend aussi de l’équilibre entre les grandes entreprises et les PME, pour autant que le contexte européen ne soit pas paralysant.

Voilà le changement.

Nous ne sommes plus en 1936 ou en 1942. Les mondes de Keynes et de Schumpeter n’existent plus. Les agents économiques réagissent différemment. Les États ont fixé des règles et leur poids, quel que soit le pays, influe sur leurs décisions. Les frontières sont ouvertes aux biens, aux services et aux capitaux. Un demi-siècle de paix mondiale a permis une accumulation de richesse sans précédent. Sa répartition ne peut être sans conséquence. Le débat sur le soutien de la demande ou de l’offre est dépassé. Il faut agir des deux côtés.

La crise que nous traversons a pris naissance aux États-Unis, dans une société où 1 % de la population captait l’essentiel du surplus créé chaque année. C’était insuffisant pour alimenter la croissance qui a reposé sur l’endettement des 99 % restants, et sur les plus pauvres d’entre eux, les "subprimes", ceux qui, au sens propre, présentaient les capacités les plus faibles de remboursement. On a vu le résultat. 

La France n’a pas commis de tels excès, mais la politique menée depuis 2002, accentuée en 2007, s’est inspirée de ce modèle libéral. La fiscalité sur les revenus des 1 % comme sur leurs patrimoines a été allégée en dix ans de plus de 10 milliards d’euros par an, sans aucun impact sur le dynamisme. Steve Jobs, dans son garage, n’a pas eu l’intuition que l’ordinateur allait devenir un produit grand public grâce à des incitations fiscales.

Sans effet sur la croissance, car la propension à consommer baisse avec le niveau de revenu, la politique fiscale a généré des bulles immobilières et financières et une hausse de la dette de l’État malgré un frein sur les dépenses qui a affecté des services publics essentiels, ce qui n’a pas été étranger au profond mécontentement qui s’est manifesté lors du vote du 21 avril. 

François Hollande propose de faire l’inverse : retour à un niveau de prélèvement juste sur les revenus et sur les patrimoines, réforme de l’imposition des entreprises au profit des PME. 

On remédie ainsi à une situation insoutenable des finances publiques, on corrige des comportements indécents et on prépare le moment où la croissance pourra reposer sur la demande des 99 %. Une répartition plus égalitaire des revenus après impôt est un moyen de stimuler l’activité, donc l’emploi, comme le fut, à une autre époque, l’accroissement de la dépense publique. Surtout, on fait œuvre de justice.

Le changement de paradigme est aussi patent du côté de la compétitivité des entreprises. Nous ne sommes plus au temps du "théorème de Schmidt", ce chancelier allemand social-démocrate qui estimait que "les profits d’aujourd’hui faisaient les investissements de demain et les emplois d’après demain". On le vérifie depuis dix ans en France.

Les grandes entreprises, à la différence des PME, ont de nombreuses possibilités, pour employer les ressources dégagées par les baisses de charges et d’impôt. Et ces ressources n’ont pas été, ces dernières années, consacrées en priorité à investir, à créer des emplois, à améliorer notre commerce extérieur. Elles ont surtout servi à financer des acquisitions à l’étranger, aux résultats pas toujours très brillants, ou à verser des dividendes. 

Qu’on ne se méprenne pas. Les grands groupes contribuent de façon décisive à la prospérité de notre pays et à son rayonnement international, mais ils n’avaient nul besoin de ce type de soutien et ont bénéficié d’un effet d’aubaine. Mais le plus important n’est pas là.  

On prend comme référence le modèle allemand. On ferait bien de s’en inspirer sur un point essentiel. Ce modèle, formalisé par Ludwig Erhard, qui fut le ministre des Finances d’Adenauer avant de devenir chancelier, c’est l’économie sociale de marché et le concept de "prospérité partagée". Mais le partage, il existe aussi entre les entreprises, entre les grandes d’un côté et leurs fournisseurs ou sous-traitants de l’autre, c'est-à-dire, les PME.  

Il ne viendrait pas à l’idée du responsable d’un grand groupe allemand de profiter de sa position de client pour affaiblir son sous-traitant. Car sa propre réussite en dépend. C’est un partenaire, pas un adversaire. Et si l’on compte bien plus d’entreprises moyennes, le fameux "mittelstand", c’est parce que leur avenir à long terme est assuré à la fois par le client qui le respecte et par le système bancaire qui le protège. On rencontre rarement, en Allemagne, de donneurs d’ordre qui étranglent une PME en lui imposant des délais de paiement ou des prix insoutenables, et bien moins de financiers prédateurs qu’en France, à l’affut d’une faiblesse momentanée, pour monter une opération juteuse.

L’écart entre nos deux pays ne vient pas d’une natalité plus forte en Allemagne, mais d’une mortalité trop élevée en France des PME. C’est à cela qu’il faut s’attaquer, en rééquilibrant le prélèvement fiscal, en sécurisant les moyens de financement et en veillant à ce que les comportements clients-fournisseurs changent, et pas en décrétant un nouveau transfert de charges au détriment des consommateurs.

Et si tout cela intervient dans un nouveau contexte en Europe, comme vient de le réclamer le président de la BCE, Mario Draghi et auquel se prépare Angela Merkel, à la suite des prises de position de celui qui sera bientôt, espérons-le, son interlocuteur, alors, l’espoir est permis.

Telle est l’essence du projet de François Hollande. C’est la seule voie pour enrayer le déclin de notre industrie, réduire nos déficits et le chômage.

Justice sociale et efficacité économique. Oui, quelque chose va changer, aurait pu chanter Barbara, en France et en Europe.

 

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